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Transition énergétique aux Îles : le gaz naturel fait partie des scénarios

Un paysage madelinot avec les collines, les maisons et la mer à Havre-Aubert et des fleurs en avant-plan.

Hydro-Québec a dévoilé les scénarios qui seront analysés dans les prochains mois pour assurer la transition énergétique de l'archipel madelinot (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Hydro-Québec jongle avec six scénarios pour assurer la transition énergétique des Madelinots. La conversion de la centrale thermique existante au gaz naturel est du nombre.

Les craintes soulevées cet été par l'Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale (AMSÉE) se sont donc avérées : Hydro-Québec rouvre la porte à des projets d'énergie fossile.

Dans un document déposé devant la Régie de l’énergie, on apprend qu'Hydro-Québec analysera cinq solutions alternatives parallèlement au projet de raccordement au réseau hydroélectrique continental par câbles sous-marins mis au ballottage depuis juillet.

En voici les grandes lignes, tirées du « Complément de preuve no 3–Îles-de-la-Madeleine » déposé par Hydro-Québec devant la Régie de l'énergie.

1) Production éolienne avec stockage

  • Hydro-Québec évaluera quelques sites pour l’installation d’éoliennes terrestres.
  • Une évaluation préliminaire des impacts d’éoliennes en mer sera menée.
  • L’énergie éolienne serait jumelée à la centrale thermique actuelle qui pourrait s’arrêter lorsque la production éolienne est suffisante.

2) Production solaire avec stockage

  • Hydro-Québec évaluera quelques sites terrestres potentiels pour un parc solaire jumelé avec la centrale thermique existante.
  • L 'installation de panneaux solaires disséminés sur le territoire avec un stockage côté client est aussi envisagée pour les clientèles résidentielles et affaires.

3) Conversion de la centrale thermique existante au gaz naturel (GNL)

  • Hydro-Québec évaluera la logistique liée au transport, au stockage et la vaporisation de GNL et les investissements nécessaires.
  • La faisabilité d’un approvisionnement en GNL renouvelable sera analysée.

4) Production thermique à la biomasse forestière

  • Ce scénario inclut la construction d’une nouvelle centrale.
  • Hydro-Québec doit évaluer la logistique de l’approvisionnement, le transport et l’entreposage de la biomasse forestière de même que la gestion des cendres.

5) Utilisation d’un combustible carboneutre

  • Hydro-Québec doit évaluer les divers types de combustibles carboneutres offerts sur le marché.
  • La société d’État ne nomme aucun des combustibles qui seront étudiés.

6) Raccordement au réseau hydroélectrique par câbles sous-marins

  • Les études techniques, économiques et environnementales se poursuivent pour un tracé entre l'archipel et Percé.
  • Une analyse parallèle sera faite concernant la possibilité d'un raccordement sous-marin via le réseau électrique des provinces maritimes afin de réduire la portion sous-marine.
Vue sur le centre-ville de Cap-aux-Meules avec les cheminées de la centrale thermique en arrière-plan.

Les îles de la Madeleine sont alimentées en électricité par une centrale thermique qui fonctionne au mazout.

Photo : Luc Paradis / Radio-Canada

Après avoir pris connaissance de ces scénarios, la Régie de l'énergie a demandé à Hydro-Québec de préciser l'importance relative qu'elle accorde aux quatre critères d’évaluation des projets, soit la faisabilité technique, la rentabilité, l'acceptabilité sociale et la réduction des gaz à effet de serre.

La Régie a également demandé des précisions sur le rôle de la centrale existante dans chacun des scénarios envisagés.

Hydro-Québec n'a pas voulu accorder d'entrevue à Radio-Canada, à ce stade-ci, pour commenter les différents scénarios.

Gaz naturel : l'AMSÉE sur ses gardes

L'AMSÉE, qui juge que le cycle de vie complet du GNL est aussi polluant que le mazout, doute toutefois que le scénario avec énergie fossile puisse être retenu seul en regard des critères d'acceptabilité sociale et de diminution des gaz à effet de serre qu'Hydro-Québec s'est engagée à considérer, mais appréhende un couplage d'énergies.

On n’est pas tant inquiet qu’il y ait une conversion simple, affirme la présidente et porte-parole de l’AMSÉE, Marianne Papillon, mais peut-être que ça pourrait être jumelé avec de l’éolien et qu’on tente de nous convaincre que ça ne serait pas une conversion totale et là on voit un piège.

L’autre piège, poursuit-elle, c’est la notion de gaz naturel renouvelable. Ça n’existe pas vraiment du gaz naturel renouvelable, c’est un terme d’écoblanchiment pour parler de gaz naturel fossile majoritairement issu de la fracturation du schiste dans lequel on injecte 1 à 5% de biogaz. Pour nous, ça ne serait pas une option intéressante au niveau écologique.

Marianne Papillon devant des panneaux solaires.

La présidente et porte-parole de l'AMSÉE, Marianne Papillon (archives)

Photo : Radio-Canada / Kim Bergeron

De son côté, le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, dénonce la valse-hésitation et l’improvisation totale d'Hydro-Québec. Hydro-Québec remet tout en question en disant que toutes les solutions peuvent être envisagées, en passant par les énergies fossiles, affirme M. Arseneau.

Des scénarios applaudis

L’AMSÉE salue toutefois l’ouverture d’Hydro-Québec à considérer le développement des éoliennes en mer.

C’est une des bonnes nouvelles, croit Marianne Papillon. C’est vraiment la première fois qu’Hydro-Québec se mouille en disant que c’est un scénario envisageable. Je pense que ça a peut-être été un tabou aux Îles en raison de la pêche et des conflits d’usage, mais c’est vraiment un scénario d’avenir.

C’est en mer qu’est notre potentiel éolien étant donné l’exiguïté du territoire.

Marianne Papillon, porte-parole et présidente de l'AMSÉE
Des éoliennes dans l'eau photographiées en contre-jour sous un ciel nuageux couleur sépia

Hydro-Québec mènera une évaluation préliminaire des impacts techniques et économiques d’un scénario d’installation d’éoliennes en mer (archives).

Photo : The Canadian Press / Heribert Proeppe

L'Association madelinienne pour la sécurité énergétique et environnementale applaudit aussi les analyses qui seront menées par Hydro-Québec concernant l’installation de panneaux solaires résidentiels.

Cette option a été très bien reçue lors d’une consultation effectuée par la Municipalité dans le cadre de sa stratégie énergétique, rappelle Marianne Papillon. Les gens sont hautement favorables à l’énergie solaire avec des panneaux disséminés. Ce qui est intéressant, c’est que ça peut se réaliser à très court terme.

Par ailleurs, Marianne Papillon soutient que la production d’énergie thermique représente un potentiel intéressant à certaines conditions. Les centrales thermiques, dit-elle, si elles sont alimentées à partir de matières renouvelables, peuvent être intéressantes au point de vue de la récupération de chaleur pour le chauffage. Beaucoup de Madelinots ont un système de chauffage à l'huile.

L’important est qu'Hydro-Québec ne retarde pas la transition énergétique et qu’on n’investisse pas dans de nouvelles infrastructures qui prolongeraient l’utilisation d’énergie fossile. Il faut faire le virage dans nos nouveaux investissements.

Marianne Papillon, porte-parole et présidente de l'AMSÉE

Hydro-Québec mènera des consultations auprès des Madelinots cet automne concernant les différents scénarios de transition énergétique.

La société d’État devrait faire connaître la solution retenue en mai 2021.

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