•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L'automne sans football de Glen Constantin

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Glen Constantin

Glen Constantin

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé

Après avoir exprimé sa déception face à la décision de la santé publique d'annuler la saison de football universitaire, l'entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin, se prépare à vivre son premier automne sans son sport en 35 ans de carrière. Nous sommes revenus avec lui sur cette situation, lors d'un entretien au Stade Telus-Université Laval.


Q- Habituellement, à ce temps-ci de l’année, le Stade Telus-Université Laval s’anime, il se remplit de monde. Qu’est-ce que ça te fait de penser qu’il restera vide, cet automne?

R- C’est un grand vide pour moi, pour toute l’organisation. C’est une belle célébration d’une vie sportive pour nos athlètes, pour les partisans, les coachs. On y trouve tous nos besoins. C’est un grand vide.


Q- Tu as déjà exprimé ton incompréhension face à la décision de la santé publique qui fait que le collégial joue, et que vous, vous ne pouvez pas jouer. Au-delà de ça, qu’est-ce qui te déçoit le plus par rapport à cette situation?

R- Pour que ce soit clair : on dit depuis le début de la pandémie qu’on voulait jouer au football si c’était responsable médicalement et pour la santé des joueurs, et non pas [qu']on veut jouer à tout prix. Et aussi, si c’est réaliste avec toutes les consignes et les frais qui vont augmenter en jouant. Mais on comprend la situation. [En même temps], quand on voit des individus qui jouent le même sport que nous, dans le même groupe d’âge et avec moins de ressources pour jouer au football, c’est une grosse source d’incompréhension. Et c’est dur d’expliquer à nos athlètes. Souvent, on parle de tous les points négatifs [qui peuvent découler] si on joue au football pendant une pandémie, mais on ne parle pas assez des problèmes [qui peuvent survenir] si on ne joue pas, de focus, de santé mentale, de besoin d’être ensemble, le besoin de travailler pour un but commun. Toutes des choses que, pas juste le football, mais que le sport collectif t’apporte et auxquelles on ne pense pas. Le besoin de te dépasser, le besoin d’être compétitif, la culture qu’on a créée ici, sont laissés de côté. Ça, c’est décevant.

L'entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin

L'entraîneur-chef du Rouge et Or, Glen Constantin

Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf


Q- Je ne pense pas que les gens réalisent tout le travail que tu as accompli depuis le début de la pandémie pour qu’on puisse jouer au football cet automne. Sens-tu que tout le monde a poussé dans le même sens que toi?

R- Je pense que tout le monde a poussé dans le même sens, à différents niveaux, à différents temps. On a formé un groupe d’entraîneurs [des équipes de la conférence Québec] que j’ai trouvé très très positif. Les cinq entraîneurs, on a travaillé ensemble. En général, on a mis nos chapeaux de compétiteurs de côté pour le besoin de participation de nos athlètes. Je pense que c’est important de le mentionner parce qu'on est dans un monde hyper compétitif. On ne travaillera pas nécessairement ensemble, mais on a tous reconnu le besoin de nos athlètes de pouvoir jouer. On a fait un comité, on se rencontrait tous les vendredis. Depuis le début, on a fait des plans de retour au jeu, de relance, des plans de comment accueillir les équipes visiteuses, comment voyager. Toutes des choses qui nous ont été demandées par le RSEQ, mais beaucoup plus tard. Mais on n’a pas été nécessairement pris au sérieux comme groupe. On a eu de la misère à avoir des communications avec le RSEQ, pas avec nos directeurs de sport respectifs, mais le RSEQ. On est quand même des experts dans ce domaine-là, de comment on gère nos entraînements, nos matchs, comment on voyage. On a mis beaucoup d’énergie.

