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Transports en commun et pandémie : les moins nantis pénalisés

Certains autobus sont bondés aux heures de pointe dans des quartiers de la banlieue de Toronto.

Certains autobus sont bondés aux heures de pointe dans des quartiers en banlieue torontoise.

Photo : Radio-Canada

Les transports en commun bondés inquiètent les usagers, alors que les cas quotidiens de COVID-19 augmentent et que le temps se rafraîchit. Le problème touche particulièrement les banlieues de Toronto.

Or certains de ces quartiers abritent de nombreux travailleurs essentiels à faible revenu qui dépendent des transports en commun. Incidemment, ce sont aussi ceux qui sont les plus touchés par l'épidémie dans la ville.

Raquel Tomlinson décrit son trajet pour se rendre au travail comme un moment de peur. Être obligée de se tenir côte à côte avec d'autres passagers dans le bus, sans place pour garder une distance physique, ne la rassure guère.

Je ne me sens pas en sécurité pour les autres et je ne me sens pas en sécurité pour moi-même, dit-elle.

La jeune femme travaille dans le nord-ouest de Toronto, une région durement touchée par la pandémie, avec plus de cas de COVID-19 que partout ailleurs dans la ville, selon les données du bureau de santé publique local.

C'est aussi l'une des régions qui connaît le plus fort achalandage au sein du système de transport en commun de la ville, selon la Commission de transport de Toronto (CTT).

Mais Mme Tomlinson, comme tant d'autres dans ce secteur de Toronto, n'a pas d'autre choix que de mettre ses craintes de côté et de prendre le bus quand même. Elle en a besoin pour se rendre au travail et, en tant que travailleuse essentielle dans le commerce de vente au détail, elle ne peut pas rester à la maison.

Une jeune femme aux cheveux frisés châtains, elle a les yeux noirs et porte un masque bleu.

Raquel Tomlinson doit prendre le transport en commun pour se rendre au travail, mais elle dit que les bus bondés lui font craindre pour sa sécurité.

Photo : Radio-Canada / (Ellen Mauro/CBC)

Je suis déçue par le système de la CTT et le gouvernement. Ils devraient reconnaître que la vie des gens est en danger.

Raquel Tomlinson

Alors que les cas de COVID-19 augmentent et que le temps froid se profile à l'horizon, la surpopulation des bus dans certaines parties de la ville suscite des inquiétudes croissantes.

Nous n'avons même pas le choix de rester à la maison

C'est facile de dire, "prenez le prochain bus", mais ça a un tout autre sens pour un travailleur, non?, se questionne Rechev Browne, un résident du nord-ouest de la Ville Reine.

Il prend son bus juste après 5 h du matin pour une heure de trajet jusqu'à son travail dans un supermarché. Ses journées commencent entre fatigue et anxiété. D'autant qu'il vit avec sa mère qui souffre d'asthme et craint constamment de la rendre malade.

un jeune homme noir portant un masque avec des motifs, un chandail noir et une casquette noire.

Rechev Browne doit prendre le bus chaque matin pour se rendre au travail.

Photo : Radio-Canada

Je dois travailler et ma mère a un travail essentiel aussi, alors c'est pas comme si nous avions le choix de rester à la maison.

Rechev Browne

J'adorerais que les politiciens prennent eux-mêmes l'autobus, dit pour sa part Jennifer Robinson, une dirigeante communautaire à Malvern, un quartier de l'est de Toronto.

J'adorerais qu'ils [les politiciens] aient le même sentiment que les gens qui sont des immigrants, qui occupent des emplois moins bien rémunérés et qui doivent prendre le transport en commun chaque jour.

Jennifer Robinson, dirigeante communautaire

Son fils, qui souffre d'asthme, est maintenant trop préoccupé par sa santé pour prendre le bus. Il compte sur un ami avec une voiture pour l'aider à se rendre au travail au centre-ville, mais Mme Robinson craint ce qui se passera si cet arrangement cesse de fonctionner.

Le gouvernement de l'Ontario a publié des lignes directrices (Nouvelle fenêtre) pour les agences de transport de toute la province. Il est précisé que les passagers devraient maintenir une distance de deux mètres dans la mesure du possible, mais reconnaît que ce ne sera pas toujours le cas. Le document n'établit en revanche pas de limite pour le nombre de passagers qui devraient être autorisés à monter dans un bus en même temps.

