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La pandémie a-t-elle enrichi votre vocabulaire?

Les nouvelles expressions nées de la pandémie se répandent aussi rapidement que le virus lui-même, notent des linguistes.

Un jeune homme porte un masque.

La langue est plus créative sur le plan lexical en temps de crise, observent les linguistes.

Photo : Radio-Canada / Alex Lamic

Vous savez comment conjuguer le verbe déconfiner, vous sourcillez en écoutant les arguments d’un covidiot ou vous craignez de devoir vous placer en quatorzaine? Après plus de six mois de pandémie, il semble que le virus ait « infecté » notre langage autant que nos vies transformées.

Rien n’était plus prévisible, disent les experts en linguistique, qui observent de quelle façon ces changements lexicaux répondent à différents besoins sociétaux, soit ceux de décrire, d’alléger et de tenter de contrôler une situation inusitée.

Phénomène social qui évolue au fil du temps, la langue s’adapte constamment au contexte dans lequel se trouvent ses locuteurs. Une nouvelle réalité nécessite la mise en place d'un lexique pour l'illustrer.

On ne crée pas de mot s’il n’y a pas de besoin, explique la sociolinguiste et professeure à l’Université de Montréal (UdeM) Julie Auger.

Des personnes, que l'on aperçoit à travers une fenêtre embuée par la pluie, portent un masque dans un autobus de Vancouver.

L'utilisation massive et répandue du mot ''pandémie'' constitue, en elle-même, un bouleversement dans le langage, souligne Mme Auger.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Surmonter la peur avec créativité et humour

Une société capable de nommer une chose le fait dans un effort subconscient de la contrôler, explique pour sa part le directeur du département de linguistique de l’Université Simon Fraser (SFU), Panayiotis Pappas.

Son mot favori de la pandémie : le quarantini, qui mélange quarantaine et martini.

Comme nous avons si peu de contrôle sur la pandémie, la capacité de l’insérer dans notre univers de concepts, et de le faire parfois avec humour, nous donne l'espoir que nous survivrons à cette période difficile.

La langue est ainsi plus créative sur le plan lexical en temps de crise, note Mme Auger. « Les gens ont eu peur, et une forte forme d’humour s’est répandue très rapidement pour essayer d’alléger un peu le sérieux de la situation. »

Jouer avec les mots, ça fait partie de ces mécanismes qu’on adopte [en temps de crise].

Julie Auger, sociolinguiste et professeure à l’Université de Montréal

Le mot covidiot notamment, répond au besoin de décrire un type de personne ou de comportement désapprouvés par une partie de la population. Le faire comme ça, en créant un terme à partir d’un mot qui est humoristique dans une certaine mesure, ça remplit plusieurs fonctions à la fois, dit Mme Auger.

Gros plan sur le visage d'une femme portant un masque.

Adapter la langue signifie qu'elle nous tient à coeur, qu'elle est bien vivante, se réjouissent les linguistes.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Les mots adoptés en pandémie survivront-ils?

Je gage que peu de gens savent que les expressions "être pointilleux" et "passer au peigne fin" sont nées de l’apparition des poux, dit Maite Taboada, chercheuse et professeure en linguistique à la SFU, à Vancouver.

Comme la pandémie de la COVID-19, les guerres, les révolutions technologiques, les crises sociales qui l’ont précédée ont apporté elles aussi leur lot de nouveaux termes. Certains d'entre eux, attachés à leur contexte particulier, sont rapidement devenus obsolètes, d’autres s’adapteront et survivront au fil du temps, disent les experts.

Je peux imaginer que covidiot survive avec un sens semblable à celui-ci, en faisant référence à un certain type d’idiots, de gens qui ont tendance à croire aux théories du complot ou qui remettent les autorités en question sans avoir de connaissances, avance Mme Auger.

Un homme marque le trottoir devant son commerce pour faciliter la distanciation physique.

Le terme « distanciation physique » a remplacé « distanciation sociale », employé au début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Une langue en constante évolution

Depuis six mois, le lexique de la pandémie est par ailleurs en constante transformation, observe le chercheur en linguistique Stefan Dollinger, de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

Il cite en exemple l’expression distanciation physique, que l’on a rapidement préférée à distanciation sociale, lorsqu’on a compris une chose : Nous souhaitions exprimer le fait d’être physiquement éloignés, mais socialement unis.

La description de la présente pandémie a elle-même subi des changements, notamment dans la presse francophone, où il a d'abord été question du virus, puis de la maladie.

La pandémie est ainsi passée d'une épidémie de « virus chinois » à celle du coronavirus, ou SRAS-CoV-2, puis à celle d'une maladie nommée « le COVID-19 » pour finir avec la COVID-19.

Une jeune femme regarde son cellulaire en marchant dans la rue.

Avec la technologie, en particulier l'utilisation des réseaux sociaux, les nouveaux mots peuvent devenir viraux rapidement.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Un phénomène viral

Bien que la création d’un nouveau vocabulaire en situation inédite ne soit pas nouvelle, la rapidité avec laquelle la technologie le propage fascine Panayiotis Pappas.

Avec les médias sociaux, la manière dont les choses sont écrites et peuvent être recherchées, c'est une période passionnante.

Panayiotis Pappas, directeur du département de linguistique de l’Université Simon Fraser

Les mots se répandent plus rapidement que le virus lui-même, reconnaît-il.

Quand il se passe quelque chose, surtout de nos jours, c’est couvert 24 heures, et on a accès à l’information, c’est une porte d’entrée vers un nouveau vocabulaire , renchérit Mme Auger.

Notre dossier COVID-19 : ce qu'il faut savoir

Des linguistes optimistes

L’apparition d’un nouveau vocabulaire est indéniable, dit M. Pappas. Il s’agit d’un changement important que nous constatons, et nous devons simplement attendre et voir quel en sera l’effet global.

Pour Julie Auger, de l'Université de Montréal, il y a de quoi se réjouir.

Cette créativité que l’on voit au Québec et dans la francophonie canadienne me rassure. Si la langue se portait mal, qu’elle ne nous tenait pas à cœur, on ne chercherait pas à créer de nouveaux mots, ou de les adapter pour discuter [et] rendre compte d’une nouvelle situation, dit-elle.

On arrive à adapter la langue française sans la dénaturer, et moi, je trouve ça beau, conclut-elle.

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