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« Les provinces font de leur mieux, mais il faut améliorer le dépistage »

Mme Nemer en entrevue.

Mona Nemer est la conseillère scientifique en chef du Canada.

Photo : Radio-Canada

Danielle Beaudoin

La hausse des cas de COVID-19 au pays est préoccupante, reconnaît la conseillère scientifique en chef du Canada, Mona Nemer. Toutefois, elle croit qu’il est possible d’éviter un reconfinement. Voici l’entrevue qu’elle nous a accordée.


Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 augmente un peu partout au pays. À votre avis, les provinces réagissent-elles assez rapidement?

Oui, certainement que ça augmente. Ça commence à être un peu préoccupant. Je dis un peu, parce qu'on savait que, quand on allait rouvrir le pays — les écoles, les gens qui retournent au travail —, les cas allaient augmenter. Et donc, c'est une question de bien les gérer.

Ce que je vois, c'est que les provinces, comme ailleurs dans le monde où il y a eu une recrudescence des cas d'ailleurs, font de leur mieux. On est limités par l'accès aux tests. Et c'est vraiment important d'avoir des tests de dépistage qui sont beaucoup plus rapides, de simplifier la procédure de prise des échantillonnages, du délai pour obtenir le résultat. Alors, je crois que ça, ce sont des aspects qu'il faut continuer à travailler pour améliorer la gestion de la vie en temps de pandémie.


Les cliniques de dépistage sont débordées un peu partout. Devrait-on prioriser certains patients?

Je crois qu'il y a déjà une certaine priorisation qui est en train de se faire, soit les gens qui présentent des symptômes, les personnes qui sont en contact avec des cas déclarés. Mais il y a une limite au nombre de personnes qu'on peut prioriser.

Je vous dirais que la solution, c'est plutôt d'avoir un éventail plus large de tests qui augmenterait la rapidité avec laquelle on peut à la fois recueillir les échantillons, faire le test et donner les réponses.


On parle ici des tests rapides?

Oui. Deux choses. Il y a les tests rapides, bien sûr. Mais il y a aussi la façon de faire la collection des échantillons.

La Colombie-Britannique, je crois, a déjà commencé à faire maintenant de l'échantillonnage à partir de la salive et non pas des écouvillons. Ça évite déjà d'avoir un premier bottleneck (goulot d’étranglement), comme on dit en anglais, pour les travailleurs de la santé, qui doivent prendre l'échantillon. Alors là, ce sont les personnes elles-mêmes qui peuvent donner leur échantillon. Et il y a bien sûr ensuite le dépistage en soi, avec les tests plus rapides.

Il y a aussi la possibilité de faire du pooling (regroupement) de plusieurs échantillons. Ensuite, les tester, puis s'il y a finalement un groupe qui est positif, après ça refaire des échantillons individuels.

Donc, il y a encore de la technologie à développer, mais aussi de la technologie qui est disponible qu'il faudrait utiliser à plus grande échelle.


Parce qu'on ne fait pas suffisamment de tests en ce moment?

C'est-à-dire qu'on est limités, comme je vous dis, à différentes étapes. Il y a déjà l'échantillonnage lui-même, ensuite la disponibilité de personnes et de machines qui peuvent faire les tests, de ceux qui peuvent donner les réponses, etc.

Donc, il faut trouver une façon de pouvoir utiliser certains tests, même s'ils sont un peu moins sensibles que ceux qui se font en laboratoire. Ou utiliser d'autres méthodes, des échantillonnages environnementaux (échantillons pris sur des surfaces, comme les poignées de porte ou les robinets) par exemple, pour savoir s'il y a des éclosions dans certains milieux fermés ou dans certaines circonstances.


Pourquoi le traçage est-il si important pour réduire les éclosions?

On sait que le virus se transmet rapidement d'une personne à l'autre. En fait, je vais plutôt dire que si tout le monde observe les mesures sanitaires qui sont recommandées, ça aidera énormément à limiter finalement la transmission du virus.

Ceci étant dit, à partir du moment où quelqu'un sait qu'il est infecté, évidemment il est amené à prendre plus de précautions, et donc il y a moins de contacts avec les autres, et donc moins de transmission. Alors, il est important de connaître ceux qui ont été en contact avec une personne infectée, parce qu'ils sont beaucoup plus susceptibles d'être infectés eux-mêmes. Et là, ils peuvent le transmettre à d'autres. Et c'est ainsi que les chaînes se multiplient. Ça devient finalement une augmentation exponentielle, et on peut vite perdre un peu le contrôle de la situation.


Au niveau du traçage, sommes-nous suffisamment équipés dans les différentes provinces pour faire ces suivis?

Pour le moment, on semble être équipés. Évidemment, je n'ai pas le détail de ce qui se fait sur le terrain. Mais ce que les diverses agences de santé publique provinciales et locales disent, c'est qu'elles pensent qu'elles sont équipées.

Ceci étant dit, on ne sait pas. On est équipés peut-être pour la situation actuelle, mais est-ce qu'on est équipés si on a à nouveau 100 ou 1000 cas de plus par jour? J'espère vraiment que c'est une question qu'on n'aura pas à se poser. Mais j'espère aussi qu'on a profité de l'accalmie estivale pour justement renforcer tous ces aspects qui sont très importants pour la gestion de la pandémie.


Un reconfinement est-il évitable?

Oui, je crois que c'est évitable. Je le crois et je l'espère. Je crois que si on prend chacun nos responsabilités, qu'on fait attention, qu'on surveille les règles sanitaires qui sont recommandées, on est capable d'éviter un reconfinement.

Évidemment, on ne contrôle pas tout. Mais je crois qu'on pourrait avoir une approche plus granulaire, disons. C'est-à-dire faire des confinements qui sont plus ciblés géographiquement et aussi par types d’institution. J'espère qu'on n'aura à faire aucun confinement. Mais si on a à en faire, j'espère qu'ils vont être limités et très ciblés.


Peut-on vraiment parler de deuxième vague avec les éclosions actuelles?

C'est difficile à dire. C'est certainement inquiétant de voir des augmentations aussi rapides. Je crois qu'il faudrait attendre quelques jours pour voir si ça se stabilise.

Il faudrait aussi voir ce qui se passe du point de vue des hospitalisations. Souvenez-vous qu'un des critères très importants pour finalement relâcher les mesures, c'est la capacité du système de santé à gérer les cas normaux d'hospitalisation, en plus des cas qui sont liés à la COVID. Alors, je pense que ça va être un aspect très important à surveiller et qui va être déterminant pour les prochaines étapes.


Vous inquiétez-vous des cas d'éclosions dans les écoles?

C'est sûr que les écoles sont des milieux fermés, où les gens se côtoient plus. Tant et aussi longtemps qu'on est capable de les gérer. Ce qu'on voit maintenant, c'est que les enfants de moins de 12 ans transmettent moins le virus, et ils sont capables de vivre la maladie aussi bien qu'ils vivent la grippe. Dans une certaine mesure, avoir simplement des cas positifs, en soi, ce n'est pas forcément inquiétant.

Ce qu'il faut vraiment surveiller, ce sont les interactions entre les adultes dans ces milieux-là et ce qui se passe quand les gens reviennent chez eux. C'est pour ça qu'il faut continuer à être très vigilants quant aux règles sanitaires et aux conseils de santé publique.


Avez-vous un message important pour la population?

Ce que j'aimerais dire, c'est qu'au cours des siècles, l'humain a eu à vivre avec des virus et a réussi à les conquérir. Je suis persuadée qu'on va réussir aussi à vivre avec ce nouveau virus et au bout du compte le conquérir.

Je pense que c'est un effort collectif, qu'on a chacun un rôle important à jouer là-dedans, et qu'il faut qu'il y ait une responsabilisation personnelle, mais aussi collective. Avec ça, j’ai bon espoir que l'on réussira à passer au travers avec le minimum de dégâts, jusqu'à ce que la science nous apporte des vaccins et des thérapies qui vont faire en sorte que notre vie redevienne normale.

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