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Des résidences toujours placardées dans Mont-Bleu, deux ans après la tornade

Une poignée d’immeubles endommagés demeurent vacants dans le quartier

Un immeuble résidentiel placardé.

Après le passage de la tornade il y a deux ans, des logements sont encore placardés et inhabitables dans un secteur du quartier Mont-Bleu à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Le quartier Mont-Bleu se reconstruit peu à peu après le passage ravageur d'une tornade de force EF3 en septembre 2018, mais une poignée d'immeubles locatifs restent vacants et placardés. La conseillère Isabelle N. Miron souhaite maintenant modifier la réglementation gatinoise pour pouvoir saisir ces terrains.

La Ville de Gatineau dénombre quatre bâtiments potentiellement vacants dans le secteur de Mont-Bleu, sur les rues Tassé, Georges-Bilodeau, Daniel-Johnson et Charles-Albanel. Ces données datent toutefois de juillet 2019 et pourraient avoir changé depuis.

En dépit de l’absence de chiffres précis et à jour sur les maisons vacantes du Mont-Bleu, le phénomène est bien visible pour quiconque circule dans le quartier. Deux ans après le désastre, des édifices à logements semblent avoir été laissés à l’abandon, comme en témoignent leurs fenêtres toujours placardées et leur terrain envahi par les mauvaises herbes.

Des morceaux de béton armé, des cylindres en béton et des planches de bois jonchent le sol.

Un terrain laissé à l'abandon dans le quartier Mont-Bleu, à Gatineau.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

La Ville confirme d’ailleurs qu’elle traite présentement deux plaintes pour des bâtiments vacants ou dangereux dans le quartier.

Ça n’avance pas au rythme auquel on voudrait tous que ça avance, admet la conseillère du district de l’Orée-du-Parc, en entrevue à quelques mètres d’une maison placardée sur la rue Jumonville.

La conseillère du district de l’Orée-du-Parc Isabelle N. Miron.

La conseillère Isabelle N. Miron aimerait serrer la vis aux propriétaires qui ne se sont jamais manifestés depuis le passage de la tornade.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

L’élue précise que la majorité des propriétaires ont fait preuve de bonne foi dans le processus de reconstruction, malgré certains retards attribuables à des démêlés avec leurs assureurs. Ce qui exaspère Isabelle N. Miron, c’est la minorité de propriétaires qui ne se sont pas manifestés dans les deux dernières années.

Certains de ces terrains sont la propriété de conglomérats basés à Toronto, des compagnies à numéro, donc ce ne sont pas nécessairement des gens qu’on peut avoir au bout du fil, déplore la conseillère, sans préciser de quels terrains exactement il est question. La Municipalité n’a pas non plus été en mesure de clarifier ces informations.

J’aimerais vraiment ça que la Ville ait plus de moyens pour serrer la vis aux propriétaires récalcitrants.

Isabelle N. Miron, conseillère du district de l’Orée-du-Parc

La directrice de la Maison communautaire Daniel-Johnson est aussi excédée par les propriétés vacantes, qui constituent selon elle un problème sécuritaire et sanitaire. Tu ne veux pas avoir ça dans ton quartier. Je sais qu’on n’a pas le contrôle, mais ce n’est pas rassurant, explique Rachel Larocque.

Pour régler ce problème, la conseillère Miron voudrait que la Ville puisse lancer un ultimatum à ces propriétaires et saisir leur terrain en l’absence de réponse de leur part — à l’instar de ce qui avait déjà été proposé pour certaines maisons patrimoniales vacantes du Vieux-Hull.

L’élue reconnaît que ces changements seraient complexes à apporter, notamment d’un point de vue juridique. La conseillère, qui préside la commission du patrimoine de Gatineau, assure que le conseil municipal a l’intention de se pencher sur la question.

Des délais inexcusables, déplore Logemen’Occupe

Le coordonnateur de l’organisme Logemen’Occupe pense aussi que Gatineau devrait pouvoir saisir les terrains des propriétaires fantômes. François Roy reproche néanmoins à l’administration Pedneaud-Jobin d’avoir manqué de leadership en n’agissant pas plus vite dans ce dossier.

