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Projet Laurentia : double statut et confusion autour du bar rayé

En péril ou non, Pêches et Océans Canada maintient que le projet détruirait un important habitat de poisson dans la baie de Beauport.

Une douzaine de poissons nageant côte à côte

Le bar rayé du Saint-Laurent a actuellement deux statuts : un scientifique et l'autre légal.

Photo : CBC/Robert Short

Pêches et Océans Canada considère le bar rayé du fleuve Saint-Laurent « en rétablissement », le Comité sur les espèces en péril au Canada affirme plutôt qu'il a disparu. Devant le risque de détruire son habitat essentiel dans le cadre du projet d'expansion Laurentia, le Port de Québec invite à tenir compte de la deuxième option... qui n'a toutefois pas force de loi.

La situation actuelle peut porter à confusion puisque la population de bar rayé du Saint-Laurent a en effet deux statuts de notoriété publique, mais contradictoires. Le premier est de nature scientifique alors que le second est légal.

D'abord, quelques rappels historiques.

Disparu dans les années 60, le bar rayé a été réintroduit dans le Saint-Laurent au début des années 2000 grâce à un programme mis sur pied par le ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs. Les poissons réintroduits provenaient de la population de la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick.

Lors d'une première évaluation de son statut, en 2004, le bar réintroduit a été considéré comme faisant partie de la population d'origine du fleuve Saint-Laurent par le Comité sur les espèces en péril au Canada (COSEPAC). Même chose lors d'une seconde évaluation du comité, en 2012, après laquelle il lui a attribué le statut en voie de disparition.

Mais lors de sa plus récente réévaluation, en 2019, le COSEPAC a complètement changé d'approche. Affirmant corrigé une erreur du passé, il a été établi par les scientifiques qu'on ne peut plus prétendre que le bar réintroduit dans le fleuve constitue la population d'origine.

Ainsi, le bar rayé du fleuve Saint-Laurent a été désigné comme étant « disparu ».

Conséquemment, les bars rayés nageant actuellement entre Rivière-du-Loup et Montréal, y compris à la baie de Beauport, font partie d'une population distincte, toujours selon le comité. Le statut de cette population ne sera pas évalué avant 2022 par le COSEPAC.

La décision avait causé la surprise, alors que plusieurs experts, y compris ceux du gouvernement du Québec, s'attendaient à ce que le statut du bar rayé du Saint-Laurent s'améliore.

Un bar rayé du fleuve Saint-Laurent.

Le bar rayé du Saint-Laurent jouit actuellement de la protection de la Loi sur les espèces en péril.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Longs délais

En parallèle des travaux du COSEPAC, le gouvernement fédéral, seul à pouvoir légiférer en la matière, a placé la population de bar rayé du fleuve Saint-Laurent sous la Loi sur les espèces en péril, en 2011. Elle avait alors été classée sous le statut disparue au pays, se basant sur l'évaluation du COSEPAC... de 2004.

À la suite de l'évaluation du COSEPAC de 2012, il a encore fallu 7 ans au gouvernement fédéral avant d'attribuer le statut en voie de disparition. En fait, la mise à jour légale est arrivée à peine deux mois avant la volte-face scientifique qui a déclaré la population du Saint-Laurent éteinte.

À l'instar des deux précédentes recommandations du COSEPAC, il y a un délai entre l'évaluation de 2019 et la décision que prendra Pêches et Océans Canada. Selon les termes de la Loi sur les espèces en péril, [le Ministère] pourra soit accepter l’évaluation, la refuser, ou renvoyer le dossier au COSEPAC pour complément d’information ou réexamen, rappelle Barre Campbell, porte-parole chez Pêches et Océans Canada.

Dans les mois à venir, le ministre de l'Environnement et du Changement climatique publiera une déclaration sur le registre public des espèces en péril, ajoute M. Campbell. Cette déclaration détaillera les activités qui seront menées pour documenter les recommandations reçues, incluant les consultations, ainsi que les délais proposés.

En attendant, le statut légal demeure en voie de disparition aux yeux du gouvernement, y compris pour ses évaluations environnementales, dans lesquelles on considère que le bar rayé du fleuve Saint-Laurent existe toujours.

Ce statut implique entre autres, en vertu de la Loi sur les espèces en péril, la planification obligatoire du rétablissement de l’espèce, notamment l’identification et la protection de son habitat essentiel.

La baie de Beauport, lieu du projet d'expansion Laurentia du Port de Québec, fait partie de cet habitat pour la reproduction. C'est ce qui rend projet Laurentia si sensible pour le bar rayé.

La baie de Beauport

La baie de Beauport, aux yeux de Pêches et Océans Canada, est sans équivoque un habitat important pour la reproduction du bar rayé, mais aussi pour d'autres espèces.

Photo : Radio-Canada / Marc Andre Turgeon

Protégé, en péril ou non

Le Port de Québec, à la suite de la mise à jour du COSEPAC de novembre 2019, s'était prudemment réjoui du changement de statut proposé pour le bar. Invité à se prononcer cette semaine sur la confusion qui persiste entre le statut légal et scientifique, l'administration portuaire s'est montrée toute aussi prudente.

Nous avons bon espoir de trouver un terrain d'entente à partir de toutes les données scientifiques disponibles, autant [de Pêches et Océans Canada] que du COSEPAC, a déclaré Frédéric Lagacé, directeur Affaires publiques et Contenus stratégiques au Port de Québec.

L'administration portuaire a aussi confiance que l'Agence d'évaluation d'impact du Canada prendra en considération l'avis du COSEPAC dans son rapport provisoire sur le projet Laurentia, attendu au cours des prochaines semaines.

Mais quelle que ce soit la recommandation de l'Agence, Pêches et Océans Canada persiste et signe : en péril ou non, le bar rayé sera affecté considérablement par la construction d'un terminal de conteneurs en eau profonde.

La réalisation du projet Laurentia, telle que proposé, aura des impacts importants sur l’habitat du poisson, dans un secteur, qui d’un point de vue biologique et écologique, est très important pour des espèces sensibles.

Barre Campbell, porte-parole, Pêches et Océans Canada

Le Ministère relève que la Loi sur les pêches s'applique en tout temps et que des leviers s'y trouvent pour protéger la baie de Beauport comme habitat du poisson. Car outre le bar rayé, l'esturgeon jaune, l'esturgeon noir, l'éperlan arc-en-ciel et l'alose savoureuse subiraient des conséquences du projet, selon Pêches et Océans Canada.

Pascal Sirois, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi, abonde dans le même sens. Le Port doit proposer des solutions que Pêches et Océans Canada ne considèrent pas satisfaisantes dans l’état actuel du projet, dit-il.

Il admet cependant que retirer le statut en péril aurait des avantages pour le projet Laurentia. Si le bar rayé du Saint-Laurent est retiré de la Loi sur les espèces en péril, ce sera moins contraignant pour le Port.

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