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Tensions entre pêcheurs et arrestations dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse

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Un homme de dos, sur la berge entre deux véhicules, regarde la mer, où on voit des dizaines de bateaux de pêche dans l'eau.

Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 18 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Radio-Canada

Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations a blâmé la ministre des fédérales des Pêches, vendredi soir, pour ce qu’il qualifie d’« escalade alarmante » dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, où des pêcheurs autochtones et non autochtones se font face depuis deux jours.

Perry Bellegarde, le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), s'est entretenu vendredi avec Bernadette Jordan, la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne. En soirée, M. Bellegarde a lancé un appel au premier ministre Justin Trudeau. 

Je vous demande d'intervenir en soutien aux pêcheurs mi'kmaq de la Nouvelle-Écosse, qui font face à de l'agression, à des menaces et à un danger croissants, écrit M. Bellegarde à M. Trudeau.

Perry Bellegarde et Justin Trudeau lors d'une rencontre. Ils sont assis à une table.

Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations (à gauche) et le premier ministre Justin Trudeau le 14 janvier 2019 à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

M. Bellegarde évoque une escalade alarmante qu'il dit être un résultat direct de l'inaction de la ministre Bernadette Jordan.

Le chef autochtone demande entre autres à Ottawa d'organiser une rencontre avec les dirigeants des Premières Nations de la Nouvelle-Écosse pour discuter de la mise en place complète de l'arrêt Marshall de la Cour suprême.

Il demande aussi à ce que les agents de la GRC et de Pêches et Océans Canada s'assurent de la sécurité des pêcheurs mi'kmaq.

État d'urgence déclaré par les Mi'kmaq de la Nouvelle-Écosse

L’Assemblée des chefs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse a déclaré peu avant 16 h, vendredi, un « état d’urgence » en raison de ce qu’elle décrit comme des « troubles politiques ».

L’organisation dit prendre cette décision en réponse à la violence qui se produit en marge de la pêche au homard pratiquée par des pêcheurs autochtones de la province.

L’Assemblée explique qu’un centre de commande sera mis sur pied dans un lieu central, non divulgué afin de coordonner les opérations destinées à assurer la sécurité des Mi’kmaq touchés par ces troubles politiques.

Bateau de pêche au quai. On voit le drapeau mi'kmaq flotter.

Bateau de pêche à Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 17 septembre 2020. On voit le drapeau mi'kmaq flotter.

Photo : CBC / Steve Lawrence

L’état d’urgence que déclare l’Assemblée des chefs mi’kmaq concerne la péninsule de la Nouvelle-Écosse, mais pourrait être étendu plus tard à l’île du Cap-Breton, selon le communiqué qu’a envoyé le groupe. Il est en vigueur jusqu’à mardi prochain à 17 h, mais pourrait être prolongé.

Nous demandons à nouveau au ministère canadien des Pêches et des Océans, à la GRC et au gouvernement de la Nouvelle-Écosse de favoriser la protection des pêcheurs et des familles mi’kmaq et de ceux qui les appuient, conclut l’Assemblée des chefs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse.

Des arrestations

Déjà vive, la tension a monté d'un cran entre les pêcheurs autochtones et non autochtones dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, vendredi.

Des pêcheurs des Premières Nations ont annoncé cette semaine qu'ils pratiqueraient la pêche au homard, un droit confirmé par la Cour suprême du Canada. Des pêcheurs non autochtones les accusent de pratiquer une pêche « illégale », hors des saisons déterminées par Pêches et Océans Canada.

Un policier les bras croisés et six personnes de dos.

Un policier devant un groupe de pêcheurs sur le quai de Weymouth, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, le 18 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Deux personnes ont été arrêtées sur le quai de Weymouth et feront face à des accusations de voies de fait, a confirmé vendredi, en début d’après-midi, la caporale Jennifer Clarke, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse.

Les deux individus ont été libérés sous promesse de comparaître. La caporale Clarke n’a pas voulu spécifier si ces personnes étaient des pêcheurs.

Elle ajoute que la police enquête sur ce qui pourrait avoir été des coups de feu, ainsi que sur des signalements d’actes de vandalisme. La GRC, mentionne-t-elle, entend rester sur les lieux tout le week-end.

L'Union des pêcheurs des Maritimes dénonce une « activité illégale »

Martin Mallet, le directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), demande que la police intervienne dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

«Depuis quelques années, le système est brisé», fait valoir Martin Mallet, directeur général de l'Union des pêcheurs des Maritimes.

Martin Mallet, directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (archives).

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

On demande, à très court terme, que la GRC s'implique dans ce dossier ici pour faire en sorte que toute activité illégale, présentement, soit stoppée en attendant qu'il y ait les négociations nécessaires pour arriver à quelque sorte d'entente, a dit M. Mallet vendredi après-midi.

Il rappelle que le début de la saison de pêche commerciale, tel que décrété par le ministère des Pêches et des Océans (MPO), débute en novembre dans cette région.