La CTT dit augmenter ses services au fur et à mesure

La CTT dit être consciente du problème de surpeuplement, mais affirme qu'il n'y a pas de solution immédiate qui assurerait une distance physique de deux mètres dans tous ses bus.

Nous faisons tout ce que nous pouvons avec ce qui est disponible, a déclaré le porte-parole de la CTT, Stuart Green.

Stuart Green, porte-parole de la CTT dans la station Lower Bay

Stuart Green, porte-parole de la CTT

Photo : Radio-Canada

Pour atténuer l'achalandage, la CTT a ajouté 110 autobus qui peuvent être envoyés sur demande dans les zones les plus achalandées.

M. Green explique que les bus doivent normalement fonctionner à une capacité maximale de 50 personnes, mais pendant la pandémie, la CTT a essayé de planifier les services de sorte que les bus fonctionnent avec la moitié de ce nombre. Il ajoute qu'au cours de la semaine dernière, 92 % de tous les trajets en autobus étaient inférieurs à ce seuil de 25 personnes.

La CTT a également réintroduit plus de la moitié de ses 450 employés licenciés plus tôt dans la pandémie. La Commission ne rappellera toutefois pas tout son personnel mis à pied tant que la demande dans l'ensemble du système ne sera pas supérieure à 50 %.

Pendant la période de confinement, la CTT a vu son achalandage baisser de près de 85 %, ce qui a entraîné un manque à gagner de 21 millions de dollars par semaine tout au long du printemps.

Mais, selon les usagers rencontrés, la demande n'a pas diminué dans les zones périphériques de la ville comme elle l'a fait dans le centre-ville de Toronto, où les employés des tours de bureaux pouvaient passer au télétravail.

Des dizaines de navetteurs se pressent dans un autobus de la CTT dans le nord-ouest de Toronto pendant l'heure de pointe du matin.

Des dizaines de navetteurs se pressent dans un autobus de la CTT dans le nord-ouest de Toronto pendant l'heure de pointe du matin.

Photo : Radio-Canada / (Ellen Mauro/CBC)

Au cours de l'été, la CTT a signalé qu'elle surveillait 15 itinéraires pour détecter la surpopulation. Elle a également conseillé aux passagers de retarder leurs déplacements jusqu'à 8 h du matin pour éviter les heures les plus chargées.

Des réductions de service pénalisant les populaires précaires

Le géographe Sean Marshall a étudié les modèles d'achalandage pendant la pandémie. Il a cartographié certaines des routes les plus fréquentées, constatant qu'elles traversaient des zones industrielles avec des entreprises qui emploient des travailleurs à faible revenu.

C'est dans ces quartiers que les problèmes sont les plus graves, remarque-t-il.

Ceux qui doivent travailler dans les supermarchés, les hôpitaux et autres domaines de la santé, dans le secteur manufacturier doivent aller travailler tous les jours. Et si vous n'avez pas de voiture, vous devez prendre le bus.

Sean Marshall, géographe

Des chercheurs de l'Université McGill ont récemment publié une étude sur plusieurs sociétés de transport collectif en Amérique du Nord. Celle-ci dévoilait que les réductions de service pénalisent les populations à faible revenu et personne défavorisées.

Anastasia Belikow, assistante de recherche à l’école d’urbanisme de l’Université McGill et coauteure de l'étude, indique que certaines villes, dont San Francisco, ont préféré couper dans les services pour les citoyens les plus aisés, à l’opposé de Toronto et Montréal, qui ont coupé les services dans les régions géographiques moins riches.

Dans le cas de Toronto, (...) ils comptaient sur le gouvernement fédéral pour l’aide budgétaire et malheureusement cette aide a mis du temps à arriver.

Anastasia Belikow, coauteure de l'étude sur les inégalités en transport en commun

L’hypothèse de la chercheuse est que la Ville Reine a manqué de temps pour bien planifier les réductions budgétaires, et cela a eu un impact sur l’offre de transport pour les populations à faible revenu.

Dans le cas de Montréal, les autorités ont noté que les personnes moins aisées avaient perdu beaucoup de services et elles ont décidé de corriger cela, en priorisant la réintroduction des services pour les moins aisés. Cela pourrait aussi se passer pour Toronto, conclut-elle.

Méthode de l'étude

Les chercheurs ont comparé les modifications apportées au transport en commun dans 30 villes américaines et 10 villes canadiennes, puis ont établi des liens entre ces modifications et le revenu moyen ainsi que le profil sociodémographique. L’étude a été publiée dans la revue Transport Findings.

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