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Efficace l’application Alerte COVID?

Une main qui tient un cellulaire affichant l'application Alerte COVID.

L’application canadienne Alerte COVID vous avise si jamais une personne que vous avez côtoyée au cours des 14 derniers jours signale un test positif (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Ezra Belotte-Cousineau

Selon le gouvernement du Canada, l’application Alerte COVID lancée le 31 juillet a été téléchargée plus de 2,5 millions de fois. Cela représente 6,6 % de la population canadienne, bien loin, selon les experts, des 50 % à 60% nécessaires pour qu’elle soit efficace.

Des inquiétudes subsistent

Selon le gouvernement canadien, l'application n’a aucun moyen de connaître notamment votre emplacement (Nouvelle fenêtre) et votre adresse.

Pourtant, Denis Constantineau, président-directeur général du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, rapporte que plusieurs personnes de sa clientèle se méfient de l’application et craignent encore pour la protection de leur vie privée.

Denis Constantineau, debout dans un corridor.

Denis Constantineau, PDG du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury

Photo : Radio-Canada

Je ne suis pas vraiment convaincu que les gens ont l'appétit pour l'application en ce moment.

Denis Constantineau, PDG du Centre communautaire du Grand Sudbury

L’enjeu de l’accessibilité

Le centre communautaire fait la promotion de l’application sur ses réseaux sociaux. Cependant, son directeur déplore le fait que les autorités tiennent pour acquis que les procédés technologiques sont à la portée de tous.

Une partie des clients que nous servons sont des gens qui vivent dans la pauvreté, une population plus âgée aussi. Donc, ce ne sont pas nécessairement des populations qui sont portées à utiliser le téléphone cellulaire pour des applications de la sorte.

Denis Constantineau, directeur du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury

L’importance du nombre d’usagers

Près de deux mois après son lancement, il est impossible de déterminer l'efficacité de l’application Alerte COVID du Gouvernement du Canada.

2,5 millions, ça ne nous dit pas grand-chose si on ne sait pas où ils sont.

Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA, l’Institut québécois d'intelligence artificielle, et professeur à l'Université de Montréal
Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA, l’Institut québécois d'intelligence artificielle, et professeur à l'Université de Montréal.

Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA, l’Institut québécois d'intelligence artificielle, et professeur à l'Université de Montréal

Photo : Radio-Canada

Yoshua Bengio, professeur à l’Université de Montréal, rappelle que l’efficacité de l’application dépend ultimement de la concentration des utilisateurs dans un secteur donné.

Tout comme d'autres experts, il accepte un seuil de 50 % à 60% d’utilisateurs afin de considérer que l’application est vraiment efficace.

Toutefois, une étude plus récente (Nouvelle fenêtre) de l’Université d’Oxford estime que si une communauté est dotée d’une bonne structure de traçage manuel, l’application pourrait être efficace avec un taux de téléchargement de 15 %. Toujours selon cette étude, cela pourrait diminuer les infections de 15 % et les décès de 11 %.

L’impossibilité de géolocaliser les usagers

Mais comme Alerte COVID ne collige aucune donnée géographique, Yoshua Bengio note qu'il est en fin de compte impossible d'analyser correctement la situation actuelle et de statuer sur l'efficacité de l'application.

Si ce sont 2,5 millions de personnes dans le Grand Toronto, alors ce serait une part importante de la population, et là, ça ferait de l’effet. Mais si c’est 2,5 millions dispersées uniformément à travers le Canada, eh bien ça ne servira à rien.

Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA, l’Institut québécois d'intelligence artificielle, et professeur à l'Université de Montréal

Prioriser la santé publique

Pour Yoshua Bengio, spécialisé en intelligence artificielle, il est temps pour les politiciens de réviser les stratégies concernant ce genre de méthode et la façon dont on fait le traçage.

Une personne télécharge l'application COVIDSafe sur l'App Store.

Australie : COVIDSafe a été téléchargée par 3 millions de personnes en trois jours, ce qui représente environ 12 % de la population australienne (archives).

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

La société canadienne est prise dans un conflit de valeurs entre la protection de la vie privée et des données personnelles, et la protection de la vie humaine et de la santé. Et ce n'est pas clair où est le bon équilibre.

Yoshua Bengio, directeur scientifique de MILA, l’Institut québécois d'intelligence artificielle, et professeur à l'Université de Montréal

Yoshua Bengio croit que le gouvernement aurait dû mettre un plus grand poids sur la protection de la santé, considérant que la plupart des Canadiens ont répondu dans les sondages qu'ils se disent prêts à partager leurs données. D'ailleurs, ajoute-t-il, ce sont des données qui sont, selon lui, plutôt anodines.

Le coût financier d'Alerte COVID

Le gouvernement du Canada s'est engagé à confirmer les sommes engagées dans la création de l'application et sa promotion auprès des Canadiens. Toutefois, au moment d'écrire ces lignes, nous attendions encore les chiffres officiels.

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