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Pourquoi voit-on les infections augmenter, mais pas les décès ni les hospitalisations?

Une affiche collée à une porte où il est écrit : zone chaude.

L'entrée de la zone chaude à l'hôpital Sacré-Coeur.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le Canada approche le cap des 10 000 décès liés à la COVID-19, mais le nombre de nouveaux décès par jour est pour l’instant moins élevé qu’au printemps. Qu’est-ce qui explique ceci? Et est-ce un signe que la pandémie est sous contrôle?

Entre le 10 avril et le 12 mai, le nombre de nouveaux décès au Canada dépassait 100 décès chaque jour. Le 29 avril et le 4 mai, le pays a même connu plus de 200 décès quotidiens. Mais entre le 13 août et le 20 septembre, les provinces et territoires canadiens ont recensé moins de 10 nouveaux décès par jour, même si le nombre de cas est reparti à la hausse depuis le début de septembre.

Au pays, le nombre de nouveaux cas a augmenté de 22 % au cours de la semaine du 6 au 12 septembre 2020 par rapport à la semaine précédente, avec une moyenne de 664 cas.

Depuis le début de la pandémie, Santé Canada estime que 13 % des cas ont été hospitalisés, que 20 % de ces personnes hospitalisées ont été admises aux soins intensifs et que 4 % d’entres elles ont eu besoin de ventilation mécanique. En ce moment, moins de 500 Canadiens sont hospitalisés en raison de la COVID-19, alors qu'en mai, plus de 3000 personnes occupaient un lit d'hôpital.

Du 6 au 12 septembre 2020, parmi 1756 cas analysés par Santé Canada, seulement 3 % (58) ont été hospitalisés, dont 11 aux soins intensifs et 2 qui ont eu besoin de ventilation mécanique.

Les experts en santé publique avertissent les Canadiens : le nombre peu élevé d'hospitalisations et de décès en ce moment n'indique pas que la COVID-19 est moins virulente.

En fait, selon ces experts, la nouvelle hausse d’infections laisse présager un automne difficile dans les hôpitaux.

Des données latentes

C’est malheureusement juste une question de temps avant que les hospitalisations et les décès n'augmentent, affirme l’épidémiologiste de l’hôpital général de Toronto, le Dr Isaac Bogoch, en entrevue à CBC.

Il faut préciser que les hospitalisations et les décès sont des indicateurs du passé, puisqu’il existe un décalage entre la hausse des nouvelles infections, les hospitalisations, puis les décès. Il y a en moyenne un délai de deux semaines entre la contamination et l’hospitalisation, puis une quinzaine de jours avant le décès d’une personne infectée.

Les cas qu’on voit aujourd’hui sont des cas infectés il y sept à dix jours, ajoute Isaac Bogoch.

Ainsi, les décès commencent à augmenter environ 1 mois après une hausse des nouveaux cas.

Avec ces données [hospitalisations et décès], nous sommes toujours en train de regarder la pandémie dans le rétroviseur.

David Buckeridge, épidémiologiste et professeur à l'Université McGill

Rappelons que, lors de la première vague, le Canada a d’abord vu le nombre d’infections se multiplier au mois de mars. Ce n’est qu’en avril que les hospitalisations et les décès ont commencé à augmenter de façon exponentielle.

La deuxième vague a commencé à frapper l’Europe il y a quelques semaines, avant la nouvelle augmentation au Canada. Comme au printemps, la situation là-bas nous donne un indice de ce qui risque de survenir d'ici peu ici.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la proportion de nouveaux décès a diminué à l’échelle mondiale au cours de la dernière semaine, mais la situation est très différente en Europe, où le nombre de décès a augmenté de 27 % depuis la semaine dernière. En Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni, le nombre de décès a recommencé à augmenter.

Le scientifique en chef du Royaume-Uni, où le nombre de cas quotidiens dépasse régulièrement les 4000, a averti lundi que le nombre d’hospitalisations recommence à augmenter et que le système de santé est à risque d’être submergé. Déjà, le nombre d’admissions à l’hôpital double tous les huit jours.

Au Québec, l'Institut national d’excellence en santé et en services sociaux a d'ailleurs publié mercredi des prévisions quant aux capacités hospitalières au Québec pour les prochaines semaines.
Si pour l'instant les hôpitaux dans cette province ne risquent pas d'être submergés à court terme, la situation pourrait changer si le taux de transmission continue d'augmenter.

