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Les pêcheurs non autochtones changent leur stratégie en Nouvelle-Écosse

Des dizaines d'hommes manifestent sur une route.

Des pêcheurs commerciaux manifestent lundi matin devant la maison d’un homme d’affaires qui, selon eux, achète du homard pêché par les Autochtones. Les pêcheurs commerciaux réclament un encadrement plus rigoureux de la pêche de subsistance des Autochtones.

Photo : CBC/Taryn Grant

Radio-Canada

Les pêcheurs qui réclament un encadrement plus rigoureux de la pêche effectuée par les Autochtones en Nouvelle-Écosse changent leur stratégie, lundi.

Ces pêcheurs non autochtones ne manifestent plus seulement sur certains quais du sud-ouest de la province. Ils ont manifesté lundi matin devant la maison d’un homme d’affaires qu’ils connaissent comme étant un acheteur du homard pêché par les Autochtones.

La Première Nation de Sipekne’katik a lancé jeudi dernier une pêche dite de subsistance. Les Micmacs disent exercer les droits que leur confère la décision Marshall de la Cour suprême du Canada qui, en 1999, statuait que les Premières Nations pouvaient effectuer une chasse, une pêche et une cueillette afin de s’assurer d’un moyen de subsistance convenable ou modéré.

Quelques tentes le long d'un brise-lame.

Des membres de la Première Nation de Sipekne’katik continuent d’occuper le quai de Saulnierville, lundi. Même avec l’ouragan Teddy qui s'approche des Maritimes, plusieurs disent qu’ils ne comptent pas quitter les lieux. Les pêcheurs micmacs revendiquent leur droit de pêcher hors de la saison réglementaire pour gagner leur vie.

Photo : Radio-Canada / Héloïse Rodriguez-Qizilbash

Les pêcheurs commerciaux, non autochtones en grande majorité, accusent la communauté micmaque de mener une pêche illégale, car elle se déroule hors des saisons de pêche établies par le ministère des Pêches et des Océans. Ils réclament un encadrement plus rigoureux de la pêche de subsistance par le ministère.

On reconnaît les droits constitutionnels des Autochtones, sauf que, la pêche, il faut qu’elle soit réglementée d’une manière ou d’une autre. Une pêche qui n’est pas réglementée va mener à un désastre écologique. On le voit ici. Les stocks de homards ont diminué beaucoup dans les deux ou trois ans derniers. Ça va commencer à être un problème. Pour l’instant, c’est un problème localisé, mais c’est juste une question de temps avant que ce soit partout au Canada atlantique, affirme un organisateur syndical de l’Union des pêcheurs des Maritimes, Luc LeBlanc.

Des Autochtones ont installé un campement de fortune au quai de Saulnierville. Le chef de la Première Nation de Sipekne’katik, Michael Sack, a expliqué que sa communauté va continuer de pêcher et qu’elle attend de nouveaux casiers à homard pour cela.

Des pêcheurs commerciaux ont entrepris en fin de semaine de retirer de la mer les casiers à homard déposés par les Micmacs. Luc LeBlanc estime que les actions des pêcheurs commerciaux sur la mer vont cesser, le temps que passe l’ouragan Teddy, mais qu’elles vont se poursuivre sur terre.

Des casiers empilés sur un quai.

Certains casiers à homard des Autochtones que les pêcheurs commerciaux disent avoir retirés des eaux en Nouvelle-Écosse ne sont pas conformes aux normes en vigueur, selon l'Union des pêcheurs des Maritimes.

Photo : Radio-Canada / Héloïse Rodriguez-Qizilbash

Dans un communiqué publié lundi, le chef Michael Sack affirme que sa communauté ne compte que sept bateaux de pêche et qu’il y en a parfois moins de cinq qui sont actifs. Selon lui, les pêcheurs commerciaux coupent les lignes des casiers de sa communauté faussement au nom de la conservation. Il qualifie ce geste de honteux de la part de Canadiens.

Ces tactiques de peur et d'intimidation sont une menace sérieuse pour notre peuple et doivent être prises en considération, souligne M. Sack.

Une rencontre entre des représentants micmacs et le fédéral lundi matin

Les pêcheurs autochtones ont rencontré la ministre fédérale des Pêches ainsi que la ministre des Affaires autochtones, lundi matin, pour défendre leur droit à une pêche de subsistance.

Il s’agit de la deuxième rencontre connue des médias entre la communauté micmaque et la ministre Bernadette Jordan depuis qu’un conflit s’est déclaré entre les pêcheurs autochtones et non autochtones la semaine dernière.

Les chefs autochtones micmacs de la Nouvelle-Écosse ont déclaré par voie de communiqué avoir profité de la rencontre avec Ottawa lundi pour dénoncer le racisme et la violence perpétrés à l’égard des membres de la communauté micmaque et pour réclamer des mesures de sécurité accrues.

Les chefs micmacs disent aussi avoir demandé au gouvernement fédéral de sensibiliser davantage le grand public au sujet des droits autochtones.

Nous avons demandé au Canada d’aider à éduquer le public sur la vérité et de s'attaquer au racisme systémique qui a contribué à nous priver de la possibilité d'exercer nos droits, a déclaré le chef micmac Terrance Paul, responsable de la pêche à l'Assemblée des chefs micmacs de la Nouvelle-Écosse.

Six manifestants portant des masques de protection sanitaire se tiennent devant l'affiche des locaux du ministère de Pêches et Océans Canada.

Les deux clans continuent de gagner des appuis un peu partout en Atlantique. À Moncton au Nouveau-Brunswick, une quarantaine de personnes ont manifesté devant les bureaux de Pêches et Océans en soutien aux pêcheurs autochtones de Saulnierville.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hugues

Dans une déclaration commune, la ministre des Pêches et des Océans, Bernadette Jordan, et la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, estiment que la discussion a été ouverte, respectueuse, et constructive. Le gouvernement, expliquent-elles, reconnaît que les Micmacs ont un droit de pêche issu de traités et protégé par la Constitution, visant à assurer une subsistance convenable.

Les ministres soulignent que les menaces, l'intimidation et le vandalisme sont inacceptables. Elles assurent que les agents du MPO, la Garde côtière canadienne, la GRC et les responsables de la sécurité publique coordonnent leurs efforts avec les autorités provinciales pour répondre à tout incident dangereux.

Notre gouvernement est résolument engagé à faire progresser la Réconciliation, à respecter les traités autochtones, et à mettre en œuvre les droits des Premières Nations, et nous croyons fermement qu'un dialogue respectueux et constructif est la voie à suivre pour y parvenir. En ce moment, nous avons besoin de communication et non de confrontation, concluent les ministres Jordan et Bennett.

Les pêcheurs non autochtones attendent une réponse d'Ottawa

Or, les pêcheurs commerciaux n’étaient pas au courant de la tenue de cette discussion entre le gouvernement fédéral et les chefs autochtones. L’organisateur syndical de l’Union des pêcheurs des Maritimes, Luc LeBlanc, affirme toujours attendre une réponse des gouvernements provincial et fédéral.

On n’a toujours pas eu de réponse, tant du gouvernement provincial que fédéral. C’est silence radio, déplore-t-il. Ce n’est pas vraiment surprenant, on essaie d’avoir des réunions, on en a, mais on ne réussit pas à en extraire des informations utiles, poursuit M. LeBlanc.

Le drapeau acadien en train d'être hissé en haut d'un mat.

Les drapeaux du Canada et de la Nouvelle-Écosse ont été mis en berne et remplacé par le drapeau acadien.

Photo : Radio-Canada

Il désire attirer l’attention sur le fait que la baie Sainte-Marie est une petite communauté acadienne minoritaire ayant passé au travers de beaucoup de traumatismes.

C’est d’ailleurs dans le but de faire honneur à cet héritage que les pêcheurs ont les drapeaux du Canada et de la Nouvelle-Écosse en berne à Meteghan, alors qu’ils ont plutôt hissé celui de l’Acadie.

Avec les renseignements d’Héloïse Rodriguez-Qizilbash

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