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Fêtes étudiantes à La Pocatière : des répercussions jusque dans les champs

Un tracteur.

Un tracteur de ferme utilisé en agriculture.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe

L’éclosion de COVID-19 causée par des fêtes étudiantes à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, a eu des conséquences insoupçonnées jusque dans la région voisine de Chaudière-Appalaches. Des agriculteurs des deux régions voient leurs activités chamboulées depuis plusieurs jours.

À la ferme familiale Pellerat, à Saint-Roch-des-Aulnaies, neuf personnes se sont retrouvées en isolement du jour au lendemain, dont six ont été déclarées atteintes de la COVID-19.

Une membre de la famille et son ami, un employé de l’entreprise, ont été contaminés lors de ces fêtes étudiantes avant de ramener le virus à la ferme.

Trois tracteurs dans un champ.

La ferme Pellerat est une entreprise familiale située à Saint-Roch-des-Aulnaies, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Photo : Lysanne Pelletier

Ma soeur, un employé, ma belle-soeur, mon neveu de deux ans, ma mère et moi avons été contaminés, précise la copropriétaire de La ferme Pellerat, Lysanne Pelletier.

On suivait ce qui se passait ailleurs. On ne pensait jamais faire partie des statistiques.

Lysanne Pelletier, copropriétaire, La ferme Pellerat

Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent étant épargnées depuis le début de la pandémie, on a baissé la garde et on s’est fait avoir, laisse tomber la jeune femme.

Cette dernière raconte qu’il a fallu restructurer l’ensemble des opérations, même si les membres de la famille ont pu continuer de travailler en respectant certaines mesures sanitaires.

Veut, veut pas, on n’est pas juste positifs. On est malades, donc on veut diminuer nos heures un peu, explique Lysanne Pelletier. Considérant que les diagnostics se sont échelonnés sur plusieurs jours, elle ne s'attend pas à un retour à la normale avant la mi-octobre.

Une femme aux cheveux bruns debout devant une forêt.

Lysanne Pelletier, copropriétaire de La ferme Pellerat

Photo : Courtoisie Lysanne Pelletier

Lysanne constate que cette situation met une pression sur la main-d’oeuvre de l’entreprise, puisqu’il faut limiter le nombre de visiteurs sur la ferme. Mécaniciens, plombiers, électriciens, vétérinaires, il faut y aller avec le strict minimum. S'il y a quelque chose qui brise, il faut s'organiser.

Alors qu'elle pensait qu'avoir une grande famille à proximité aiderait si le virus frappait, elle réalise qu'au contraire, les impacts sont plus grands. Tu te dis que ton réseau est proche, mais au final, tu ne t’y attends pas et c’est tout ton réseau qui est contaminé, constate-t-elle.

Plusieurs fermes touchées

C’est le principal sujet de discussion sur les fermes, lance Jonathan Fortin, propriétaire d’une entreprise qui se spécialise dans les travaux agricoles à forfait.

Avec une soixantaine de clients dispersés dans Chaudière-Appalaches et le Bas-Saint-Laurent, il visite plusieurs fermes chaque jour et il constate les impacts de cette éclosion pour les agriculteurs.

Ça chambarde tout le cycle des travaux. C’est un stress supplémentaire pour tout le monde , dit-il.

Un homme portant des lunettes fumées dans un champ devant un tracteur bleu.

Jonathan Fortin est propriétaire d'une entreprise spécialisée dans les travaux à forfait pour les agriculteurs.

Photo : Courtoisie

Isolement, tests de dépistage et attente des résultats : Jonathan Fortin a vu certains producteurs perdre trois employés du jour au lendemain.

Tu ne trouves pas des employés sur le bord du chemin qui sont habitués de faire l’ouvrage.

Jonathan Fortin

Lui-même a été privé de ses deux seuls employés, qui ont été déclarés positifs. L’un d’eux a été en contact avec des gens qui ont participé aux fêtes étudiantes qui ont eu lieu à La Pocatière, impliquant des élèves de l'Institut de technologie agroalimentaire (ITA).

