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Stress post-traumatique : une ex-modératrice de contenu poursuit YouTube

Des silhouettes de personnes utilisant des ordinateurs portables sont visibles devant un immense logo de l'entreprise YouTube.

Le personnel de modération de YouTube doit composer à répétition et pendant de longues heures avec du contenu très choquant.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Radio-Canada

Une ancienne employée qui faisait de la modération de contenu pour YouTube poursuit l’entreprise, arguant que cette dernière a échoué à protéger son personnel contre les préjudices psychologiques causés par le visionnement répété de contenus choquants.

La femme allègue avoir développé un trouble de stress post-traumatique à la suite de son passage de plus d’un an et demi à Collabera, l'une des multiples agences sous-traitées par YouTube pour la modération de contenu.

Une proposition de recours collectif a été déposée à cet effet devant une cour supérieure de Californie, par le cabinet juridique de Joseph Saveri, qui a déjà poursuivi Facebook par le passé pour les mêmes raisons. Cette cause avait amené le réseau social à verser 52 millions de dollars américains à son personnel dans le cadre d’une entente de règlement.

Cannibalisme, suicide et bestialité

Selon la poursuite, d’abord rapportée par CNet, la plaignante anonyme a notamment dû visionner des images de cannibalisme, de viols d’enfants, de suicide, d’automutilation et de bestialité dans le cadre de son travail.

Elle a également dû regarder des vidéos montrant une femme se faisant décapiter par un cartel, un char d’assaut écrasant la tête de quelqu’un, un renard se faisant écorcher vivant et d’anciennes tueries survenues dans des écoles.

Elle a du mal à dormir et lorsqu’elle réussit à le faire, elle fait des cauchemars horribles. Elle reste souvent éveillée durant la nuit, se rejouant en boucle les vidéos qui sont dans sa tête, allègue la poursuite déposée lundi.

L’ancienne modératrice serait maintenant incapable de se retrouver dans des lieux achalandés, parce qu’elle craint une tuerie de masse. Elle souffrirait également d’attaques de panique et d’anxiété et aurait de la difficulté à être en présence d’enfants.

Bourrée d’images parce qu’il manque d’effectifs

Selon la poursuite, les membres du personnel de modération doivent regarder plus de quatre heures de vidéos graphiques (entre 100 et 300 contenus) par jour, étant donné que YouTube serait chroniquement en manque d’effectifs. Cela irait d’ailleurs à l’encontre des meilleures pratiques établies par l’entreprise elle-même.

Ce type d’emplois est souvent peu rémunéré, offrant des contrats à court terme et des avantages médicaux minimes, selon ce que rapporte le site The Verge. Les membres du personnel doivent également signer un accord de confidentialité qui les empêche de parler publiquement de leur travail.

Les manquements de YouTube et de Collabera seraient multiples : manque de préparation des nouvelles recrues, peu d’importance accordé au repos et au bien-être du personnel, et dépassement fréquent des heures limites de visionnement (quatre heures, selon les règles de YouTube).

Des accompagnateurs de bien-être sont mis à la disposition des employés et employées, mais selon la poursuite, ces gens n’ont aucune formation médicale et ne sont pas en mesure d’aider une personne aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Des membres du personnel affirment par exemple qu’on leur a suggéré de prendre des drogues illégales ou de croire en Dieu pour régler leurs problèmes.

Consentir aux risques : suffisant pour dédouaner YouTube?

Ce n’est pas la première fois que YouTube est accusée de prendre à la légère le bien-être de son personnel de modération.

En janvier dernier, The Verge indiquait qu’Accenture, une autre agence sous-traitée par YouTube, exigeait des membres de son personnel qu’ils et elles signent un document comme reconnaissance des risques de stress post-traumatique liés à l’emploi.

L’entreprise a assuré que la signature du document était entièrement volontaire, mais deux personnes faisant partie de l'équipe avaient affirmé à The Verge qu'elles avaient été menacées de congédiement si elles ne le signaient pas.

Une façon de rejeter le blâme sur les membres du personnel et de leur faire croire qu'il y a quelque chose qui cloche avec leur propre comportement, avait alors expliqué Hugh Baran, avocat pour l'organisme National Employment Law Project.

YouTube a affirmé à plusieurs reprises qu'elle utiliserait l'intelligence artificielle pour soulager le fardeau sur les épaules de ses équipes de modération, mais l'entreprise semble s'être contredite cette semaine en ramenant plus de vraies personnes pour modérer son contenu, affirmant que les filtres automatiques n'étaient pas aussi précis, rapporte The Verge.

Avec les informations de The Verge, et CNet

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