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Les plus riches polluent davantage que la moitié de la planète, selon un rapport

Un avion privé sur le tarmac d'un aéroport.

Avec la capacité de se déplacer plus fréquemment, notamment par avion privé, les plus riches polluent beaucoup plus que les autres tranches de la population mondiale.

Photo : Getty Images / istock / milanvirijevic

Le 1 % le plus riche de la population mondiale a produit environ 15 % des émissions polluantes recensées entre 1990 et 2015, selon un nouveau rapport d'Oxfam. Cela équivaut à plus du double de la pollution produite par la moitié la plus pauvre de l'humanité.

Une économie planétaire qui engrange plus de pollution, certes, mais surtout une économie où l'exacerbation des différences de moyens entre les plus riches et les plus pauvres contribue à fortement alourdir le bilan carbone des premiers, tout en pénalisant les seconds.

En collaboration avec le Stockholm Environment Institute, Oxfam affirme que les 10 % les plus riches – avec un revenu de plus de 38 000 $ par an – ont entraîné la production de 52 % des émissions recensées en un quart de siècle.

Au Canada, les 10 % les plus riches ont été responsables d'environ le quart (24 %) des émissions de carbone pendant la même période. C'est presque autant que la part de 28 % attribuée à la moitié la plus pauvre de la population du pays, souligne le rapport.

Ce rapport est vraiment une manière de montrer l'ampleur des différences entre les plus riches et les plus pauvres, mais surtout de montrer qui est responsable, et d'indiquer aux gouvernements ce qui doit être fait pour répondre à cette crise, avance Armelle Le Comte, responsable du Plaidoyer climat et énergie chez Oxfam France.

Même si ce n'est pas la première fois que nous voyons ces données, je crois qu'il reste très choquant de voir que les 1 % les plus riches au monde émettent plus de pollution que la moitié de l'humanité.

Armelle Le Comte, porte-parole d'Oxfam France

La période examinée par les chercheurs est d'ailleurs particulièrement importante, souligne d'ailleurs Mme Le Comte, puisque l'humanité a rejeté autant d'émissions polluantes, entre 1990 et 2015, qu'entre 1850 et 1989, dit-elle.

Urgence d'agir

De là à estimer qu'il y a plus qu'urgence d'agir pour réduire la pollution dégagée par nos sociétés – et s'attaquer aux inégalités de revenus –, il n'y a qu'un pas que le rapport d'Oxfam s'empresse de franchir.

D'autant plus, écrit-on, que si la planète n'agit pas, nous ne disposerions plus que de neuf années de « bilan carbone » – la quantité de dioxyde de carbone (CO2) pouvant être émise – avant d'atteindre le point de non-retour et de ne pas pouvoir respecter les engagements de l'Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique global à 1,5 degré Celsius.

La planète Terre vue de l'espace.

Les catastrophes naturelles causées par les changements climatiques pourraient entraîner d'importantes migrations.

Photo : NASA

Au-delà de cette limite, les transformations provoquées par un climat plus chaud seront particulièrement coûteuses pour l'humanité, que ce soit en termes de coûts financiers, d'impacts sur l'économie et la vie de tous les jours, ou de migrations massives provoquées par les catastrophes.

Et ce sont les populations les plus pauvres, celles qui vivent dans des habitations de fortune, dans des quartiers surpeuplés, ou dans des zones à risque de subir des catastrophes naturelles, qui sont les plus menacées par ces changements climatiques alimentés en bonne partie par les émissions polluantes des riches.

On entend souvent "Ah, les émissions augmentent à cause des Chinois, ou de la classe moyenne qui se développe dans des pays comme l'Inde"; en fait, ce que notre rapport montre, c'est que ce sont bien les plus riches qui sont responsables de cette croissance des émissions, mentionne Mme Le Comte, de chez Oxfam.

C'est vraiment le mode de vie d'un nombre réduit de gens sur la planète [...] qui sont l'une des causes de la situation actuelle. Il faut donc se poser la question de savoir comment y remédier.

Et malgré les options plus « vertes » généralement accessibles aux gens plus fortunés, comme les voitures électriques de luxe, ou les maisons consommant moins d'énergie, les plus fortunés consomment et polluent davantage que les autres tranches de la population mondiale.

Ce que le rapport démontre, c'est que plus on gagne d'argent, plus on a tendance à émettre de CO2. Notamment parce que les gens se déplacent souvent plus.

Armelle Le Comte, porte-parole d'Oxfam France

Les déplacements en avion et en voiture sont notamment pointés du doigt. Au Québec, par exemple, l'ensemble du secteur des transports représente plus de 40 % du bilan carbone de la province. L'utilisation de produits pétroliers, principalement en transport, compte pour 54 % des émissions québécoises de gaz à effet de serre.

Autre phénomène que l'on peut constater à l'échelle mondiale : la hausse des ventes de véhicules utilitaires sport (VUS), qui sont particulièrement énergivores.

Au Canada, les ventes de voitures traditionnelles ont reculé de 24 %, entre 1990 et 2016, alors que la vente de camions légers, une catégorie qui comprend les VUS, a bondi de 228 %. Et le Québec n'est pas épargné par cette vague.

Revenir à la normalité?

Pour s'attaquer à l'hydre à deux têtes qu'est cette crise des inégalités et du climat, le rapport d'Oxfam est clair : il faut non seulement taxer les fortunes, mais aussi le carbone, les VUS, les avions privés et les vols en classe affaires, notamment, mais aussi revoir la façon dont les gouvernements gèrent l'économie et les plans de relance.

Plus question, notamment, de financer largement le redémarrage de l'industrie aéronautique, écrit-on. Finies, aussi, les subventions pour les énergies fossiles.

Les auteurs de l'étude appellent également à adopter d'autres solutions déjà connues : construction de nouvelles infrastructures pour le transport collectif et vert, facilitation du travail à distance pour réduire la pollution provoquée par les allers-retours au bureau, amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments, y compris pour réduire la facture d'électricité des moins bien nantis, ou encore développement des services de santé et d'aide sociale, qui bénéficient surtout aux femmes et aux groupes marginalisés.

Pourtant, plusieurs gouvernements pourraient se montrer frileux à l'idée d'investir encore plus d'argent dans une transition écologique coûteuse, après avoir déboursé des milliers de milliards de dollars pour soutenir leur économie respective dans le contexte de la COVID-19.

On se dit : "Est-ce qu'on veut remettre les économies sur pied, les gens au travail?" Mais en fait, il n'y aura pas de travail sur une planète qui se réchauffe de trois, quatre, cinq degrés, si l'on suit la tendance..., rétorque Armelle Le Comte.

De dire qu'on relancera d'abord l'économie, puis qu'on s'occupera ensuite du climat et des inégalités, ça, c'est la mentalité qui avait prévalu après la crise financière de 2009. Résultat, 10 ans après, on voit que les inégalités ont explosé à travers le monde, et que les émissions de CO2 ont continué à augmenter. Il faut tirer les leçons de cette crise, déclare-t-elle.

Dans quelques années, on sera au pied du mur, et les travailleurs [de l'automobile, de l'aéronautique, etc.] se retrouveront sans emploi, peut-être du jour au lendemain. Aujourd'hui, on a encore un peu de temps pour préparer cette transition et soutenir ces travailleurs, ajoute la responsable de chez Oxfam.

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