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Pourquoi les banlieues sont-elles tant convoitées par les politiciens américains?

Entre 2000 et 2014, les banlieues ont gagné plus de 11 millions de nouveaux habitants issus de la migration intérieure et de l'immigration internationale.

Un quartier de banlieue à la tombée du jour en Californie.

Les banlieues américaines ont gagné des millions d'habitants depuis 20 ans.

Photo : Getty Images / David McNew

Le président Trump espère que son message sur la loi et l’ordre y aura un écho particulier. Dans des publications sur Twitter, il fait même parfois référence aux « femmes au foyer de banlieue ». Or, la banlieue américaine a énormément changé avec les années.

Nous avons posé quatre questions au démographe William Frey, de l’Institut Brookings à Washington, pour comprendre le poids des banlieues dans l'élection du 3 novembre.


A-t-on constaté des changements démographiques dans les banlieues américaines?

Absolument! Les banlieues ont changé au cours des 40 ou 50 dernières années. Les États-Unis sont devenus plus diversifiés sur le plan racial et la nature des familles a également changé.

Dans les années 1950, les banlieues étaient très blanches, surtout formées de couples mariés avec enfants. Vous voyez l’image : une maison unifamiliale, une voiture, peut-être deux enfants. C’est l’idée qu’on se faisait de la banlieue, à l’époque.

Une famille en banlieue dans les années 1950.

Les banlieues américaines ont beaucoup changé ces dernières décennies.

Photo : Getty Images / Doreen Spooner

Aujourd’hui, quand vous dites que vous vivez en banlieue, vous ne dites pas grand-chose, parce que les banlieues sont un microcosme du reste des États-Unis. On y retrouve des Blancs, des Noirs, des hispanophones, des gens plus riches et moins nantis, des célibataires, des personnes âgées, des couples mariés.

Il y a différentes sortes de banlieues, nous ne sommes plus dans l’impression idyllique que les gens pouvaient avoir dans le passé.


Comment peut-on expliquer ces changements?

Avec le temps, beaucoup de gens se sont installés dans les banlieues. Avant, il y avait beaucoup de discrimination envers les Noirs, ce qui rendait l’achat d'une maison plus difficile pour eux. Cela existe toujours, mais c’est plus simple.

Le dernier recensement nous apprenait que dans les grandes régions métropolitaines américaines, il y a maintenant plus d’Afro-Américains qui vivent en banlieue qu'en ville. On constate un fait similaire avec les hispanophones et les Américains d’origine asiatique.

Tout cela est survenu dans le contexte où le pays en entier s’est diversifié sur le plan racial, surtout en raison de l’immigration au cours des 20 dernières années.

L’autre grand changement est le mouvement pour les droits des femmes. Dans les années 1950, quand on évoquait une famille de banlieue, la femme était souvent à la maison. Il y a maintenant beaucoup plus de femmes sur le marché du travail, et cela a changé la composition des ménages.

Les gens se marient plus tard et il y a plus de familles monoparentales, ce qui a aussi changé la nature des banlieues.


Ces changements ont des conséquences politiques. Quand nous évoquons les électeurs des banlieues, ça n’a plus la même signification que dans les années 1960.

La vieille histoire, c’est qu’en fonction des facteurs démographiques, les villes votaient pour les démocrates et les banlieues appuyaient les républicains. À l’époque, le Parti républicain promettait aux électeurs de banlieue de baisser les taxes et de diminuer les régulations gouvernementales, ce qu’appréciaient plusieurs d'entre eux.

Avec les changements au sein de la population, l’idéologie politique a également changé. C’est vrai qu’encore récemment, les banlieues penchaient un peu plus vers le Parti républicain que les villes. On l’a notamment constaté au cours de récentes élections présidentielles, même si cet appui n'était pas aussi fort que dans le passé.

Lors des élections de mi-mandat en 2018, beaucoup de banlieues ont appuyé les démocrates. On a constaté des changements par rapport à l’attitude des électeurs face à ce que les partis politiques peuvent leur offrir. Le message démocrate, selon lequel des hausses d’impôts et de taxes seront liées à des services comme l’éducation et surtout la santé, est peut-être plus attirant pour l’électorat de banlieue.


Faut-il s’attendre à ce que les changements constatés au cours des dernières décennies se poursuivent?

Je suis démographe et j’ai moi-même été surpris par ce que le dernier recensement, en 2010, nous apprenait à propos de la diversité raciale et ethnique aux États-Unis. C’était bien plus important que ce que j’avais anticipé. Je m’attends au même phénomène avec le recensement de 2020.

Je pense que ce sera particulièrement le cas dans les banlieues américaines et pas seulement dans les grandes zones côtières, comme à New York ou Los Angeles. On devrait le voir aussi dans les zones continentales où on constate une présence de plus en plus importante d’hispanophones, d’Américains d'origine asiatique et d’Afro-Américains. Je pense que ça rendra les banlieues encore plus diverses.

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