Un tracteur bleu dans un champ.

Avec son équipement, Jonathan Fortin effectue des travaux agricoles pour différents agriculteurs dans les régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent.

Photo : Jonathan Fortin

Je suis tout seul à essayer de tout faire. J’essaie de me trouver des employés supplémentaires le temps que mes employés reviennent, mais ce n’est pas évident, dit-il, surtout en pleine période de récoltes.

Bien que les agriculteurs semblent réaliser que personne n’est à l’abri, Jonathan Fortin observe aussi de la frustration chez certains d’entre eux.

Tu te dis que tout le monde a fait son bout de chemin au printemps, mais là, à cause de quelques personnes, qui ont manqué de jugement un peu, c’est tout le monde qui est affecté par ça. Il rappelle que plusieurs producteurs embauchent des étudiants de l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA).

L'effet domino

Environ 25 étudiants de l’ITA ont été infectés, confirme le directeur du campus de La Pocatière, Sylvain Gingras.

Bien qu’il n’y ait aucun étudiant officiellement en stage présentement, selon M. Gingras, il ne faut pas se mettre la tête dans le sable, dit-il.

On est conscients que certains étudiants qui ont participé aux fêtes peuvent occuper des emplois à temps partiel dans des entreprises de la région pendant l’année scolaire et c’est aussi possible que certains aussi soient retournés sur la ferme familiale, précise Sylvain Gingras.

La façade de l'Institut de technologie agroalimentaire à La Pocatière.

Ll’Institut de technologie agroalimentaire, campus La Pocatière

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Ce dernier explique qu’à l’ITA, les stages officiels sur les fermes ont lieu durant la période estivale sous forme d’alternance travail-études.

Préoccupation chez les Producteurs de lait du Québec

Avec le passage du Bas-Saint-Laurent dans le jaune et de Chaudière-Appalaches dans la zone orange, les Producteurs de lait du Québec (PLQ) surveillent la situation de près.

On est très inquiets et disons que nos messages de communication sont très intensifiés depuis quelques jours. Beaucoup de travail a été fait en prévention au niveau des fermes, dit Daniel Gobeil, président des Producteurs de lait du Québec.

Un fermier se trouve devant des pousses qui tardent à se développer.

Daniel Gobeil, président des Producteurs de lait du Québec (PLQ)

Photo : Radio-Canada

De toutes les régions, avec 1113 fermes laitières, c’est la région de Chaudière-Appalaches qui en compte le plus. En tout, au Québec, il y a 4877 producteurs de lait.

Derrière Chaudière-Appalaches, on retrouve la Montérégie, avec 951 fermes laitières, le Centre-du-Québec, qui en compte 743, et le Bas-Saint-Laurent, avec 590 producteurs laitiers.

La priorité de M. Gobeil : protéger les transporteurs de lait et les travailleurs en usine afin d’éviter toute rupture dans la chaîne.

C'est clair que pour nous, ce serait une catastrophe. Il y a des usines au Québec où il peut y avoir de 20 à 25 transporteurs de lait qui se côtoient chaque jour, explique Daniel Gobeil.

Vaches Holstein de La ferme Pellerat.

Vaches Holstein de La ferme Pellerat

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Procédure de désinfection de la laiterie, Quoi faire en fonction des symptômes?, Respect des zones de cueillette et de livraison sont quelques-uns des documents préparés pour les producteurs afin de leur rappeler les meilleures pratiques.

Seulement dans le Bas-Saint-Laurent, la santé publique a recensé à ce jour une quarantaine de cas de COVID, y compris les transmissions secondaires, liés à la fête organisée à La Pocatière, qui a regroupé 100 personnes.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches répond pour sa part que les enquêtes épidémiologiques sont confidentielles, précisant que, comme les bilans quotidiens l’indiquent, l'augmentation actuelle de cas en Chaudière-Appalaches est principalement attribuable aux éclosions en milieux de vie pour personnes âgées.

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