Je suis super fier du travail qu’on a fait, mais pour moi [...], c’est de ne pas avoir de regret. D’avoir senti que tu as tout donné, que tu as fait tout ce que tu pouvais faire, que tu as contrôlé tout ce que tu peux contrôler, on l’a fait du mieux qu’on pouvait comme groupe d’entraîneurs, comme institution ici à Laval, et on n’a pas eu le sort qu’on aurait aimé.

Glen Constantin, entraîneur-chef du Rouge et Or de l'Université Laval

Mais il y a beaucoup d’énergie, beaucoup de travail, qui a été fait dans l’inquiétude, dans l’incertitude. Ç’a été des mois difficiles pour tous les entraîneurs.

Glen Constantin, entraîneur du Rouge et or, football à l'université Laval.

Glen Constantin, entraîneur du Rouge et or, football à l'Université Laval.

Photo : Radio-Canada / Daniel Coulombe


Q- Vous vous êtes rencontrés, les joueurs, les entraîneurs et les dirigeants de l'équipe. Comment s’est passée cette rencontre, cette semaine?

R- C’était quand même assez émotif. Il y avait beaucoup de déception, il y avait aussi beaucoup de frustration et un certain soulagement. Je pense que tout le monde comprend qu'on aurait pu prendre la décision, comme tout le reste du Canada, de fermer boutique au mois de mai. [...] À force de repousser la date limite, les joueurs étaient un peu tannés. [...] J’ai beaucoup beaucoup apprécié l’effort de nos joueurs, le vendredi matin, à 6h, les autres fois, durant la semaine. Les coachs aussi travaillaient très fort. Tout le monde a fait abstraction de la possibilité qu’on n’ait pas de saison. Mais ç’a frappé fort à la réunion.

Glen Constantin, entraîneur-chef de l'équipe de football du Rouge et Or de l'Université Laval

Glen Constantin, entraîneur-chef de l'équipe de football du Rouge et Or de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé


Q- Tu peux mettre des dizaines, voire une centaine d’heures, à préparer un match de football… Comment se présente ton automne?

R- Ça fait 35 ans que je coache au football. À la mi-août, je ne suis jamais rentré chez nous avec le soleil. Ça fait spécial de rentrer chez nous et que le soleil ne soit pas encore couché! C’est difficile, c’est différent. Je ne veux pas m’habituer à ça. J’ai un grand manque, un grand vide de ce côté-là, et les autres coachs aussi. Mais ça va nous faire voir d’autre chose… On parlait d’aller aux pommes en équipe de coachs! On n’a jamais fait ça de notre vie! On va s’occuper encore mieux de nos familles, de nos joueurs. On va s’occuper, travailler sur d’autres projets. On espère avoir une saison 2020-21, on espère avoir un tournoi ici au printemps. On va commencer à travailler là-dessus.

Peu importe le sport, je ne pense pas que tu puisses être inactif de ton sport pendant 21 mois, quand tu fais du sport d’excellence. C’est quasiment une retraite forcée.

Glen Constantin, entraîneur-chef du Rouge et Or de l'Université Laval
Glen Constantin et Marc Fortier

Glen Constantin et Marc Fortier

Photo : Nathalie Martin


Q- Il y a les partisans aussi… tu as sûrement une pensée pour eux?

R- Oui, bien sûr. Ce sont les meilleurs partisans au Canada. Je ne suis pas un gars de médias sociaux, mais on me dit qu’ils sont très actifs, très volubiles. C’est une culture de venir au stade et c’est important pour moi de le mentionner. C’est la même logique qu’un restaurant qui ferme ses portes pour rénovation. Ce n’est pas assuré que le monde va revenir. Pour nous, c’est de les garder informés de ce qu’on fait, les activités du club, et de s’assurer qu’ils veulent revenir quand ce sera le temps avec de nouveaux défis. C’est pour ça que le projet de ce printemps est important pour moi. On ne peut pas revenir et faire comme d’habitude. Il faut quelque chose pour piquer leur curiosité et les motiver de revenir au stade.


Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !