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Pêche autochtone en Nouvelle-Écosse : « Nos gens se sentent vraiment en danger »

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Des gens près des rochers. Un drapeau mi'kmaq flotte.

Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 19 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Radio-Canada

Le gouvernement doit « faire respecter » le droit des Autochtones à la pêche de subsistance, a réitéré samedi après-midi Michael Sack, le chef de la Première Nation de Sipekne'katik, en Nouvelle-Écosse.

Dans le sud-ouest de la province, des membres de la communauté mi’kmaq ont lancé jeudi une saison de pêche au homard. Celle-ci se fait hors des saisons de pêche déterminées par le ministère des Pêches et des Océans. Par conséquent, les pêcheurs commerciaux la qualifient de pêche illégale et veulent qu’elle prenne fin.

La Première Nation de Sipekne'katik fait valoir que la Cour suprême du Canada a confirmé, dans la décision Marshall en 1999, le droit des Autochtones à exercer une pêche destinée à s’assurer d’une subsistance convenable ou modérée.

La sécurité des Mi'kmaq, une préoccupation

Cela fait cinq jours que des pêcheurs autochtones et non autochtones se font face, dans un climat de tension et de confrontation sur les quais du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Mike Sack sur le quai.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik, le 19 septembre 2020 à Saulnierville en Nouvelle-Écosse.

Photo : CBC / Jeorge Sadi

Le chef Michael Sack craint pour la sécurité de sa communauté, sa principale préoccupation. Il dit que le ministère des Pêches et des Océans doit s’assurer que les Autochtones puissent pêcher en sécurité, sans être intimidés ou attaqués par des pêcheurs commerciaux.

Nos gens se sentent vraiment en danger. Il n’y a personne pour les soutenir, alors nous appelons nos gens en renfort, mentionne M. Sack. La GRC ne s’est pas engagée à les protéger non plus, selon ses dires.

Aucune nouvelle de la ministre des Pêches

Bernadette Jordan, debout, prend la parole aux Communes.

Bernadette Jordan, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, le 17 mai 2019.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, Bernadette Jordan, a affirmé vendredi, dans un communiqué, qu’elle souhaitait une résolution pacifique de la situation. J'invite les dirigeants des Premières Nations et de l'industrie à me rencontrer dès que possible, écrivait-elle.

Mais le chef mi’kmaq Michael Sack n’a toujours pas eu de nouvelles de Bernadette Jordan, disait-il samedi après-midi. La ministre doit répondre au téléphone, lance-t-il.

Son silence lui laisse croire que ce n’est pas une préoccupation majeure pour elle, déplore-t-il.

Plus tard dans la journée, la Première Nation de Sipekne'katik a confirmé que le chef Sack aura finalement un entretien par vidéoconférence avec la ministre Jordan à 19 h, samedi.

M. Sack remarquait samedi après-midi qu’il y avait peu de pêcheurs commerciaux non autochtones à Saulnierville. Les Mi’kmaq prévoient faire la pêche au homard plus tard dans la journée.

À plusieurs reprises, Mike Sack a insisté sur le fait que les Mi’kmaq ne cherchaient pas à créer des conflits avec les pêcheurs commerciaux.

Notre conflit est avec le gouvernement, pas avec l’industrie de la pêche commerciale.

Michael Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik

Nous ne sommes pas ici pour nous battre. Nos gens vivent ici durant l’année, nous voulons bien nous entendre avec nos voisins. Nous ne voulons pas nous battre ou nous chamailler sur le quai. Certains d’entre nous participent, en fait, à la saison de pêche commerciale, et nous devons avoir de bons rapports , dit M. Sack.

Des dizaines de bateaux de pêcheurs non autochtones ont passé la nuit au large de Saulnierville, dans la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, pour la deuxième nuit consécutive. Ils protestent contre la pêche des Autochtones, qu'ils jugent illégale, et demeurent sur l'eau afin de protéger les ressources, selon eux.

Un groupe d'Autochtones contrôlait l'accès au quai de Saulnierville samedi matin. Des pêcheurs des Premières Nations se trouvaient aussi à Weymouth.

Jeudi, la Première Nation de Sipekne'katik a distribué des permis de pêche à des membres de la communauté. Les Autochtones entendent gérer eux-mêmes leurs activités de pêche. Le jugement Marshall de la Cour suprême du Canada, en 1999, leur a reconnu le droit de pêcher, de chasser et de faire la cueillette afin de s'assurer une subsistance convenable ou modérée.

Cette notion de subsistance convenable ou modérée n'a jamais été précisée, ce qui est a mené à des frictions depuis une vingtaine d'années.

Mike Sack est debout sur un casier à homard et il s'adresse à des dizaines de personnes regroupées autour de lui.

Le chef de la Première Nation de Sipekne'katik, Mike Sack, s'adresse à des membres de la communauté, le 17 septembre 2020.

