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Californie : des camionnettes wi-fi pour l'école à distance des enfants défavorisés

Deux filles penchées sur de petits ordinateurs portables, assises en tailleur sur le parterre en béton au bord d'un restaurant de la chaîne Taco Bell. Deux membres du personnel du restaurant s'adressent à elles.

Cette photo de deux jeunes filles utilisant le wi-fi d'une chaîne de restauration rapide pour suivre des cours en ligne en Californie cet été est devenue le symbole du fossé numérique aux États-Unis.

Photo : @kdeleon / Twitter

Agence France-Presse

Une camionnette, un petit routeur fixé sur le tableau de bord et une antenne satellite sur le toit : il n'en faut pas plus pour relier à Internet 200 enfants défavorisés de Santa Ana, près de Los Angeles, et leur permettre de suivre les cours, toujours donnés à distance en raison de la pandémie.

Lorsque l'année scolaire a débuté, le mois dernier, certains parents ont connu des difficultés. Beaucoup de nos élèves n'ont pas accès au wi-fi; c'est dur pour ces jeunes de suivre les leçons derrière leur ordinateur, résume Roman Reyna, qui supervise le projet pilote Wifi on Wheels (wi-fi sur roues), lancé par JFK Transportation, une entreprise de transport spécialisée dans les trajets scolaires à Santa Ana.

Pour remédier au problème, le président de la société, Kevin Watson, a eu l'idée d'équiper quelques-unes de ses camionnettes de relais Internet et de les positionner en des points stratégiques de la ville, à portée d'élèves qui ont un accès limité à la technologie et dont le district scolaire a fait le décompte.

On gare le fourgon et on reste là pendant huit heures pour faire en sorte que les élèves aient une connexion dans la journée. Le signal wi-fi a un rayon d'environ 350 mètres, explique M. Watson.

La connexion est sécurisée par un mot de passe, et seulement les enfants bénéficiaires peuvent y avoir accès, relève-t-il.

Les routeurs wi-fi sont en 5G; c'est très rapide. Et nous avons ces antennes sur les véhicules pour atteindre la plupart des maisons et appartements, lance fièrement cet Afro-Américain qui a grandi et étudié dans ces quartiers de Santa Ana, où vivent de nombreuses familles issues de l'immigration, souvent avec peu de moyens.

Chaque camionnette peut relier environ 200 enfants, et sept d'entre elles sont déjà déployées dans le cadre du projet, lequel est pour l'instant mis en œuvre bénévolement. Des discussions financières sont en cours avec le district scolaire pour le mettre sur pied, et Kevin espère à terme avoir un parc de 50 véhicules wi-fi.

Fracture numérique

La Californie, cinquième économie mondiale, a beau abriter la Silicon Valley et les sièges des plus grands groupes technologiques, la fracture numérique y est une réalité quotidienne pour des milliers de familles : ainsi, un récent rapport estime que 25 % des enfants scolarisés dans cet État, soit plus de 1,5 million d'élèves au total, ne disposent pas d'une connexion Internet adaptée.

Le phénomène existe dans tous les États américains, souvent en raison d'un manque de moyens – l'abonnement à Internet aux États-Unis coûte en moyenne 60 dollars par mois –, et parfois aussi faute d'infrastructures, surtout dans les zones isolées.

Dans le Mississippi, plus rural et bien plus pauvre que la Californie, la moitié des élèves n'ont pas accès au wi-fi, souligne une étude publiée cet été par l'ONG américaine Common Sense Media et le Boston Consulting Group.

Selon ces spécialistes, il faudrait investir de 6 à 11 milliards de dollars par an pour éradiquer cette fracture numérique dans tous les États-Unis, soit de 1 à 2 % du budget de la Défense.

À Santa Ana, nous estimons qu'environ 10 000 élèves n'ont pas accès au wi-fi, a déclaré à l'Agence France-Presse Vincent Sarmiento, conseiller municipal.

L'élu se félicite que l'initiative de Kevin Watson apporte le wi-fi dans des quartiers où vous avez de 5 à 10 enfants par bâtiment qui, jusqu'à présent, peinaient à se connecter à Internet. Soit ils n'avaient pas d'accès, soit c'était vraiment lent.

J'avais des problèmes de wi-fi; ça ne fonctionnait pas bien. Alors parfois, je devais aller chez un ami, où on me laissait travailler, confirme Angel, un adolescent de 13 ans qui devait en outre partager sa connexion avec sa sœur de 17 ans.

Grâce au véhicule Wifi on Wheels, stationné à une trentaine de mètres de son petit logement, l'élève est désormais beaucoup plus serein et, surtout, à jour dans ses devoirs.

Angel a malgré tout hâte de retourner à l'école, où ce sera plus facile pour [lui] d'étudier, et plus facile pour les enseignants et enseignantes aussi.

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