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Retard dans le traitement des cancers : « la mortalité va s’accentuer »

Un chirurgien prend un instrument dans sa main.

Le ministère de la Santé note une baisse de 20 % des rapports diagnostics de cancer en raison de la pandémie.

Photo : iStock

Quelque 5000 cancers n’auraient pas été diagnostiqués au Québec durant les premiers mois de la COVID-19, selon un document interne du ministère de la Santé. Bien que Québec ait depuis quelques semaines décidé de donner la priorité aux activités oncologiques, ces retards se feront sentir pour de nombreuses années, préviennent des médecins spécialistes.

À la fin du mois d’août, le comité de direction du ministère de la Santé s’est fait présenter un rapport faisant état des premiers impacts observés de la COVID-19 sur les soins et services en cancérologie au Québec.

Parmi les constats observés, une baisse de 20 % des rapports diagnostiques.

Il est possible de supposer que, de mars à juin 2020, 5000 personnes ayant un cancer n’ont pas été diagnostiquées au Québec, peut-on y lire.

Il faut dire que bien des activités dans les hôpitaux ont été interrompues durant la première vague.

Pour Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec, les chirurgies urgentes ont été faites, mais il y a beaucoup de chirurgies importantes qui sont encore sur la glace et non seulement on n'a pas comblé le retard durant les derniers mois, mais on a accumulé du retard malgré les bons mots du gouvernement.

Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec

Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec

Photo : Radio-Canada

Le Dr Champagne le constate : Des patients arrivent [aujourd'hui] dans des stades de maladie plus avancés, ce qui fait que pendant des années, on va observer plus de rechutes, des traitements plus lourds et donc une mortalité qui va s'accentuer.

Il y a des patients pour qui on pouvait espérer une guérison et pour qui on est maintenant en traitement palliatif.

Martin Champagne, président de l’Association des médecins hématologues oncologues du Québec

Période très difficile pour les médecins

Ces derniers mois, le téléphone ne dérougit pas à la Société canadienne du cancer.

La société reçoit des centaines d'appels chaque mois, indique Diego Mena, qui y occupe le poste de directeur de la prévention.

Ce dernier donne l’exemple du cancer colorectal. Un cancer colorectal sur deux est diagnostiqué à un stade avancé, autrement dit le cancer est déjà répandu dans le corps. Et c'est la deuxième forme de cancer qui tue le plus de gens au Québec, déplore M. Mena.

Pour Mélanie Bélanger, présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec, c'est une période qui est très difficile pour les médecins.

Portrait de Mélanie Bélanger dans un stationnement d'hôpital.

Mélanie Bélanger, présidente de l’Association des gastro-entérologues du Québec

Photo : Radio-Canada

On a des patients plus malades qu'avant la pandémie parce qu'ils n’ont pas eu beaucoup de soins.

Selon la Dre Bélanger, au lieu d'avoir un traitement local par coloscopie, des patients vont nécessiter une chirurgie ouverte avec une partie d'intestin enlevé.

Autrement dit, des patients qui ont des cancers qui auraient pu être guéris uniquement par chirurgie vont avoir besoin en plus d'une chimiothérapie qu'ils n'auraient pas eue, explique-t-elle.

Manque de personnel et délais plus longs

La présidente de l’Association des gastro-entérologues rappelle aussi l’importance de chaque maillon dans les hôpitaux. Il manque d’infirmières, d’infirmières auxiliaires, de préposés et d'agentes administratives.

Selon les dernières données disponibles au ministère de la Santé, 13 % des patients opérés pour un cancer depuis le 1er avril 2020 ont dû attendre au-delà de 56 jours pour subir leur procédure. Ce pourcentage a déjà été inférieur à 9 % ces dernières années.

De plus, à la fin mai, le quart des patients en attente d’une chirurgie pour un cancer attendaient depuis plus de 56 jours. Ce taux s’élevait même à 40 % en Estrie et 34 % à Montréal.

Or, selon les objectifs du ministère de la Santé, tous les patients qui doivent être traités par chirurgie oncologique devraient l'être dans un délai de moins de 56 jours.

Le gouvernement forcé de prendre des décisions difficiles

Lors de la première vague de la pandémie COVID-19, nous avons été forcés de procéder à un délestage des activités pour nous assurer d’avoir les ressources nécessaires pour sauver les vies qui étaient en danger imminent, a expliqué Marjaurie Cote-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé.

Québec rappelle avoir sinon maintenu la majeure partie des activités de chimiothérapie et de radiothérapie.

Nous travaillons aussi à stabiliser nos équipes spécialisées afin d’avoir un service performant lors d’une deuxième vague.

Marjaurie Cote-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé

Les médecins notent que bien des patients hésitent à se rendre dans les hôpitaux en raison de la COVID-19. Le cabinet du ministre rappelle que les établissements sont sécuritaires.

Toutes les mesures de protection sont en place pour assurer de dépister rapidement les personnes atteintes d’un cancer, indique aussi le cabinet de Christian Dubé.

COVID-19             : ce qu'il faut savoir

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