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Chronique

Je retourne (enfin) voir un concert en salle et je suis un peu craintif

Une salle de spectacle vide

Le chroniqueur culturel Philippe Rezzonico voit entre 125 et 150 concerts en personne par an depuis une trentaine d’années. Depuis le début du confinement? Aucun.

Photo : iStock

CHRONIQUE – Six mois, une semaine, cinq jours et un peu moins de 24 heures. C’est le temps écoulé depuis mon dernier concert « vivant » vu avant la pandémie. Une éternité. Six mois sans vivre l’expérience vivante et vibrante de la scène, pour un type dont le boulot est de voir en moyenne entre 125 et 150 concerts par an depuis une trentaine d’années, ça ressemble à un trou noir intergalactique.

Il est vrai qu’en dépit de l’annulation de tous les festivals d’importance jusqu’à la fin août, il y a eu quelques manifestations musicales cet été, notamment les concerts dans les ciné-parcs. Je n’y suis pas allé, essentiellement pour des raisons de prudence face à ce tueur invisible qu’est le coronavirus.

À 58 ans, avec un diagnostic d’hypertension depuis le milieu des années 2000 et un autre de diabète de type B depuis près de 10 ans, je me dis que si cette saloperie de virus m’attrape – ou inversement –, je pourrais passer un mauvais quart d’heure. N’ayez crainte : grâce aux prescriptions d’usage, ma pression est impeccable et mes taux de glycémie sont parfaitement maîtrisés depuis des années. N’empêche, durant les premiers mois de la pandémie, je n’étais pas loin de me barricader à domicile.

Bien sûr, j’ai regardé une poignée de concerts virtuels au plus fort de la première vague ainsi que le formidable spectacle de la Saint-Jean, en juin. Mais, globalement, comme les ours en hiver, j’étais en hibernation culturelle estivale. Pas de concerts en personne, pas d’expositions et pas de restaurants du mois de mars jusqu’à la fin août.

Le risque zéro n’existe pas

En août, le gouvernement a permis de hausser jusqu’à 250 le nombre de personnes dans les salles. On a vu à ce moment, pour les mois de septembre et d’octobre, de plus en plus d’annonces de concerts d’artistes qui, bien plus que vous et moi, doivent piaffer d’impatience de retourner sur les planches en compagnie d’autres êtres humains.

Je me suis demandé s’il était temps de revenir à la couverture de concerts dans ces conditions. Et ma réponse à cette question a été positive, en tenant compte des mesures de sécurité mises en place par les artistes, les boîtes de production et les propriétaires de salles.

Suis-je craintif? Bien sûr, et je ne suis pas le seul.

Philippe Rezzonico

Mon collègue du Devoir Sylvain Cormier a écrit il y a quelques semaines sur son mur Facebook qu’on ne le reverra pas dans une salle avant l’arrivée d’un vaccin efficace. Disons que je n’ai pas vu des tas de collègues d’un certain âge ou ayant des enfants se précipiter dans des salles depuis que c’est permis.

Sauf que dans la vie, le risque zéro n’existe pas. Même la personne la plus prudente au monde derrière le volant peut être victime d’un accident de la route. Et force est d’admettre que les conditions strictes liées à la présentation de spectacles en salle risquent de perdurer des mois encore, du moins si l’on se fie à la deuxième vague de COVID-19 qui déferle à des degrés variables sur le globe.

Donc, si les concerts des prochaines semaines sont maintenus, j’irai en voir un ou deux. N’y voyez là aucun acte d’héroïsme.

Je ne suis qu’un autre travailleur qui se demande s’il peut reprendre une portion de son boulot dans un univers où une pandémie dicte les nouvelles règles du jeu.

Philippe Rezzonico

Je suis comme des tas de gens qui se sont demandé si leurs enfants pouvaient retourner à l’école, s’ils pouvaient retourner au bureau de façon sécuritaire, s’ils pouvaient aller au restaurant sans crainte, s’ils pouvaient fréquenter leurs grands-parents sans les mettre en danger, et ainsi de suite. Jamais des gestes courants ne sont devenus sources d’interrogations et de déchirements internes comme cette année. Souvent, ça noue les tripes.

Ironiquement, au moment où la décision d’écrire ce texte a été prise, le Québec venait à peine de franchir les 200 nouveaux cas de coronavirus au quotidien. Le rattrapage dans la saisie des résultats de laboratoire de cette semaine démontre que nous étions déjà bien au-dessus de ce nombre-là, ce qui m’amène une autre interrogation.

Décider de retourner en salle pour voir un concert, même avec toutes les précautions du monde, c’est une chose. Mais combien de temps encore allons-nous pouvoir le faire? À quel moment le gouvernement va-t-il devoir fermer encore une fois les bars, les restaurants et les salles de spectacle? Quand il y aura 500 ou 600 nouveaux cas de COVID-19 chaque jour dans la province? Quand une région sera déclarée zone rouge?

Je l’ignore, mais il me semble que la chandelle qui a timidement illuminé la scène musicale depuis quelques semaines est susceptible d’être balayée à tout moment par le souffle automnal du virus.

Je retourne (enfin) voir un concert en salle et oui, je suis craintif. Parce que j’ai l’impression que mon trou noir intergalactique de six mois, une semaine, cinq jours et quelques heures va peut-être finalement se prolonger de plusieurs mois.

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