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Analyse

Pourquoi la bourse monte-t-elle alors que la crise perdure?

Une homme portant un masque chirurgical se photographie avec la statue du célèbre taureau devant la bourse de New York.

Le taureau de Wall Street, une sculpture de bronze signée Arturo Di Modica située au Bowling Green Park, se veut un symbole de résistance, de force et d'espoir.

Photo : afp via getty images / Angela Weiss

Depuis le début septembre, on sent une forme d’hésitation sur les marchés boursiers. Les valeurs technologiques ont fortement progressé depuis le début de l’année et des investisseurs se demandent si une bulle ne s’est pas formée. N’empêche, malgré la pire crise depuis près d’un siècle, l’indice phare de la bourse de New York, le Standard & Poor's 500, est en hausse de plus de 3 % depuis le début de l’année.

La hausse de 2020 suit une progression de près de 30 % en 2019. Certains diront que le marché haussier se poursuit depuis mars 2009, l’indice ayant progressé d’environ 400 %. D’autres considèrent la chute de 34 % du 19 février au 23 mars 2020 comme un marché baissier. Depuis, la hausse dépasse les 50 %.

Quoi qu’il en soit, le rendement du S&P 500 est positif pour 2020 grâce aux titres technologiques, en bonne partie, ce qui fait que l’indice des valeurs technos, le Nasdaq, est en hausse de 20 % depuis le début de 2020. Pourtant, la chute économique est terrible et, selon tous les experts, il faudra du temps pour se remettre de la crise que nous connaissons.

La Réserve fédérale américaine a envoyé un signal clair, dans les derniers jours, en laissant entendre que son taux directeur allait rester à 0 % pendant au moins trois ans. Pas de changement prévisible avant 2023.

Au Royaume-Uni, la banque centrale a expliqué qu’un taux directeur négatif pourrait être envisagé si nécessaire, en plus de la poursuite d'achats massifs d’obligations dans les marchés financiers.

La situation demeure très grave. Et pourtant, la bourse monte. Comment cela s’explique-t-il?

9000 milliards de dollars américains dans l’économie

La principale explication, c’est l’exceptionnelle intervention des gouvernements et des banques centrales dans l’économie.

L’OCDE affirme que, de la fin 2019 à la fin 2021, le monde aura perdu 7000 milliards de dollars américains de PIB de production. Or, comme le rappelait l’économiste Dominique Lapointe à Zone économie mercredi, les gouvernements et les banques centrales de la planète ont injecté 9000 milliards de dollars dans l’économie.

Vous avez bien lu : le remède a été plus fort que la maladie. Et je ne parle pas ici de la COVID-19, mais du marasme économique mondial qui a été provoqué par cette crise. Les décideurs publics n’ont pas hésité un seul instant à fermer l’économie, puis à intervenir avec force pour aider les travailleurs, soutenir le commerce mondial, remplacer les investissements perdus. C’est du jamais vu.

Dans un pays comme le Canada, cette intervention a contribué à une hausse de plus de 10 % du revenu disponible des ménages au deuxième trimestre et à une forte hausse du taux d’épargne. Ce sont des données générales, la situation de chaque ménage étant différente des autres. Mais ces données illustrent la force de l’intervention publique.

L’arrêt brutal des activités économiques et la réaction spectaculaire des gouvernements et des banques centrales étaient tous deux totalement inattendus. C’est ce qu’on appelle un black swan, nous a dit le PDG de Natixis, Jean Raby, dans le cadre du balado Question d’intérêt.

La pandémie, est-ce que c’est le black swan? Non. Pour moi, la réaction des gouvernements, c’est un black swan. C’est le truc qui n’est pas supposé exister et qui arrive! On n’a jamais parlé d’un confinement généralisé comme étant une réponse. Mais c’est ce qu’on a vécu. Premier black swan. Le deuxième, c’est la réaction des gouvernements et des banques centrales : un programme de stimulus sans précédent, qui a évidemment soutenu tout de suite les marchés financiers.

Jean Raby, PDG de Natixis

Liquidités, technologies, vaccin

Un autre élément de réponse est à chercher dans l’abondance de liquidités dans les marchés depuis six mois. Ensuite, il y a une conviction, chez bien des gens, que les technologies ne peuvent que se développer davantage dans le cadre d’une économie qui pourrait se mettre à tourner autrement avec la distanciation sociale, le télétravail et certaines restrictions sanitaires.

Cet emballement est-il exagéré? Peut-être. Les hausses de 25 % de Microsoft, de 45 % d'Apple, de 55 % d'Amazon ou de 400 % de Tesla en 2020 sont-elles justifiées? L’avenir le dira. Mais le fait est que ces croissances ont largement contribué à la poussée boursière de 2020.

Et puis, il y a l’espoir de trouver un traitement ou un vaccin. Comme l’explique M. Raby dans le balado, les informations quotidiennes sur l’avancement de la recherche créent de l'instabilité en bourse. Mais la conviction de bien des acteurs sur le marché est qu’on s’approche d’une solution pour ralentir ou stopper la COVID-19.

Il est donc important d’aller plus loin dans l’analyse de la situation.

Il est facile de dire que les marchés sont déconnectés de la réalité. Pourtant, le signal boursier est directement lié à l’intervention massive des gouvernements et à l’argent qui circule dans l’économie. Il est aussi lié aux tendances, celles illustrant le potentiel exceptionnel des nouvelles technologies. Et ce signal est aussi lié au fait que huit vaccins sont actuellement en phase 3, ce qui donne un véritable espoir de trouver une vraie solution d’ici l’été prochain.

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