Les jeunes et la transmission communautaire

Autre facteur qui vient expliquer le nombre peu élevé de décès en ce début de deuxième vague : au cours des dernières semaines, les nouvelles infections sont recensées majoritairement chez les jeunes, qui ont moins de risques de développer des symptômes sévères ou de mourir de la COVID-19.

Au Canada, 1,4 % (163) des jeunes de 0-19 ans qui ont été infectés ont été hospitalisés; 3 % (361) de 20 à 29 ans; et 4,9 % (586) avaient de 30 à 39 ans. Onze jeunes de moins de 30 ans sont décédés de la COVID-19.

Mais les experts rappellent que si les jeunes sont moins à risque, ils ne sont pas immunisés. De nombreuses personnes considérées comme rétablies ont développé des symptômes chroniques et les experts ne savent pas encore pourquoi.

Au fur et à mesure que le nombre d’infections chez les jeunes augmente, on commencera à voir plus de jeunes présentant des complications, dit David Buckeridge.

De plus, ces jeunes, dont certains sont asymptomatiques, sont en train de propager le virus dans la communauté et augmentent ainsi les probabilités que plus de personnes vulnérables soient infectées.

Le problème de ce virus, c'est qu’il est très très contagieux. Les éclosions ne resteront pas longtemps juste dans une tranche d’âge. Malheureusement, nous commençons à voir que ça commence à se propager chez les personnes plus âgées, dit Isaac Bogoch.

Selon le Dr Buckeridge, la migration des nouvelles éclosions des jeunes aux populations plus vulnérables et âgées peut prendre jusqu’à 12 semaines.

Si on voit une augmentation chez les jeunes, nous verrons une hausse dans les autres groupes d’âge dans quelques semaines.

David Buckeridge, Université de McGill

Le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, a d’ailleurs indiqué que les résidences pour aînés (RPA) qui avaient été relativement épargnées au printemps pourraient être le lieu de nombreuses éclosions et de décès.

L'administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a averti les jeunes Canadiens qu'ils doivent fournir leur part d'efforts pour empêcher la propagation à des populations plus vulnérables et pour éviter une hausse des hospitalisations et des décès. « Nous sommes à la croisée des chemins », a-t-elle dit mardi, ajoutant que tous les Canadiens doivent faire un effort, sans quoi la pandémie pourrait devenir « incontrôlable .

L’ex-présidente de Médecins sans frontières Johanne Liu a elle aussi indiqué que le Canada doit surveiller cette période de transmissions à bas bruit […] qui, tout d’un coup, attaque une autre population qui est plus vulnérable.

Meilleurs traitements et virulence

Bien sûr, le fait que les médecins et les chercheurs comprennent de plus en plus comment traiter les symptômes et les complications liés à la COVID-19 explique en partie le nombre moins élevé de décès au cours des dernières semaines. Mais David Buckeridge rappelle qu’il n’existe pas encore de traitement thérapeutique qui soit hautement efficace contre le SRAS-CoV-2.

Au Canada, seule l’utilisation du remdesivir a été autorisée en juillet par Santé Canada pour le traitement de patients qui ont de graves symptômes de COVID-19 et une pneumonie, et qui ont besoin d'un apport additionnel d'oxygène pour les aider à respirer.

Par ailleurs, les mutations observées du SRAS-CoV-2 ne semblent pas avoir de conséquences notables sur la pandémie et ne semblent pas avoir rendu le virus moins contagieux ou moins virulent.

L’une des mutations les plus fréquemment observées (nommée D614G) semble être plus contagieuse, mais rien ne démontre avec certitude qu’elle est moins létale, affirme l’OMS.

Une autre théorie qui est examinée par les chercheurs (Nouvelle fenêtre) – mais qui n'est pas confirmée – est que la distanciation physique permet de réduire la dose infectieuse du virus transmise d'une personne à une autre. Certains chercheurs avancent qu'en étant en contact avec des doses plus faibles, il serait plus facile pour notre système immunitaire de combattre le virus, et cela aurait ainsi une incidence sur le taux de mortalité.

COVID-19             : ce qu'il faut savoir

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