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Les pêcheurs commerciaux retirent les casiers à homard des Autochtones à Saulnierville

Groupe de pêcheurs, certains tenant des drapeaux acadiens, près d'un quai.

Des pêcheurs commerciaux non autochtones arrivent au quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, vers midi, le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

Radio-Canada

Des pêcheurs commerciaux se sont rendus vers midi, dimanche, au quai de Saulnierville, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, où des membres de la Première Nation de Sipekne’katik ont lancé dans les derniers jours une pêche au homard qui s’effectue hors saison.

Ces pêcheurs commerciaux ont retiré les casiers à homard des Autochtones, confirme Colin Sproul, président de l'Association des pêcheurs côtiers de la baie de Fundy.

Martin Mallet, le directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), dit que les pêcheurs commerciaux allaient en mer dimanche pour essayer d'enlever les casiers à homard soit en les ramenant à la côte soit en les découpant pour que ces trappes deviennent inactives. Il décrit ces actions envers les pêcheurs autochtones comme étant pacifiques.

Deux groupes de gens brandissant des drapeaux et quelques policiers entre les deux.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un groupe de personnes soutenant les pêcheurs autochtones à gauche et un groupe de pêcheurs commerciaux à droite sont séparés par des policiers, le 20 septembre 2020 au quai de Saulnierville en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / Taryn Grant

Ces pêcheurs non autochtones entendaient ainsi faire le travail des agents de Pêches et Océans à leur place, selon M. Mallet, qui est l’un des nombreux intervenants à accuser les instances fédérales d’inaction.

L'UPM fait savoir que des pêcheurs non autochtones vont continuer à manifester et à couper les casiers aussi longtemps que les autorités fédérales n'interviennent pas.

Que se passe-t-il à Saulnierville?

La Première Nation de Sipekne’katik a lancé jeudi dernier une pêche dite de subsistance.

Les Micmacs disent exercer les droits que leur confère la décision Marshall (Nouvelle fenêtre) de la Cour suprême du Canada qui, en 1999, statuait que les Premières Nations pouvaient effectuer une chasse, une pêche et une cueillette afin de s’assurer d’un moyen de subsistance convenable ou modéré.

Les pêcheurs commerciaux, non-autochtones en grande majorité, accusent la Première Nation de mener une pêche illégale, car elle se déroule hors des saisons de pêche déterminées par le ministère des Pêches et des Océans (MPO).

Des actes de vandalisme contre les Autochtones, dit la Première Nation

Plus tôt dimanche, Michael Sack, le chef de la Première Nation de Sipekne’katik, avait affirmé que les pêcheurs de cette communauté micmaque de la Nouvelle-Écosse avait été ciblés par des actes de vandalisme au cours de la nuit. Il a précisé que des cordages de pêche des bateaux de sa communauté avaient été sectionnés par des pêcheurs commerciaux.

Un groupe de pêcheurs autochtones, dont un brandissant un drapeau mi'kmaq, et des policiers devant pour les séparer d'un autre groupe.

Pêcheurs mi'kmaq au quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

Dimanche après-midi, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Perry Bellegarde, s’est dit consterné, mais malheureusement pas surpris, d’entendre qu’il y a eu de nouvelles violences envers les pêcheurs micmacs.

Un groupe de pêcheurs commerciaux, plusieurs brandissant des drapeaux acadiens.

Pêcheurs commerciaux au quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

Dimanche matin, M. Sack estimait qu’il y avait une centaine de bateaux de pêcheurs commerciaux près de Saulnierville pour enfreindre nos droits. Les Micmacs affirment qu’il s’agit d’une tentative d’intimidation.

M. Sack a souligné que ses pêcheurs auront besoin d’équipement supplémentaire pour continuer la pêche.

Rencontre « positive » avec la ministre des Pêches

Samedi soir, le chef Michael Sack s’est entretenu par vidéoconférence avec la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Bernadette Jordan.

Mike Sack sur le quai.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik, le 19 septembre 2020 à Saulnierville en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / Jeorge Sadi

La ministre était très inquiète du vandalisme et des gestes d’agression qui ont eu lieu, et elle a exprimé son appui à toute mesure nécessaire pour protéger nos gens pendant que nous continuons d’exercer notre droit constitutionnel de pêcher pour une subsistance modérée, a écrit M. Sack.

La ministre Jordan et la Première Nation de Sipekne’katik se sont entendues pour poursuivre les discussions, selon M. Sack.

Debout à la Chambre des communes, Bernadette Jordan lève la main droite.

Bernadette Jordan, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, le 5 avril 2019.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Michael Sack écrit qu’il est démoralisant d’avoir une rencontre constructive avec la ministre pour ensuite voir ses efforts de pêche sabotés par des actes criminels.

Le bureau de la ministre Jordan explique qu'elle continue d'appeler au calme et qu'elle veut privilégier le dialogue.

Une dizaine de bateaux sur l'eau.

