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Discours du Trône : le secteur pétrolier à Terre-Neuve retient son souffle

Charlene Johnson s'adresse à la foule en parlant dans un micro.

Charlene Johnson, PDG de l’Association de l'industrie pétrolière et gazière de Terre-Neuve-et-Labrador, réclame des mesures fiscales pour l'industrie.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Les attentes de l’industrie pétrolière à Terre-Neuve-et-Labrador sont élevées par rapport au discours du Trône du gouvernement Trudeau.

Le mois dernier, le ministre fédéral des Affaires intergouvernementales a laissé entendre qu’Ottawa s’apprêtait à épauler le secteur.

À Terre-Neuve-et-Labrador, l'industrie pétrolière représente 30 % de l’économie, mais elle a été durement frappée par la récente chute de la demande et du prix du pétrole.

Aucune annonce n’a encore eu lieu, mais l’industrie a bon espoir qu’une relance verte de l’économie canadienne pourrait favoriser la production du pétrole extracôtier terre-neuvien.

Chaque baril de pétrole produit à la plateforme Hibernia représente environ 12 kg de dioxyde de carbone (CO2) émis dans l’atmosphère, selon les chiffres de Nalcor Energy, la société d’État responsable du développement énergétique de la province.

La plateforme Hibernia

La plateforme Hibernia est située à 350 km à l'est de l'île de Terre-Neuve (archives).

Photo : HMDC

La moyenne mondiale est de 18 kg le baril. Dans l’Ouest canadien, chaque baril de pétrole équivaut à environ 44 kg de CO2.

Si le gouvernement fédéral veut miser sur une transition énergétique, il devrait favoriser la production du pétrole terre-neuvien pendant les premières décennies du processus, estime Charlene Johnson, présidente-directrice générale de l’Association des industries pétrolières et gazières de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les consommateurs continueront à créer une demande pour le pétrole au cours des prochaines décennies. Terre-Neuve-et-Labrador devrait faire partie de la solution.

Charlene Johnson, PDG de l’Association des industries pétrolières et gazières de T.-N.-L.

Deux demandes cruciales

Depuis des mois, l’association milite pour obtenir deux programmes d’incitations fiscales pour le secteur pétrolier à Terre-Neuve.

La première comprend la réouverture du Crédit d'impôt à l'investissement dans la région de l'Atlantique aux sociétés pétrolières. Ces dernières ont été exclues du programme en 2012, alors que le coût un baril de pétrole s’élevait toujours à plus de 100 $. Un baril de pétrole Brent coûte actuellement environ 40 $ le baril.

Mme Johnson espère aussi voir la création d'incitations pour l’exploration pétrolière à Terre-Neuve. Elle note que la production à des centaines de kilomètres au large de la province comporte énormément de risques et de coûts.

Elle affirme pourtant que l'obtention d'un crédit d'impôt pourrait dépendre de l'adhésion des entreprises aux nouvelles règles visant à réduire les émissions.

Je ne vois pas pourquoi une compagnie qui bénéficie de ces incitations ne devrait pas se créer un plan d’action en environnement et une stratégie pour réduire le carbone qu’elle produit, explique-t-elle.

Dave Mercer.

Dave Mercer, président local du syndicat Unifor, qui représente quelque 700 travailleurs du pétrole à Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada

Un soutien aux travailleurs réclamé

Dave Mercer, président local du syndicat Unifor, espère lui aussi que le gouvernement s’engagera à soutenir l’industrie dans son discours du Trône, mais il ajoute qu’un éventuel programme d’aide doit accorder la priorité aux travailleurs.

Quelque 20 000 emplois dépendent du secteur pétrolier à Terre-Neuve-et-Labrador, rappelle-t-il. J’aimerais voir ces incitations fiscales pour nos compagnies, mais il faut s'assurer que les gens retournent au travail en conséquence.

Dave Mercer rappelle aussi que les travailleurs du pétrole attendent depuis des mois une aide gouvernementale. Le gouvernement provincial, dont les revenus ne cessent de chuter, a déjà répété à maintes reprises qu’il n’a pas les moyens de soutenir l’industrie et que le soutien demandé devra venir d'Ottawa.

Je crois sincèrement que Seamus O’Regan [le ministre fédéral des Ressources naturelles] se préoccupe de l’avenir de Terre-Neuve et va faire quelque chose pour nous aider. S’il ne fait rien et si M. Trudeau ne fait rien, je pense que leur lune de miel est finie ici, soutient-il.

Une province à risque d'effondrement économique, financier et démographique

Le chef de l’opposition à Terre-Neuve-et-Labrador, Ches Crosbie, indique que l’aide fédérale devient de plus en plus cruciale, alors que la province fait face à la possibilité de l’effondrement économique, financier et démographique. Il fait remarquer que 116 500 personnes – presque la moitié de la population active de la province – ont obtenu la Prestation canadienne d’urgence dans la province.

Ches Crosbie.

Ches Crosbie, chef du Parti progressiste-conservateur de Terre-Neuve, lors d'une manifestation de travailleurs du pétrole, en septembre 2020

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Le seul remède, c’est la création d’emplois, croit le chef progressiste-conservateur. Et la seule façon de créer des emplois et de soutenir le secteur du pétrole extracôtier.

M. Crosbie ajoute qu’Ottawa devrait non seulement créer des incitations fiscales pour les compagnies pétrolières, mais aussi investir dans la rénovation du navire de production Terra Nova, en veilleuse depuis des mois, et la construction du projet d’expansion de West White Rose, qui est suspendu depuis mars dernier.

Les discussions se poursuivent, assure la province

L'opposition critique également le premier ministre Andrew Furey de ne pas avoir poussé plus fort – et plus publiquement – ses négociations avec le gouvernement fédéral.

Or, le ministre de l’Énergie, Andrew Parsons, indique que les membres du personnel de son ministère sont constamment en communication avec leurs homologues fédéraux et que le gouvernement ne cache rien au public.

Andrew Parsons.

Le ministre de l'Énergie de Terre-Neuve-et-Labrador, Andrew Parsons

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Ce ne sont pas des négociations qui se font sur la place publique. C’est la réalité, dit-il.

Le ministre fédéral des Affaires gouvernementales, Dominic Leblanc, qui a dit le mois dernier lors d’une visite à Saint-Jean qu’une intervention fédérale pour soutenir l’industrie pétrolière serait annoncée dans les semaines à venir, n’était pas disponible pour une entrevue.

Le cabinet du ministre fédéral des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, a envoyé à Radio-Canada la même déclaration qu’il nous a transférée lors d’une manifestation des travailleurs du pétrole devant l’Assemblée législative, la semaine dernière.

Les discussions progressent. Les travailleurs et leurs familles sont toujours notre priorité numéro un, déclare le ministre.

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