Photo : CBC / Steve Lawrence

Qualifiant la pêche autochtone d'illégale à ce temps de l'année, une coalition formée d'organisations de pêche de l’Atlantique et du Québec a demandé vendredi à ce qu'elle prenne fin.

Nous ne resterons pas les bras croisés pendant que le ministère des Pêches et des Océans applique les règles de façon incohérente. Il faut une répression complète de la pêche illégale et de la vente de poissons pêchés illégalement, a déclaré, dans le communiqué émis par cette coalition, Martin Mallet, directeur général de l'Union des pêcheurs de Maritimes (UPM).

«Depuis quelques années, le système est brisé», fait valoir Martin Mallet, directeur général de l'Union des pêcheurs des Maritimes.

Martin Mallet, directeur général de l'Union des pêcheurs des Maritimes (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Ces organisations de pêcheurs commerciaux demandent à Ottawa d’être invitées à des négociations pour régler ce contentieux. Ils exigent que Pêches et Océans Canada renforce immédiatement l'application de la loi sur l'eau, et veulent que les sanctions contre ceux qui pêchent illégalement soient plus sévères.

Martin Mallet dit s'être entretenu avec la ministre Bernadette Jordan, samedi en après-midi. Il a réitéré les demandes des pêcheurs commerciaux, dont la fin de la pêche faite ces jours-ci par les Autochtones. La balle est dans son camp, a dit M. Mallet en parlant de la ministre.

Pour Mike Sack, le chef de la Première Nation de Sipekne'katik, les pêcheurs commerciaux non autochtones ne sont pas visés par les revendications des mi’kmaq.

Une rencontre commune avec les pêcheurs de l’industrie commerciale est inutile , argue-t-il. Ils ont leurs propres batailles avec le gouvernement, comme nous. C’est complètement distinct [...] Nous n’y sommes pas opposés, c’est qu’il n’y a aucune raison en ce moment. Notre problème est avec le gouvernement, pas les pêcheurs commerciaux.

Des pêcheurs autochtones et non autochtones d'autres localités dans les Maritimes ont été aperçus dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, où ils sont venus démontrer leur appui à l'un ou l'autre des groupes qui s'y trouvaient déjà.

Vendredi, des pêcheurs autochtones et des pêcheurs non autochtones se sont rassemblés sur le quai de Saulnierville, ainsi que sur le quai de Weymouth.

On a observé des bousculades et des invectives. Dans une vidéo tournée jeudi soir et publiée sur les réseaux sociaux, on voit une fusée pyrotechnique tirée en direction du bateau d'un pêcheur autochtone. Deux personnes ont été arrêtées vendredi par la GRC pour des incidents non précisés et accusées de voies de fait.

Photo prise de l'eau. Des bateaux de pêche défilent devant des bateaux amarrés au quai.

Des bateaux de pêcheurs non autochtones ont défilé devant les bateaux des pêcheurs autochtones, le 18 septembre 2020 en matinée, à Saulnierville en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Paul Légère

Perry Bellegarde, le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), a blâmé la ministre des fédérales des Pêches, pour son inaction face à ce qu’il qualifie d’escalade alarmant dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Après avoir rencontré la ministre des Pêches, Bernadette Jordan, vendredi, il a demandé l'intervention du premier ministre Justin Trudeau.

Un appui de la Colombie-Britannique

L'Assemblée des chefs mi'kmaq de la Nouvelle-Écosse a déclaré l’état d’urgence peu avant 16 h, vendredi, en raison de ce qu'elle décrit comme des troubles politiques.

L'Union des chefs autochtones de la Colombie-Britannique (UBCIC) a annoncé apporter son soutien à l’Assemblée des chefs mi'kmaq de Nouvelle-Écosse.

L’UBCIC est solidaire des Mi'kmaq et condamne les actes de violence et d’hostilité répréhensibles et illégaux contre les pêcheurs mi'kmaq, peut-on lire dans un communiqué émis vendredi soir.

Des casiers à homard empilés devant un bureau du ministère des Pêches et des Océans. Un drapeau du Canada flotte au-dessus de la haute pile de cages à homard.

Des casiers à homard déposés devant les bureaux de Pêches et Océans Canada, à Meteghan en Nouvelle-Écosse le 19 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Les chefs indiquent que les actions représentent une menace sérieuse et critique pour le bien-être et la sécurité de la Nation Mi'kmaq et pour les droits des Premières Nations au Canada, protégés par l’article 35 de la Constitution canadienne.

Les tentatives visant à nier ou à délégitimer le droit des Mi'kmaq à gagner leur vie de façon modérée grâce à la pêche sont offensantes et illégales, déclare l'UBCIC.

Cette union de l'ouest du pays demande aux autorités de donner immédiatement l’exemple en sauvant les droits inhérents des Premières Nations et en imposant de fortes représailles à ceux qui les bafouent.

Avec les informations de Geneviève Normand et Olivier Lefebvre.

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