Toute pêche hors saison ne devrait pas avoir lieu si le produit de la pêche est vendu. Dans ce cas-là, c'est une activité illégale, et c'est exactement ça que les pêcheurs déplorent présentement. L'inaction du gouvernement dans le cadre de ce dossier-là est rendu à un point tel que les pêcheurs ne peuvent plus attendre. Et, il faut le dire aussi, ça fait longtemps que ça perdure, cette situation. On en entend parler depuis au moins quatre ans et là, c'est rendu assez extrême, déclare-t-il.

Un groupe de personnes sur un quai. Un petit bateau de pêche rouge est amarré.

Le quai de Weymouth, en Nouvelle-Écosse, le 18 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Ces règlements sont en place pour une bonne raison, pour s'assurer que les pêcheries demeurent viables pour toutes les parties impliquées, autochtones ou non autochtones, poursuit M. Mallet.

C'est fondamental d'avoir une entente - ou des ententes - avec les Premières Nations qui soient respectées et comprises par les pêcheurs commerciaux et les communautés côtières, dit-il.

L’UPM rappelle qu’elle demande à Ottawa d’intervenir dans ce dossier depuis longtemps, justement pour éviter le genre de situation qu’on vit présentement, dit Martin Mallet. Il ajoute craindre des confrontations directes entre les deux groupes, que personne ne souhaite, selon lui.

Les Mi'kmaq disent faire une pêche responsable

Le chef de la Première Nation de Sipekne’katik, Mike Sack, a déclaré par communiqué vendredi que le conseil de bande et lui-même étaient heureux de travailler avec la GRC pour assurer la sécurité de la flotte [de pêcheurs] pour une subsistance modérée.

Mike Sack est debout sur un casier à homard et il s'adresse à des dizaines de personnes regroupées autour de lui.

Le chef de la Première Nation de Sipekne'katik, Mike Sack, s'adresse à des membres de la communauté, le 17 septembre 2020.

Photo : CBC / Steve Lawrence

La pêche est en cours, précise-t-il.

Notre plan pour l'avenir inclut le suivi du volume des prises et des permis [de pêche], en conjonction avec notre rôle traditionnel de gardiens de l'environnement. Depuis des temps immémoriaux, les Mi'kmaq n'ont pas épuisé les stocks de quelque culture, poisson ou animal que ce soit, et nous entendons préserver cet équilibre, a souligné Mike Sack dans son communiqué.

Attendent-ils que quelqu'un soit tué?

Roger Augustine, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations (APN) pour l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick, a lancé un appel au calme vendredi, mais s’avoue inquiet.

Le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations au Nouveau-Brunswick, Roger Augustine, lance un appel au calme après la mort de Rodney Levi.

Roger Augustine, chef régional de l’Assemblée des Premières Nations pour l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : Radio-Canada

La GRC et Pêches et Océans disent qu’ils vont simplement observer de loin. C’est de la bullshit, a-t-il lancé dans un entretien téléphonique. Il y a des gens là-bas qui ont besoin de quelqu’un pour les protéger et les défendre [...] Qu’est-ce qu’ils attendent? Attendent-ils que quelqu’un soit tué, pour s’interposer et arrêter tout le monde?

Nos pêcheurs ne sont pas prêts pour cela. On peut utiliser les ressources que nous avons pour nous défendre, mais ce n’est rien comparé à ce que possèdent la GRC et Pêches et Océans, a affirmé M. Augustine. Pêches et Océans est prêt pour ça, la GRC est prête pour ça. Pas nous. Nous n’avons ni les ressources ni l’argent que ça prend pour défendre nos droits.

Des policiers circulent à travers un groupe de personnes sur un quai.

Au quai de Weymouth, en Nouvelle-Écosse, le 18 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Il est important que Justin Trudeau se lève et résolve la question une fois pour toutes, a poursuivi M. Augustine. La COVID-19 est dangereuse et importante, je sais, mais ceci est également important. Beaucoup de gens pourraient mourir ici, une seule mauvaise action pourrait être dévastatrice.

Ce sera un désastre international si ce n’est pas bien géré par le premier ministre, a affirmé le représentant de l’APN.

Le gouvernement dit privilégier la négociation

La ministre des Pêches et des Océans, Bernadette Jordan, n'a pas accordé d'entrevue, mais elle a expliqué cette semaine que son gouvernement privilégiait la négociation pour résoudre la question et fait une déclaration écrite vers 18 h, vendredi.

Bernadette Jordan, debout, prend la parole aux Communes.

Bernadette Jordan, ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, le 17 mai 2019.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

La priorité absolue de notre gouvernement est de veiller à la sécurité de toutes les personnes concernées, déclare Bernadette Jordan.

Il est impératif que toutes les parties - et le public - collaborent pour réduire les tensions sur l'eau, et au sein de nos communautés, ajoute-t-elle, après avoir rappelé que la participation à des manifestations pacifiques était une partie intégrante de notre démocratie.

