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Alex Cheezo a trouvé la voie de la guérison

Alex Cheezo pose sous une grande tente, assis sur des bûches de bois.

L'acteur Alex Cheezo, de la communauté autochtone de Lac-Simon

Photo : Mathieu Dupuis

Premier membre de la communauté du Lac-Simon à compléter une formation universitaire de deuxième cycle, Alex Cheezo est devenu du même coup un exemple de réussite pour sa communauté.

L’homme de 61 ans a déposé en juillet dernier son essai de maîtrise intitulé Vers la fierté anishnabe, le fruit d’un travail de longue haleine sur le processus de guérison par la reconnaissance et la valorisation de la culture anishnabe.

Impliqué dans sa communauté depuis plus de 40 ans, Alex Cheezo a lui-même dû combattre les démons de la consommation de drogue et d’alcool tout au long de sa vie afin de réussir sa propre guérison.

J’ai vécu la période des pensionnats et ça a été très difficile, relate-t-il. J’ai été battu et agressé.

C’est dur, d’avoir des rêves quand on connaît juste la violence. Mais ce qui m’a aidé, c’est de m’impliquer dans ma communauté à l’âge de 18 ans, avec d’autres personnes qui croyaient qu’on pouvait améliorer les choses.

Alex Cheezo

Un premier emploi comme interprète anishnabe dans la vingtaine lui ouvre les portes vers le travail social. Quelques années plus tard, à l’âge de 38 ans il prend la décision d’amorcer des études universitaires à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), après une prise de conscience personnelle, lors d’une thérapie.

Ça m’a amené à voir mes intérêts mes forces et mes faiblesses et il y a un déclic qui s’est fait, explique-t-il. J’ai décidé de m’inscrire au bac, mais j’ai trouvé ça dur. Quand j’y pense aujourd’hui, je me dis que j’étais un peu fou, mais j’étais déterminé. J’y croyais.

Aider les autres... et s'aider soi-même

Son travail au Centre de santé du Lac-Simon en réinsertion sociale auprès des hommes l’a amené à aider les autres, mais Alex Cheezo vivait toujours avec ses problèmes personnels.

Une affiche à l'entrée de la communauté autochtone de Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue.

L'entrée de la communauté autochtone de Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

C’est en 2007, après un témoignage sur ce qu’il a vécu au pensionnat, qu’Alex Cheezo a entrepris la thérapie qui l’a libéré de son passé. Des rencontres avec des personnes pratiquant les cérémonies traditionnelles anishnabe de guérison l’ont aussi convaincu que cette approche pouvait être salvatrice pour les hommes de sa communauté.

Ça m’a aidé de me reconnecter avec l’aspect spirituel. J’étais une personne qui ne croyait plus à rien, reconnaît-il.

Interpellé par les statistiques de suicide dans les communautés autochtones, Alex Cheezo décide d’agir en poussant sa démarche jusqu’à la maîtrise, en orientant sa recherche sur le processus de guérison.

J’ai choisi ce sujet parce que moi-même j’étais sur ce parcours, raconte-t-il. Je me disais c’est possible d’améliorer sa vie malgré tous les déboires. Si moi, j’ai été capable, d’autres aussi le sont.

L’approche holistique préconisée par Alex Cheezo dans ses recherches vise à permettre aux hommes de mieux comprendre le passé et les impacts de la colonisation, pour retrouver la fierté d’être anishnabe. Elle passe par des cérémonies traditionnelles de groupe comme des jeûnes, des séances de sudation et des cercles de guérison.

Mon stage m’a permis de comprendre qu’il faut laisser les hommes cheminer sur une base volontaire dans les démarches que nous proposons, souligne-t-il. Quand on parle de traumatismes, dès qu’on va trop en profondeur, les gens résistent. Il faut être patients. Ce n’est pas facile pour tous, mais je suis confiant dans ce que je vois. De plus en plus de gens entreprennent des démarches. Il y a des rechutes, mais ça fait partie de la guérison.

Alex Cheezo se dit évidemment fier d’avoir obtenu sa maîtrise, un travail colossal qui l’a aussi bouleversé et choqué au fil de ses lectures sur l’histoire de son peuple. Toujours actif auprès de sa communauté, il refuse cependant de se voir comme un modèle.

Je n’aime pas employer ce mot. Pour moi, un modèle, c’est figé dans le temps, comme une image. Au pensionnat, ils nous disaient d’être sages comme une image. Mais en même temps, j’espère que ça va encourager les jeunes à poursuivre des études. Pour moi, c’était une montagne à escalader et je suis fier, conclut-il.

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