•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : il faut encore plus de dépistage pour espérer briser une deuxième vague

Des gens en file.

À Ottawa, des gens attendent plusieurs heures devant le centre Brewer afin de passer un test de dépistage de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Danielle Beaudoin

Les longues files d’attente pour se faire tester inquiètent les experts en santé publique à qui nous avons parlé. C’est sans compter les délais pour obtenir ensuite les résultats. Pour désengorger le système et faire face à une deuxième vague, ils plaident notamment pour les fameux tests rapides.

Là, c'est pas pire, il fait beau, lance Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal et chef de l’Unité de recherche clinique appliquée au CHU Sainte-Justine. Il parle de toutes ces personnes qui attendent pendant des heures dehors pour passer le test de dépistage de la COVID-19.

Mais que se passera-t-il quand la pluie battante et le froid arriveront? Ce n'est pas raisonnable; les gens ne vont pas attendre dehors pour faire un test. Ils vont tout simplement retourner de bord! s’exclame l’expert.

C’est aussi ce que craint Ian Culbert, directeur général de l’Association canadienne de santé publique. Il se dit d'ailleurs surpris de voir les gens attendre pendant des heures dehors pour se faire tester, surtout ceux qui ne se sentent pas bien.

On ne peut pas continuer comme ça, surtout avec l’arrivée prochaine du froid et de la neige. Les gens vont-ils faire la file à -10 ou -20 degrés Celsius pour se faire tester? Je ne pense pas!

Ian Culbert, directeur général de l’Association canadienne de santé publique

Il faut vraiment faciliter le processus si on veut que les gens se fassent tester, dit Ian Culbert. Et plus on teste de gens, mieux c’est, rappelle-t-il, si on veut éviter que la deuxième vague de la pandémie ne soit trop forte.

En avril, le gouvernement de François Legault effectuait quelques milliers de prélèvements par jour et espérait arriver à en faire 15 000 rapidement.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, évoquait même la possibilité de faire 20 000 à 30 000 tests quotidiens dès la fin mai grâce à l’acquisition de milliers de tests qui produisent des résultats en moins d’une heure. Cet objectif de 20 000 prélèvements a été atteint pour la première fois au début du mois de septembre.

Le dépistage, le nerf de la guerre

Pourquoi le dépistage est-il si important? Parce qu’il brise les chaînes de transmission secondaires, répond Benoît Mâsse. Quelqu'un attrape le virus. Si on est très rapide sur le dépistage et le suivi de contacts, cette personne-là, au lieu d'en infecter 10, 15 et 20 autres, va peut-être ne pas du tout en infecter ou en infecter juste une, explique l’expert.

Plus le dépistage est efficace, plus il est rapide, plus ça nous aide à contenir l'épidémie. Et c'est surtout ça l'important. Il faut que ce soit rapide. Ça ne peut pas prendre trois semaines entre le moment où on pense qu'on a peut-être des symptômes et celui où on a le résultat.

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’UdeM

Le dépistage, c’est donc le nerf de la guerre? Oui, oui, réplique Benoît Mâsse. Il observe qu’il n’y a pas vraiment d’autres outils pour contrôler l’épidémie. Il y a bien les différentes mesures de prévention, comme les classes-bulles, les masques, la distanciation, rappelle-t-il.

On peut mettre tout ça en place, mais ce n'est pas comme si on avait une grande panoplie de façons de contrôler l'épidémie, fait-il remarquer. Un dépistage rapide est une façon, dit-il, de couper la fameuse croissance exponentielle, et donc de ralentir l’épidémie.

Ce qu'on peut faire de plus concret, c'est d'avoir des tests de dépistage et un processus de traçage de contacts excessivement efficaces et performants. Ça, le gouvernement contrôle ça!, lance Benoît Mâsse. Le gouvernement ne contrôle peut-être pas le comportement des gens, mais il contrôle le dépistage, ajoute-t-il.

À quand des tests plus rapides?

Pour l'instant, le dépistage est insuffisant, surtout au Québec et en Ontario, note Ian Culbert. Il faut plus de centres de dépistage, et réduire le temps d’attente pour se faire tester, opine l’expert. Et souhaitons que le gouvernement fédéral change d’avis et permette les tests salivaires, ajoute-t-il.

Le test salivaire n’est pas aussi précis que le test PCR qu’on utilise actuellement, explique Ian Culbert. Mais il permettrait de voir si les gens ont besoin d'un test plus complet ou non. C’est une première ligne de défense, et il nous aiderait certainement à identifier les gens contagieux beaucoup plus vite que le test PCR.

Les gens pourraient-ils faire le test salivaire à la maison? Non, répond l’expert, parce qu’il faut garder un contrôle sur l’épidémie et faire un suivi des contacts. Mais Ian Culbert voit très bien, par exemple, des centres de dépistage dans chaque école primaire. Il faudrait tout de même qu’un travailleur de la santé effectue les tests, ajoute-t-il.

