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Watchmen, la série primée aux prix Emmy qui place l'Amérique face à ses démons

Une femme maquillée devant le cadran d'une horloge, avec le logo de la série «Watchmen» dans le bas de l'écran.

La série «Watchmen», axée autour du massacre de plusieurs centaines de personnes noires dans la ville de Tulsa (Oklahoma), en 1921, a eu une résonance particulière dans le contexte des récentes tensions raciales aux États-Unis.

Photo : Page Facebook de Watchmen

Agence France-Presse

Inspirée d'une bande dessinée des années 1980, la série Watchmen, qui a triomphé dimanche aux prix Emmy, mêle superhéros, superhéroïnes et satire politique pour mieux mettre la société américaine face à son passé raciste et aux démons qui la déchirent.

Avec 11 récompenses à leur actif, les auteurs et autrices de la série ont profité dimanche soir de leur quart d'heure de gloire pour revenir sur les traumatismes historiques et les injustices sociales qui minent toujours les États-Unis, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle suite à la minisérie de HBO.

Watchmen s'ouvre sur le massacre racial de Tulsa en 1921, un événement bien réel durant lequel au moins 300 personnes d'un quartier noir de cette ville de l'Oklahoma ont été tuées par des personnes blanches, avec la complicité, voire les encouragements des autorités locales.

La majorité de la population américaine ignorait ce sinistre épisode quasiment absent des livres d'histoire.

Brutalité policière et racisme systémique

La série se déroule dans l'histoire parallèle imaginée par Alan Moore et Dave Gibbons pour la bande dessinée Watchmen dans les années 1980. Dans cet univers, les superhéroïnes et superhéros sont bien réels, mais sont trop souvent sans scrupules et violents.

Selon les spécialistes, le livre d'origine, qui figure dans la liste des 100 meilleurs ouvrages modernes en langue anglaise établie par le magazine Time, a fortement contribué à asseoir la popularité et la crédibilité artistique des romans graphiques. Il a fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 2009.

La minisérie de HBO a créé une nouvelle histoire inspirée de cet univers sombre et chaotique en continuant à explorer ses sujets de prédilection, comme les brutalités policières et les discriminations raciales.

Ce sont autant de thèmes qui se retrouvent cruellement au cœur de l'actualité américaine depuis des mois et qui le resteront au moins jusqu'à l'élection présidentielle du 3 novembre.

Le corps policier ne doit toujours pas rendre de comptes, a déploré dimanche Regina King, sacrée meilleure actrice avec Watchmen. Elle portait pour l'occasion un t-shirt à l'effigie de Breonna Taylor, une Américaine noire tuée par la police et devenue un symbole du mouvement Black Lives Matter.

Elle représente des décennies, des centaines d'années de violence pure et simple contre les corps noirs, a expliqué l'actrice afro-américaine. Les choses que nous explorions, que nous montrions dans Watchmen, [...] ça semblait approprié de les représenter avec Breonna Taylor.

Pour Yahya Abdul-Mateen II, qui a remporté le prix Emmy du meilleur second rôle, la minisérie a été une prise de conscience dérangeante pour de nombreuses personnes.

Une suite possible

Watchmen a beau avoir été primée en tant que minisérie, une suite à ses neuf épisodes n'est plus complètement inenvisageable après ce succès aux prix Emmy.

Le scénariste de la série, Damon Lindelof, a invité dimanche les artistes qui le souhaitent à prendre le relais, se disant très curieux de voir ce qu'une suite pourrait donner, mais excluant d'y participer lui-même.

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