Des bateaux de pêcheurs commerciaux naviguent au large de Saulnierville en Nouvelle-Écosse, le 17 septembre 2020, pour protester contre la pêche des Autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Dans une déclaration par courriel, la GRC a indiqué qu'elle avait reçu des plaintes de vol et de méfait sur des embarcations de pêche dans la région de Saulnierville.

Les associations de pêcheurs demandent la fin de la pêche des Autochtones

Les pêcheurs commerciaux demandent l’intervention du fédéral et de la police pour mettre fin aux activités de pêche des Autochtones.

Le directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), Martin Mallet, s'est entretenu avec la ministre Bernadette Jordan samedi après-midi. Il a réitéré les demandes des pêcheurs commerciaux, dont la fin de la pêche faite ces jours-ci par les Autochtones. Les pêcheurs, dit-il, ne sont pas satisfaits de la réponse de la ministre. Tant et aussi longtemps qu'ils n'auront pas entendu dire que la ministre va mettre des efforts supplémentaires pour aller stopper cette pêcherie illégale, de ce qu'on entend, c'est que les pêcheurs vont continuer leurs actions, a poursuivi Martin Mallet, faisant référence au retrait par les pêcheurs commerciaux des casiers à homard mis à l’eau par les pêcheurs micmacs.

Martin Mallet en entrevue par webcam. Il est assis dans un bureau.

Martin Mallet, directeur général de l'Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), en entrevue par webcam le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Le président de l'Association des pêcheurs côtiers de la baie de Fundy, Colin Sproul, affirme dimanche que les pêcheurs commerciaux et les Néo-Écossais qui les appuient veulent défendre leur style de vie et prévenir un désastre écologique.

Ce que le gouvernement et le chef Sack proposent, c'est plus de 30 plans de gestion pour une seule ressource de homard au Canada atlantique. Ce n'est pas réaliste, dit M. Sproul. Les pêches doivent être basées sur la science, pas sur la politique.

Colin Sproul en entrevue dans un lieu intérieur.

Colin Sproul, président de l'Association des pêcheurs côtiers de la baie de Fundy, le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / CBC

La Première Nation de Sipekne'katik, dont Michael Sack est le chef, dit avoir un plan de gestion de la pêche qui respecte les mesures de conservation de l’espèce. Au moins une autre Première Nation, celle de Potlotek en Nouvelle-Écosse, dit avoir préparé un plan de gestion et vouloir commencer la pêche le 1er octobre.

Michael Sack a soutenu dimanche que les standards des pêcheurs de sa communauté étaient aussi élevés, sinon plus, que ceux d'Ottawa, et qu'elle imposerait une amende à ceux d'entre eux qui s'aventureraient à ne pas respecter ces règles.

Une planche de bois sur laquelle on a écrit « MPO, faites votre travail » et un drapeau acadien.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

« Ministère des Pêches, faites votre travail », peut-on lire sur cette barricade à Meteghan, en Nouvelle-Écosse, où sont rassemblés beaucoup de pêcheurs commerciaux le 20 septembre 2020.

Photo : CBC / Taryn Grant

Colin Sproul est insatisfait que le ministère des Pêches ne mette pas fin aux activités des Autochtones dans la baie Sainte-Marie.

Il dit que les pêcheurs commerciaux ont des demandes simples, comme le respect des mesures de conservation du homard, et une place à la table des négociations avec la ministre.

Il soutient que la ministre et le chef Michael Sack ne veulent pas que les pêcheurs commerciaux prennent part aux négociations.

Un conflit avec le fédéral, disent les deux groupes

Samedi, Michael Sack disait que la présence des pêcheurs commerciaux n'était pas pertinente, car les Premières Nations avaient un problème avec le fédéral et le ministère des Pêches, mais pas avec les pêcheurs non autochtones.

Colin Sproul, de son côté, déclare dimanche que la bataille des pêcheurs commerciaux est avec le fédéral et la ministre Jordan, et pas avec les Autochtones.

Les deux hommes, séparément, ont reproché à Bernadette Jordan son absence cette semaine. La ministre représente une circonscription en Nouvelle-Écosse.

La ministre Jordan n'est pas ici et elle a été largement absente des débats, dit Colin Sproul. Le gouvernement Trudeau utilise nos pêches comme un outil de réconciliation [avec les Premières Nations] et de relations publiques.

Des gens près de l'eau sur des rochers.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un drapeau micmac flotte à Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 20 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Dans un courriel, un porte-parole du ministère des Pêches et des Océans, Stephen Bornais, a affirmé que la sûreté et la sécurité de tous les pêcheurs sont notre priorité. Il a ajouté que des navires de la Garde côtière canadienne étaient dans la zone pour surveiller la situation, fournir un soutien sur demande et s'assurer qu'une capacité de recherche et de sauvetage suffisante soit présente dans le secteur au cas où cela serait nécessaire.Le MPO se coordonne avec les forces de l'ordre locales pour s'assurer que les interactions de pêche dans la zone demeurent sûres et respectueuses, a-t-il déclaré.

Avec les renseignements d'Olivier Lefebvre et Héloïse Rodriguez, de La Presse canadienne, et de Taryn Grant de CBC

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