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Analyse

Remplacer « RBG »

Après les hommages, la mort de la doyenne de la Cour suprême des États-Unis a rapidement provoqué un débat politique.

Un homme porte un t-shirt sur lequel est imprimé le visage de la juge Ruth Bader Ginsburg, avec l'inscription « Notorious RBG ».

Des manifestants célèbrent une décision de la Cour suprême des États-Unis, qui permet aux couples de même sexe de se marier. Le rassemblement a lieu le 26 juin 2015 à West Hollywood, en Californie.

Photo : Reuters / Lucy Nicholson

« Mon souhait le plus cher est de ne pas être remplacée avant l'arrivée d'un nouveau président ».

Ces mots sont ceux écrits par Ruth Bader Ginsburg peu avant sa mort dans une lettre adressée à sa petite-fille et rendue publique par la radio NPR.

La doyenne de la Cour suprême, icône de la lutte pour le droit des femmes, savait bien que son décès serait à l’origine d’une tempête politique aux États-Unis.

Avec sa disparition, le fragile équilibre de la Cour suprême est secoué. Les juges progressistes, déjà minoritaires sur le banc, perdent leur figure la plus respectée.

Sera-t-elle remplacée par un juge conservateur nommé par le président Trump? La question est sur toutes les lèvres.

Donald Trump fait de la nomination de juges conservateurs à tous les échelons du système judiciaire une priorité. Sa détermination plaît à sa base électorale. Il y a quelques semaines, M. Trump a même dévoilé une liste de vingt possibles candidats à la Cour suprême, incluant les sénateurs Tom Cotton et Ted Cruz.

En vertu de la Constitution, il revient au président de nommer un candidat lorsqu’un siège devient vacant. Le Sénat a par la suite la responsabilité d’approuver ou non ce choix.

Un discours qui a changé entre 2016 et 2020

Mais à moins de cinquante jours d’une élection présidentielle, ne serait-il pas plus sage d’attendre avant de prendre une décision qui pourrait avoir des répercussions politiques pour des dizaines d’années?

C’est en tous cas ce que pensaient les républicains il y a un peu plus de quatre ans, quand le juge conservateur Antonin Scalia est mort en février 2016.

À plusieurs mois des élections de 2016, les républicains au Sénat avaient refusé de tenir des audiences sur la candidature d’un juge proposé par Barack Obama.

S’il y a un président républicain élu en 2016 et qu’une vacance survient dans la dernière année de son premier mandat, vous pourrez dire que Lyndsay Graham a suggéré que le prochain président, peu importe qui il sera, prendra cette décision, avait à l’époque affirmé le sénateur de Caroline du Sud, Lyndsay Graham.

Le peuple américain devrait avoir un mot à dire sur la direction que prendra la Cour, avait de son côté déclaré Mitch McConnell, le leader républicain au Sénat.

Quatre ans plus tard, le discours du dirigeant républicain est bien différent. Le candidat du président Trump recevra un vote sur le plancher du Sénat, a annoncé M. McConnell, dans le communiqué que son bureau a publié en réaction à la mort de Ruth Bader Ginsburg.

Son explication : à l’époque, le Sénat et la Maison-Blanche étaient dirigés par différents partis, ce qui n’est pas le cas cette année.

De son côté, Lindsay Graham a évoqué samedi après-midi deux « précédents » démocrates pour justifier son feu vert à la nomination d'un ou une remplaçante à Mme Bader Ginsburg, notamment lorsque Chuck Schumer (chef de la minorité démocrate au Sénat, NDLR) et ses amis dans les médias libéraux ont conspiré pour détruire la vie de Brett Kavanaugh et garder ouvert ce siège à la Cour suprême.

Samedi matin, le président Trump a confirmé ses intentions, affirmant sur Twitter que son parti a été notamment élu pour nommer des juges à la Cour suprême. « Nous avons cette obligation, sans délai », a-t-il écrit.

Lorsqu'il présentera son candidat ou sa candidate pour succéder à Ruth Bader Ginsburg, Donald Trump obtiendra donc l’appui des dirigeants de sa formation politique au Sénat.

Les républicains détiennent la majorité de la Chambre haute, avec 53 sièges sur 100.

Avis divergents dans le camp républicain

Déjà, deux sénatrices républicaines, Lisa Murkowski, en Alaska, et Susan Collins, qui est en réélection dans le Maine, ont jugé inapproprié de se prononcer sur une nomination judiciaire au moment présent.

Deux autres défections dans le camp du président pourraient donc faire dérailler les plans de Mitch McConnell.
Mitt Romney, qui a souvent fait cavalier seul au sein de son caucus depuis son arrivée au Sénat, n’a pas fait part de ses intentions. Quelques autres élus, qui feront face aux électeurs dans des luttes serrées en novembre, seront aussi à surveiller.

Les tractations pourraient s’étirer pendant des semaines voire des mois. Qu’il gagne ou perde l’élection, Donald Trump sera en poste jusqu’au 20 janvier 2021 et les républicains maintiendront le contrôle du Sénat au moins jusqu’au début de l’année prochaine.

Chose certaine, les débats s’annoncent houleux.

Il y a deux ans, Washington avait été le théâtre de manifestations pendant le processus de nomination à la Cour suprême de Brett Kavanaugh, qui faisait l’objet d’allégations d’agressions sexuelles.

Cette fois, en pleine campagne présidentielle, dans un pays où les nominations à la Cour suprême sont utilisées pour mobiliser les partisans, les implications sont d’un autre ordre.

L’arrivée d’un juge conservateur supplémentaire pourrait changer le visage de la Cour pour de nombreuses années et donc avoir un impact sur l’avenir de plusieurs enjeux majeurs, y compris le droit à l’avortement, que Ruth Bader Gisnberg a défendu pendant des décennies.

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