Pour moi, c’est inexcusable qu’il y ait encore plusieurs immeubles qui ne sont pas disponibles pour les ménages locataires, alors qu’on vit une grave crise du logement à Gatineau, déplore François Roy, qui estime qu’une dizaine d’immeubles résidentiels sont laissés à l’abandon dans le Mont-Bleu.

Le coordonnateur de l’organisme Logemen’Occupe, François Roy.

François Roy, coordonnateur de l’organisme Logemen’Occupe, estime qu’une dizaine d’immeubles résidentiels sont laissés à l’abandon dans le Mont-Bleu.

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Quant au fait que certains propriétaires seraient difficiles à joindre, François Roy soutient que la Ville dispose d’un service juridique capable de les retracer. C’est un écran de fumée, c’est de la poudre aux yeux. Pour moi, ça n’a pas de sens, martèle-t-il.

Il n’y a pas vraiment un souci de s’impliquer dans ce dossier-là. S’il y avait une réelle volonté politique, ça fait longtemps que le problème aurait été réglé.

François Roy, coordonnateur de Logemen’Occupe

Un HLM de 12 unités toujours vacant

Logemen’Occupe déplore par ailleurs le fait que les habitations à loyer modique du 73, rue Jumonville n’ont toujours pas été reconstruites. Cet immeuble logeait en effet une douzaine de familles avant la tornade et ses unités demeurent inhabitables.

Une boîte aux lettres et un bâtiment laissés à l'abandon.

Le secteur Mont-Bleu a fortement été touché par la tornade il y a deux ans. Bon nombre de bâtiments n'ont pas été retapés, comme celui-ci au 73, rue de Deauville.

Photo : Radio-Canada / Christian Milette

L’Office de l’habitation (OH) de l’Outaouais explique pour sa part avoir entrepris un projet de reconstruction complet pour rendre son édifice plus durable et plus confortable. Après avoir sécurisé le toit et décontaminé le terrain, le contrat pour rebâtir le bloc n’a été octroyé qu’en juillet.

Nous devons préparer des plans et devis à chaque étape afin d’ouvrir des appels d’offres publics [...] Bien évidemment, la pandémie a légèrement ralenti le processus, a précisé la porte-parole de l’office, Karina Osiecka, par courriel.

Le HLM devrait accueillir douze nouvelles familles d’ici l’été 2021.

Des craintes de gentrification

À la Maison communautaire Daniel-Johnson, on suit l’évolution des chantiers de construction avec espoir et inquiétude. Sa directrice s’inquiète d’une gentrification du quartier, pourtant réputé pour accueillir des familles modestes et de nouveaux arrivants.

Rachel Larocque est la directrice générale de la Maison communautaire Daniel-Johnson.

La directrice générale de la Maison communautaire Daniel-Johnson, Rachel Larocque s'inquiète d'un phénomène de gentrification dans le quartier.

Photo : Radio-Canada

Les nouveaux logements [rebâtis] sont petits, avec maximum deux chambres, alors que j’ai beaucoup de familles de quatre enfants. En plus, le prix des loyers est très élevé, donc ça ne permet pas aux familles qui voulaient revenir de revenir, se désole Rachel Larocque.

On n’a pas de contrôle, on n’a pas d’influence pour demander que ce soit des logements abordables du même type.

Rachel Larocque, directrice générale de la Maison communautaire Daniel-Johnson

La travailleuse communautaire voudrait que la Ville fasse l’effort d’informer davantage les citoyens par rapport à ses intentions à moyen terme pour le quartier. Pour sa part, la conseillère Miron ne s’inquiète pas trop d’un phénomène de gentrification dans le Mont-Bleu.

On est quand même un quartier qui est réputé être populaire et qui ne s'embourgeoisera pas du jour au lendemain, soutient-elle. L’élue anticipe par ailleurs que la majorité des travaux de reconstruction seront terminés dans la prochaine année.

Tout juste après le désastre, la Ville de Gatineau a recensé 199 bâtiments endommagés, qui abritaient un total de 1684 logements. Depuis, 17 édifices ont été démolis et 42, rénovés. Onze permis de reconstruction ont été délivrés pour bâtir 95 nouveaux logements.

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