J'invite les dirigeants des Premières Nations et de l'industrie à me rencontrer dès que possible. Il est d'une importance vitale que nous nous réunissions pour trouver la meilleure voie à suivre afin de parvenir à une résolution pacifique du problème se manifestant sur l'eau, écrit Mme Jordan.

Dominic LeBlanc assis devant des drapeaux du Canada.

Le ministre des Affaires gouvernementales, Dominic LeBlanc, le 18 septembre 2020 à Ottawa.

Photo : Radio-Canada

L’actuel ministre des Affaires gouvernementales, Dominic LeBlanc, a été interrogé au sujet du conflit actuel, vendredi à Ottawa. M. LeBlanc a été ministre des Pêches de 2016 à 2018.

L’idée de mélanger la pêche de subsistance avec une pêche commerciale, d’après nous, n’est pas très productive , a soutenu M. LeBlanc. Et nous allons nous assurer que tout le monde respecte la loi, y compris les pêcheurs commerciaux, comme les pêcheurs autochtones.

Tout le monde a l’obligation de respecter la loi , a-t-il poursuivi. Nous reconnaissons évidemment les droits constitutionnels des peuples autochtones à la pêche, que ce soit la pêche commerciale ou la pêche de subsistance. Cependant, les communautés autochtones ont aussi besoin de respecter la loi et les règlements en ce qui a trait à la conservation.

Tensions à Saulnierville vendredi matin

À Saulnierville, des bateaux de pêche naviguaient à l’entrée du port, vendredi matin.

Des dizaines de bateaux appartenant à des pêcheurs non autochtones se sont rassemblés très tôt devant le havre. Plusieurs d’entre eux ont ensuite entrepris de défiler un à un devant les bateaux de pêcheurs autochtones amarrés au quai.

Quatre personnes sur le quai font des gestes en direction des pêcheurs.

Quelques Autochtones lancent des invectives et des sarcasmes aux pêcheurs non autochtones qui défilent devant leur bateau dans le port de Saulnierville, vendredi matin.

Photo : Radio-Canada / Paul Légère

C’est un mouvement spontané local ici dans la baie Sainte-Marie. On est à peu près 80 bateaux. On a passé la nuit sur la baie Saint-Marie, raconte Luc LeBlanc, de l'Union des pêcheurs des Maritimes, en entrevue à l'émission Le réveil, d'ICI Acadie.

En fait, on n’est pas en train d’empêcher les Autochtones de pêcher. Notre préoccupation principale n’est pas avec les Autochtones. On appuie leur droit de pêche, il n’y a aucun problème. Le problème, c’est que le gouvernement refuse ou semble refuser d’intervenir dans le dossier et d’imposer une pêche réglementée, affirme Luc LeBlanc.

Quelques Autochtones rassemblés sur le quai ont lancé des invectives et des sarcasmes aux pêcheurs non autochtones qui passaient à proximité.

Des dizaines d'autres pêcheurs autochtones et non autochtones se sont aussi rassemblés au quai de Saulnierville, parfois en s'injuriant mutuellement.

Deux policiers marchent sur un quai.

Des policiers sont arrivés sur les lieux vers midi.

Photo : Radio-Canada / Paul Légère

Des membres de la Première Nation mi'kmaq de Sipekne'katik ont lancé, jeudi, une pêche au homard dont ils entendent exercer la gestion.

La communauté mi'kmaq affirme qu’il s’agit d’une pêche dite de subsistance, un droit que la Cour suprême du Canada avait confirmé dans le jugement Marshall en 1999. La décision Marshall reconnaissait aux Premières Nations le droit de pêche, de chasse et de cueillette pour s’assurer une subsistance convenable et gagner leur vie modérément grâce à la pêche, et non dans le but d’accumuler de la richesse.

Le flou qui entoure la définition d’une subsistance convenable, jamais précisée par la Cour suprême, est source fréquente de frictions dans les Maritimes depuis une vingtaine d’années.

Des pêcheurs non autochtones accusent les Autochtones de pratiquer une pêche illégale.

Ça fait quelques années que se passe une pêche qui est à l’extérieur de la saison commerciale. Je vous donne l'exemple d’ici, dans la baie Sainte-Marie, la saison commerciale commence au mois de novembre, alors qu’aujourd’hui même on a des activités de pêche considérables qui se passent hors saison. Les gars sont vraiment inquiets par rapport à la viabilité des stocks de homard dans la baie Sainte-Marie. C’est la préoccupation principale, explique Luc LeBlanc.

Le stock ne peut pas soutenir une pêche commerciale à longueur d’année et c’est pourquoi les saisons de pêche sont établies, ajoute-t-il.

Avec des renseignements d'Olivier Lefebvre, Paul Légère, Geneviève Normand, Nicolas Steinbach et de l'émission Le réveil Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador

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