•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Faut-il empêcher les enseignants suppléants de travailler dans plus d'une école?

Des experts comparent la situation à celle des employés à temps partiel des foyers pour aînés qui avaient contribué involontairement à propager la COVID-19 d'un établissement à un autre. Le ministre de l'Éducation du Québec dit, lui, que ça n'a rien à voir.

Une femme classe des documents et des dossiers.

Certains suppléants s'inquiètent de devenir des vecteurs de la pandémie (photo d'archives).

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Bouchard

Des experts pressent les gouvernements provinciaux au pays d'interdire aux enseignants remplaçants de travailler dans plus d'une école, afin d'aider à freiner la propagation de la COVID-19.

En passant d'une école à une autre, si un enseignant (ou une enseignante) remplaçant avait les symptômes de la COVID-19, ou même s'il était atteint de manière asymptomatique, cette personne va servir de courroie de transmission de ce virus de la COVID-19 dans ces écoles, explique le Dr Hugues Loemba, virologue et chercheur à l'Hôpital Montfort d'Ottawa.

Nombre de suppléants un peu partout au pays ont témoigné de leurs craintes d'être exposés au coronavirus et de devenir des vecteurs de la pandémie en se promenant d'une école à une autre. Toutefois, ils disent ne pas avoir d'autre choix s'ils veulent gagner leur vie.

Le ministre de l'Éducation de l'Ontario, Stephen Lecce, a affirmé que les enseignants remplaçants devraient être affectés à une ou quelques écoles seulement « dans la mesure du possible », mais sans offrir d'indemnité particulière.

Contrairement à la décision provinciale, au printemps dernier, de verser une prime aux employés des centres de soins de longue durée, tout en empêchant ces préposés de travailler dans plus d'un foyer à la fois, la gestion du personnel suppléant dans les écoles est laissée à la discrétion des conseils scolaires.

De son côté, le ministre québécois de l'Éducation, Jean-François Roberge, assure que les deux situations ne sont pas comparables. Quelqu'un qui intervient auprès de personnes aînées qui sont déclarées positives à la COVID, qui doivent leur porter assistance, ça n'a rien à voir avec un enseignant de mathématique secondaire trois qui passe d'une école à l'autre, mais qui n'a pas de contact direct avec les élèves, qui reste à deux mètres des élèves et qui côtoie des élèves qui sont à plus de 99,5 % négatifs à la COVID, a-t-il affirmé la semaine dernière.

Le Dr Loemba n'est pas d'accord.

Si on avait interdit aux préposés aux bénéficiaires de travailler dans plusieurs foyers de personnes âgées, on doit faire de même pour les enseignants afin de prévenir les éclosions dans les écoles et diminuer la propagation de ce virus.

Hugues Loemba, virologue

La pédiatre et professeure à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto Anna Banerji pense elle aussi que « les mêmes principes s'appliquent ».

Elle note toutefois que chaque région est différente. Ce qui s'applique à Toronto ne s'applique pas nécessairement dans un secteur rural du Nunavut, dit-elle.

Dans un guide pour la rentrée scolaire présenté en juillet, l'Hôpital pour enfants SickKids à Toronto recommandait d'affecter chaque suppléant à une seule école pour le « plus longtemps possible ».

Un minimum de deux semaines entre chaque affectation aiderait à réduire le risque de transmission de l'infection d'une école à une autre, si le suppléant doit changer d'école, indiquaient les experts de SickKids.

Plusieurs centaines d'écoles au Québec et en Ontario ont eu des cas de COVID-19 depuis la rentrée.

Certaines écoles prennent l'initiative

Malgré l'absence d'une directive ministérielle, certains conseils scolaires au pays ont adopté des lignes directrices quant aux suppléants.

C'est le cas par exemple du Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario.

Le personnel occasionnel est encouragé à limiter leurs écoles à trois seulement.

Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario

Le plus gros conseil scolaire au pays, le Toronto District School Board (TDSB), dit inciter ses suppléants à limiter le nombre d'écoles où ils travaillent, mais la décision revient à chacun d'eux.

De son côté, le Conseil scolaire de Calgary (CBE), en Alberta, donne la permission aux remplaçants de ne travailler que dans l'école ou les écoles de leur choix, alors que par le passé, un suppléant devait être disposé à travailler dans n'importe quel établissement du Conseil. Nous sommes conscients de la nécessité de limiter le risque de propagation de la COVID-19, affirme la porte-parole Megan Geyer.

Le conseil a recruté 30 % de suppléants en plus cette année, ajoute-t-elle. Or, durant les deux premières semaines de classe, la demande pour ces employés occasionnels était déjà en hausse de 20 %.

Et c'est là que le bât blesse, explique Marc Gauthier, directeur de l'éducation au Conseil public du Grand Nord de l'Ontario (CSPGNO). Malgré ses efforts de recrutement, sa liste de suppléants a fondu de moitié cette année.

On ne peut pas se permettre de limiter un suppléant à une école pendant l'année. De plus, on ne contrôle pas si les gens font de la suppléance dans les conseils limitrophes.

Marc Gauthier, directeur de l'éducation au Conseil public du Grand Nord de l'Ontario

Les syndicats fustigent Doug Ford

L'Association des enseignants franco-ontariens (AEFO) affirme qu'elle a demandé en vain au gouvernement Ford d'affecter des suppléants aux différentes écoles pour la durée de la pandémie.

Chaque école aurait eu à sa disposition du personnel formé sur place pour répondre aux besoins en main-d’œuvre et le personnel aurait été disponible pour répondre aux besoins des élèves, explique la présidente de l'AEFO, Anne Vinet-Roy.

Cela nous donne l’impression que notre rétroaction a été ignorée. Malheureusement, cette approche est une pratique courante avec le premier ministre Ford et son ministre Lecce.

Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO

La présidente de l'Association des enseignants catholiques anglophones de l'Ontario (OECTA), Liz Stuart, affirme avoir tenté pendant « des mois » de convaincre le gouvernement d'agir, mais dit que les progressistes-conservateurs étaient heureux de ne pas s'en charger et de pelleter plutôt la question dans la cour des conseils scolaires.

La donne diffère maintenant d'un conseil scolaire à un autre, mais il n'est pas trop tard pour que le gouvernement fasse ce qu'il aurait dû faire et qu'il établisse des lignes directrices cohérentes pour toute la province, soutient-elle.

La Fédération des enseignants de l'élémentaire de l'Ontario (FEEO) dit que la question revient aux conseils scolaires.

Pour sa part, le président de la Fédération des enseignants des écoles secondaires (FEESO), Harvey Bischof, est d'accord avec le principe de restreindre le nombre d'écoles où un suppléant peut travailler, mais à condition que l'employé soit indemnisé en conséquence.

Lorsque la province a empêché les préposés dans les foyers de travailler dans plus d'un établissement, leur rémunération a été bonifiée pour qu'ils puissent faire face financièrement à cette restriction, dit-il. On devrait aussi s'assurer que les enseignants remplaçants puissent continuer à joindre les deux bouts [s'ils ne peuvent pas travailler dans plus d'une école].

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !