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Analyse

Décès de « RBG » : une tout autre campagne électorale

Une femme dépose des fleurs sur un mémorial.

Un mémorial a été aménagé devant le bâtiment de la Cour suprême, aux États-Unis, après la mort de la juge Ruth Bader Ginsburg.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

La mort de la juge Ruth Bader Ginsburg, moins de 50 jours avant l’élection présidentielle du 3 novembre, vient bouleverser la tranquillité d’une campagne électorale qui, du moins selon les sondages, n’avait pratiquement pas bougé depuis le début de l’été.

Il ne s’agit pas seulement de remplacer une juge qui était une véritable icône. La nomination d’un autre juge conservateur pourrait altérer pour au moins une génération l’équilibre de la Cour suprême des États-Unis.

Politiquement, il y a peu de sujets qui mobilisent davantage l’électorat républicain que la nomination d’un juge à la Cour suprême. Pour l’électorat de droite, depuis les années 1960, les juges libéraux ont perverti la Constitution américaine et ont légiféré depuis le banc.

Pour la droite religieuse, l’enjeu est de renverser l’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui a légalisé l’avortement. Depuis, et encore en juin de cette année, cet arrêt a survécu à toutes les tentatives des États de recriminaliser l’avortement d’une manière ou d’une autre.

Il n’y a pas que la droite religieuse. Les républicains qui représentent une droite plus économique, par exemple, voudront avoir une cour qui ne va pas mettre des bâtons dans les roues des entreprises avec des règlements en matière d’environnement, de sécurité ou de syndicalisation.

Pour cela, il faut une majorité solide de juges conservateurs puisque certains d’entre eux – au premier rang le juge en chef John Roberts – ne sont pas des votes assurés pour le camp conservateur.

« Fill That Seat »

Les candidats républicains à la présidence ont toujours fait de la nomination des juges un enjeu électoral. Mais cela n’a jamais été aussi vrai que cette année. Moins de 24 heures après le décès de la juge Ginsburg, les partisans républicains scandaient Fill That Seat devant un président Trump qui promettait de le faire au plus tôt.

Électoralement, cela pourrait être le tournant que Donald Trump souhaitait. Tous les sondages le montraient. Il était en train de perdre une partie modeste, mais significative, des composantes de sa base électorale de 2016. Certains électeurs de la droite religieuse, par exemple, avaient du mal à réconcilier sa vie personnelle agitée avec leurs valeurs évangéliques. Dans le monde des affaires, plusieurs s’inquiétaient de ses frasques et de ses tendances protectionnistes, etc.

La possibilité de contrôler pour une génération ou plus la Cour suprême pourrait bien convaincre tous ces électeurs de rentrer au bercail.

Et cette possibilité est bien réelle : avec le décès de « RBG », il ne reste plus que trois juges libéraux sur neuf. Et parmi eux, le juge Stephen Breyer, qui devient le doyen de la Cour à 82 ans.

Obamacare

L’électorat démocrate est traditionnellement moins intéressé par la question des nominations à la Cour suprême. Mais celle-ci pourrait bien être l’exception qui confirme la règle.

D’abord parce que pour beaucoup de femmes, particulièrement les plus jeunes, la défense du droit à l’avortement et de Roe v. Wade est tout aussi mobilisateur que le contraire pourrait l’être pour les républicains. Les femmes plus jeunes étaient relativement tièdes envers la candidature de Joe Biden. Cela pourrait les inciter, plus que toute autre chose, à voter pour le candidat démocrate.

Ensuite, il y a les questions de santé. La crise de la COVID-19, plus que tout autre élément, a causé la perte de popularité du président Trump. Alors que le pays passe le cap des 200 000 morts, la Cour suprême doit entendre une cause importante sur l’avenir du régime de soins de santé adopté sous la présidence de Barack Obama et que l’on appelle familièrement Obamacare.

Un régime qui est devenu plus populaire avec le temps et, en particulier, depuis la pandémie.

Ce sont les menaces des républicains contre Obamacare qui ont le plus largement contribué à la victoire des démocrates qui ont repris le contrôle de la Chambre des représentants aux élections de mi-mandat en 2018. Il est clair que Joe Biden entend faire du rôle de la Cour suprême dans la survie d’Obamacare un élément central de sa campagne. Reste à savoir s’il y mettra l’énergie requise pour contrer celle de Donald Trump.

Deux poids, deux mesures

Enfin, il y a la question qu’on ne peut qualifier autrement que de l’hypocrisie des républicains. En 2016, 11 mois avant la fin de sa présidence, Barack Obama avait nommé le juge Merrick Garland pour pourvoir le poste à la Cour suprême laissé par le décès du juge Antonin Scalia.

Les républicains, majoritaires au Sénat, ont même refusé de soumettre cette nomination au comité des affaires judiciaires, affirmant qu’en année électorale, on ne saurait nommer un juge avant que les électeurs aient pu se prononcer.

Par contre, dans les heures qui ont suivi la mort de la juge Ginsburg, le président Trump, le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell et presque tous les républicains du Sénat ont affirmé qu’ils devaient approuver une nomination à la Cour suprême le plus tôt possible, même si on est à 42 jours des élections.

En 2016, les républicains disaient avoir créé un nouveau précédent. Aujourd’hui, il n’y a pas de précédent qui tienne : ils entendent confirmer celle — le président a déjà indiqué que ce serait une femme — qui sera choisie par M. Trump.

Encore faudrait-il que tous les sénateurs républicains suivent le mouvement. Déjà deux sénatrices ont indiqué qu’elles refuseraient de considérer une nomination à quelques jours du scrutin. Il faudrait que deux autres sénateurs républicains fassent de même pour faire échouer la manœuvre, ce qui est loin d’être gagné.

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