Une femme portant des vêtements et une visière de protection recueille un échantillon de salive d'un automobiliste pour un test de dépistage de la COVID-19.

Une femme prélève un échantillon de salive chez un automobiliste pour un test de dépistage de la COVID-19.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Benoît Mâsse affirme lui aussi que les tests rapides font partie de la solution aux problèmes de dépistage. Il pense que d’ici quelques semaines ou quelques mois, il sera possible d’avoir accès à des tests antigéniques qui permettront de détecter très rapidement si une personne est contagieuse.

On va probablement continuer à faire des tests PCR. Mais on pourra passer à des tests de dépistage qui dépendent d'une autre technologie moins chère, qu'on peut faire en plus grand nombre, qui implique aussi beaucoup moins de monde, beaucoup moins de ressources, explique-t-il.

Parmi les tests rapides à l’étude, certains n’exigent pas d’analyse en laboratoire, et il n’y a pas besoin d’être infirmière pour les administrer, précise l’expert.

Avec les tests rapides, on va pouvoir tester beaucoup plus de personnes, à des fréquences beaucoup plus élevées. Et on en est proche; les développements à ce niveau-là, ce n'est pas comme le vaccin.

Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’UdeM

Être déclaré positif sans être contagieux

Tout ce qu’on attend du test rapide, c’est qu’il détecte si la personne est contagieuse, précise Benoît Mâsse. Si vous avez une grande quantité de virus qui circule dans votre organisme, vous êtes beaucoup plus à risque d'être contagieux et de le transmettre.

La particularité du test PCR utilisé actuellement, c’est qu’il est tellement sensible qu’il détecte la moindre trace de virus dans votre corps, signale Benoît Mâsse. Donc il va souvent donner un résultat positif pour une personne qui a déjà été infectée, mais qui n’est plus contagieuse, précise-t-il. Et cela n’est pas toujours bien compris, se désole l’expert.

Les gens vont dire : "Ben là, je viens me faire tester parce qu'un tel est positif dans ma famille". Il est positif parce qu'il a été passer un test, mais il est positif deux mois après son infection. Il n’y a quasiment aucune chance de contagion, explique le professeur Mâsse.

Qui a besoin d’être testé?

Tout le monde devrait-il pouvoir se faire tester? Idéalement oui, mais avant, il faut s’assurer que ceux qui ont vraiment besoin d’être testés le soient rapidement, affirme Benoît Mâsse. Ceux-là ne devraient pas attendre, souligne-t-il.

Quelles sont les priorités de dépistage? Au Québec, les tests de COVID-19 sont donnés en priorité aux groupes suivants (Nouvelle fenêtre) :

  • Les travailleurs de la santé et le personnel travaillant dans les CHSLD et les résidences pour aînés
  • Les travailleurs étrangers temporaires agricoles
  • Le personnel d’agences œuvrant dans le réseau de la santé
  • Des clients des centres de prélèvement (en remplacement des urgences)
  • Les personnes vulnérables et les milieux à risque (itinérants, bars, construction, épicerie)

Vous ne faites pas partie de ces groupes? La plupart des directions de santé publique vont vous dire de vous présenter à un centre de dépistage si vous avez des symptômes ou si vous avez été en contact avec une personne infectée.

Autrement, les personnes asymptomatiques, en dehors des situations d’éclosion et des groupes ciblés à risque, ne font pas partie des priorités d’accès et ne sont pas priorisées. Toutefois, le gouvernement ne restreint pas cet accès, même si les personnes ne sont pas dans les priorités, puisque nous avons la capacité de l’offrir, a indiqué le ministère de la Santé par courriel, le 9 septembre dernier.

Avec des cliniques de dépistage de plus en plus débordées, que devrait-on faire? C’est compliqué, reconnaît le professeur Mâsse. Les gens sont inquiets et ils veulent se faire tester. C’est tout à fait légitime, note-t-il.

Étant donné qu'on n'a pas de capacité, surtout là, au début d'une deuxième vague, on va vraiment avoir besoin de notre capacité de dépistage. Il faut essayer autant que possible de limiter les gens qui sont à très faible risque d'avoir la COVID d'aller passer un test, observe le professeur Mâsse.

Il souligne par ailleurs le fait que bien des gens ne comprennent pas bien la notion de risque dans cette pandémie, et donne un exemple parmi tant d’autres : il est lui-même père de deux enfants qui vont à l’école. Il a reçu dernièrement un courriel de l’école l’informant qu’un employé avait été infecté.

Le professeur Mâsse a par la suite reçu des courriels de parents inquiets, qui lui demandaient s’ils devaient aller se faire tester. J'ai répondu que non : "S'il fallait que tu ailles te faire tester ou faire tester tes enfants, la santé publique t'aurait appelé. Si tu n'as pas été contacté par la santé publique, n’y va pas!"

COVID-19         : ce qu'il faut savoir

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !