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Des centaines de médecins apportent leur soutien au Dr Ngola

Le doute plane sur la responsabilité du Dr Ngola dans une éclosion de COVID-19 dans le Restigouche.

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Jean-Robert Ngola est toujours ébranlé par les attaques racistes qu'il a subies.

Le docteur Jean Robert Ngola en août 2020.

Photo : Judy Trinh / CBC

Radio-Canada

Plus de 1500 médecins à travers le Canada ont écrit une lettre de soutien au Dr Jean Robert Ngola.

Quand j’ai reçu la lettre, j’étais si ému. J’étais en larmes, dit Jean Robert Ngola, rejoint à sa résidence de Louiseville, au Québec, où il pratique maintenant la médecine après avoir quitté le Nouveau-Brunswick.

La lettre de soutien fait cinq paragraphes. Elle est accompagnée d’une liste de signataires de neuf pages, d’une carte de vœux peinte à la main et d’un livre pour sa fille.

Les signataires sont des médecins de famille et des médecins spécialistes de toutes les provinces et territoires, à l’exception du Nunavut.

Un livre pour enfants, une carte de souhaits et une lettre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'envoi destiné au Dr Jean Robert Ngola.

Photo : CBC

Le doute plane sur la responsabilité du Dr Ngola

Le Dr Jean Robert Ngola, qui était médecin à Campbellton, avait été montré du doigt pour une éclosion de COVID-19 dans le nord du Nouveau-Brunswick en mai.

Une équipe du magazine d’enquête du réseau CBC, The Fifth Estate, a récemment retracé le voyage du Dr Ngola, qui a dû se rendre au Québec chercher sa fille âgée de 4 ans. L’examen plus approfondi de l’affaire et le traçage des contacts laissent penser que le Dr Ngola aurait été dépeint à tort comme le patient zéro de cette éclosion.

L’enquête relève que des dizaines de travailleurs de la santé passent régulièrement du Québec au Nouveau-Brunswick dans le Restigouche, et que plus de 20 % des patients des urgences de Campbellton sont des résidents du Québec.

Un homme en entrevue avec une femme

Cet été, Jean Robert Ngola a rencontré une équipe de CBC/Radio-Canada pour une première entrevue télévisée depuis le début de toute cette affaire.

Photo : Mia Sheldon/ CBC

Après avoir été accusé, le médecin s’est dit traumatisé par la façon dont il a été traité en mai et juin. Confiné dans sa maison avec sa fille, il s’était caché dans le sous-sol, a dû demander la protection de la police et a reçu une avalanche d’injures, dont plusieurs racistes.

Dans leur lettre de soutien au Dr Ngola, les spécialistes de la santé expriment leur chagrin que des personnes aient été victimes du coronavirus dans la région du Restigouche. Une quarantaine de personnes sont tombées malades et deux patients sont décédés.

Ils déplorent toutefois que le Dr Ngola ait été montré du doigt par le public et les médias, avant que les allégations formulées contre lui initialement soient examinées d’une manière appropriée.

Une lettre écrite à l'ordinateur adressée au docteur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'envoi qu'a reçu le Dr Jean Robert Ngola.

Photo : CBC

Les signataires disent avoir ressenti une colère, un inconfort et une frustration considérable en constatant les représailles dirigées contre le Dr Ngola, après qu’il eut été identifié publiquement.

Ce dont le médecin a été victime était injuste, désobligeant et déshumanisant, estiment-ils. Ils disent croire fermement qu’une combinaison de racisme systémique et de stigmatisation des malades de la COVID-19 a contribué au salissage public de la réputation du docteur.

Le voyage du Dr Ngola

Au début mai, Jean Robert Ngola a dû se rendre au Québec chercher sa fille âgée de 4 ans, son ex-conjointe devant quitter le pays d’urgence pour des funérailles.

Il a conduit de Campbellton à Montréal, et est retourné au Nouveau-Brunswick avec sa fille le lendemain. Aucune des quelques personnes qu’il a croisées au Québec n’a contracté la COVID-19.

Le médecin ne faisait que des consultations virtuelles à sa clinique de Campbellton. Il croit avoir contracté le virus alors qu’il travaillait aux urgences.

Le Dr Ngola dit avoir contacté la GRC et le ministère provincial de la Santé publique avant son départ. On lui aurait dit qu’il n’avait pas besoin de s’isoler 14 jours en revenant au Nouveau-Brunswick, puisqu’il est médecin, donc travailleur essentiel.

Danusha Forster dehors devant une haie de cèdres.

La Dre Danusha Forster.

Photo : CBC

Le Dr Ngola aurait pu être n’importe lequel d’entre nous, déclare la Dre Danusha Forster, une médecin de famille en Ontario qui a signé la carte de vœux adressée au médecin canadien d’origine congolaise.

Certains médecins, rapporte-t-elle, étaient d’abord réticents à l'idée de prendre position, craignant que le fait de démontrer publiquement leur soutien à M. Ngola ne laisse penser qu’ils ne prenaient pas au sérieux les consignes de santé publique, mais ils ont été révoltés du traitement réservé au docteur et des injures racistes dirigées contre lui.

Une carte ouverte. On peut lire le message manuscrit à l'encre bleue adressé au docteur Ngola.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le message rédigé par la Dre Danusha Forster et adressé au Dr Jean Robert Ngola.

Photo : CBC

Je ne peux pas déterminer s’il a ou non désobéi à la santé publique. Ce que je voulais, c’était de dire que les attaques contre sa personne sont inacceptables, a déclaré la Dre Forster.

Une enquête demandée

Les signataires de la lettre plaident aussi pour une enquête sur l’atteinte à la vie privée dont le médecin aurait été victime. Ils veulent savoir pourquoi les détails sur l’identité du Dr Ngola ont circulé à travers les réseaux sociaux une heure seulement après qu’il eut reçu le résultat, positif, de son test de dépistage de la COVID-19.

La semaine dernière, Me Joël Etienne, l’avocat du Dr Ngola, a d’ailleurs écrit au procureur de la Couronne du Nouveau-Brunswick et a demandé une enquête criminelle sur la façon dont le médecin a été traité.

Dans les jours qui ont suivi l’éclosion dans la région du Restigouche, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, avait qualifié le médecin d’individu irresponsable ne s’étant pas placé en quarantaine au retour d’un bref séjour au Québec.

Joël Étienne

L'avocat Joël Étienne a accusé le premier ministre du Nouveau-Brunswick d'entretenir une frénésie publique.

Photo : Radio-Canada

En juin, le Dr Ngola a réclamé des excuses de M. Higgs. Son avocat, Me Etienne, a accusé le premier ministre d’avoir nourri une frénésie publique et d’avoir orchestré un stratagème politique pour enflammer les partisans.

Blaine Higgs refuse toujours de s’excuser auprès de Jean Robert Ngola.

La GRC avait même lancé une enquête afin de déterminer si le Dr Ngola avait une responsabilité criminelle dans cette affaire, mais n’a pas déposé d’accusation.

La Société médicale du Nouveau-Brunswick a écrit dans une déclaration à Radio-Canada qu’elle est préoccupée par cette polémique.

Toute personne a droit à la protection de son dossier médical, y compris les professionnels de la santé, a rappelé le Dr Chris Goodyear, président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

Le résultat de cette violation de la vie privée a suscité des inquiétudes quant à la sécurité du Dr Ngola et de sa famille et a créé un sentiment d'anxiété et de peur accru chez les médecins en pleine pandémie. Nous accorderions notre appui à une enquête et à la diffusion des faits dans cette affaire, a écrit le Dr Goodyear.

Le Restigouche a perdu quatre médecins

Depuis juin, quatre médecins de famille, y compris le Dr Ngola, ont quitté la région de Campbellton. À lui seul, le départ de M. Ngola, qui y pratiquait depuis huit ans, a laissé 2000 patients sans médecin.

Au Nouveau-Brunswick, plus de la moitié des médecins du Réseau de santé Vitalité ont été formés à l’étranger. Plusieurs font partie de minorités visibles.

La mairesse de Campbellton, Stephanie Angelhart-Paulin, redoute que la manière dont le Dr Ngola a été traité affecte négativement les efforts de recrutement de Vitalité, à un moment où une pénurie de médecins se fait ressentir au Nouveau-Brunswick. Elle rappelle que la moyenne d’âge est de 54 ans dans la ville de quelque 7000 habitants.

Avec les informations de CBC

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