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L'industrie du tourisme de l'Île-du-Prince-Édouard dans l'incertitude

Les restaurants situés sur le quai flottant sont fermés. Deux personnes sont assises à une table.

La grande majorité des restaurants et commerces du bord de l'eau ont déjà fermé leurs portes.

Photo : Julien Lecacheur

Julien Lecacheur

Les chiffres du tourisme à l'Île-du-Prince-Édouard sont catastrophiques. Le secteur espère un rebond.

En cette fin de septembre, Charlottetown est étrangement calme. Le centre-ville est silencieux, le bord de mer est quasi désert. Un paysage qui contraste avec celui de l'an dernier, où des milliers de touristes arpentaient encore les rues de la capitale insulaire.

C'est impuissante que Brenda Gallant, la directrice du marketing pour Tourisme Île-du-Prince-Édouard, contemple ce triste spectacle depuis son bureau situé dans les bâtiments gouvernementaux. Un spectacle qui se traduit aussi en chiffres. Ce n'est pas difficile d'évaluer ces chiffres que l'on a, c'est difficile de les accepter, souligne-t-elle.

Et ces chiffres parlent d'eux-mêmes. Les touristes ont déserté la province insulaire depuis le début de la pandémie. Le nombre de véhicules au pont de la Confédération a baissé de 60 %, le nombre de passagers à l'aéroport a diminué de 72 %, et de 80 % du côté du traversier. Le nombre de nuitées a lui aussi chuté de plus de 60 %. Néanmoins, l'espoir est permis. Les touristes sont progressivement revenus depuis l'ouverture de la bulle atlantique.

Ce n'est pas beau de parler d'une diminution de 60 %, mais c'est tout de même meilleur que de parler de celle de 90 % constatée en mai et juin.

Brenda Gallant, directrice marketing, Tourisme Î.-P.-É.
Des ouvriers installent des planches de bois sur la devanture du restaurant.

Le restaurant Peakes Quay a fermé ses portes à la mi-septembre. Devançant d'un mois sa fermeture habituelle. Son patron explique avoir fait 50 % de son chiffre d'affaires par rapport à celui de l'an dernier.

Photo : Julien Lecacheur

Des millions de dollars de perte

Aucun secteur de l'industrie du tourisme de l'Île-du-Prince-Édouard n'est épargné (les terrains de camping font exception, avec une baisse de 20 % en juillet).

Les restaurants tentent de limiter les dégâts et de résister, d'autres préfèrent fermer leurs portes dès à présent. L'été a été difficile, l'automne s'annonce encore plus compliqué; l'hiver? Cela pourrait être très dur pour certains commerces, explique Coady Campbell, gérant du restaurant Water Prince Corner Shop.

La situation est similaire du côté des transports en autocars. Mike Cassidy, le propriétaire de Maritime Bus, a accumulé des pertes de 33 millions de dollars depuis le début de la pandémie. Il a aussi dû licencier 400 de ses 515 employés.

Le domaine du transport a baissé de 90 % cette année par rapport à l'an dernier.

Mike Cassidy, propriétaire, Maritime Bus
Des bus neufs sont alignés dans le stationnement de l'entreprise Maritime Bus de Charlottetown.

L'entreprise Maritime Bus a perdu 33 millions de dollars en 2020 à cause de la COVID 19.

Photo : Julien Lecacheur

Et la situation ne devrait pas s'arranger pour les professionnels du secteur cette année. L'une des raisons : l'annulation de la saison des croisières au Canada (les croisières internationales sont interdites au Canada jusqu'au 31 octobre).

Mike Cochrane, président de l'autorité portuaire de Charlottetown, explique n'avoir pas envisagé la COVID-19. Au contraire, les prévisions étaient excellentes, un nouveau record devait être battu avec 97 bateaux, 150 000 passagers et 70 000 membres d'équipages attendus en 2020. Un record qui a volé en éclats avec la pandémie.

Les croisières devaient générer cette année plus de 27 millions de dollars en revenus directs pour la province, et un million pour le port.

Mike Cochrane, président, port de Charlottetown

Malgré tout, Mike Cochrane reste positif. Il planifie déjà 2021 avec le retour des navires. Cependant, pas question pour lui de brûler les étapes. On envisage le retour des bateaux dans un avenir proche, mais uniquement si cela est sécuritaire pour la population, prévient-il.

Le hangar d'accueil des passages débarquant de bateaux de croisière est désert

Aucun navire n'a accosté cette année à Charlottetown. 97 étaient pourtant attendus.

Photo : Julien Lecacheur

Espoir en 2021? Rebond en 2022?

Mike Cochrane n'est pas le seul à penser à l'avenir. La province ainsi que les acteurs du tourisme insulaire préparent déjà la prochaine saison touristique.

Brenda Gallant l'assure, le gouvernement sera prêt et peu importe la situation. On a un plan dans le cas où les frontières de la bulle atlantique sont étendues au reste du Canada, on en a aussi un si elles n'ouvrent pas. Dans ce cas-là, on continuera les discussions avec nos voisins, explique-t-elle.

Les plans marketing seront présentés aux professionnels du secteur d'ici le mois de décembre, les campagnes, elles, devraient commencer en janvier, soit deux mois plus tôt qu'à l'habitude, affirme Corryn Clemence, la présidente de l'Association touristique de l'Île-du-Prince-Édouard, appuie ce repositionnement stratégique.

Le tourisme ne peut pas se résumer à l'été. On doit l'étendre à l'hiver afin de dynamiser notre industrie et de la préparer à passer au travers de tels évènements.

Corryn Clemence, présidente, Association touristique de l'Île-du-Prince-Édouard

Un point de vue partagé par de nombreux acteurs. Néanmoins, certains comme Mike Cassidy préfèrent rester prudents. Notre principale inquiétude est pour cet automne. 2021? Nous devons trouver un moyen de survivre afin d'être prêts pour 2022, qui sera selon moi l'année du rebond, explique-t-il. Et de comparer 2021 à une année de transition : 2021 sera un pont, décrit-il.

Le rebond pourrait donc se faire attendre encore un peu pour arriver d'ici 2022. L'industrie du tourisme va donc devoir résister et compter sur l'aide financière des gouvernements provincial et fédéral pour survivre en attendant des jours meilleurs.

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