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COVID-19 : six mois après le début de la pandémie, des travailleurs essentiels témoignent

Deux femmes qui portent un masque passent devant une murale dédiée aux travailleurs essentiels.

Cette murale du centre-ville de Toronto remercie les travailleurs de première ligne, qui regroupent les travailleurs médicaux, les camionneurs, les services de transport en commun, de taxi et de covoiturage, et les travailleurs dans les épiceries, par exemple.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Nicolas Haddad

Le 17 mars dernier, tout changeait pour des millions de Canadiens. Le pays déplorait 8 décès liés à la COVID-19, et près de 600 cas étaient confirmés partout au Canada.

En décrétant l'état d'urgence sanitaire, Doug Ford ordonnait la fermeture immédiate de plusieurs lieux publics en Ontario, pendant que le premier ministre Justin Trudeau annonçait la fermeture quasi complète des frontières canadiennes.

Mais pour Françoise Jacob, une infirmière en soins de santé primaires de Mississauga, c’était le début de six mois de travail intense, d’adaptation et de réapprentissage.

Ça a été un choc au début, mais après il y a eu beaucoup de réajustements, explique-t-elle.

Portrait photo de Françoise Jacob

Comme de nombreux travailleurs de la santé, l'infirmière Françoise Jacob n'a pas ralenti le rythme depuis le 17 mars.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Haddad

En quelques semaines, voire quelques jours, l’Équipe de santé familiale de Credit Valley a dû réviser ses techniques de nettoyage, l’offre de soins virtuels, la communication interne et avec les clients, et surtout la gestion de ses stocks d'équipement de protection individuelle.

Selon cette infirmière qui offre des soins, avec son équipe, à une clientèle de 8000 patients, la pandémie a bouleversé la vie familiale. Si son mari travaillait à la maison à temps plein, il a aussi dû assumer la totalité de la charge de la garde des enfants.

Ça a été beaucoup de travail pour mon conjoint.

Françoise Jacob, infirmière en soins de santé primaires

Ils ont 10 et 8 ans, donc ils avaient une certaine compréhension, explique Mme Jacob au sujet de ses enfants, en précisant qu’il a fallu négocier avec les petits pour qu'ils comprennent pourquoi la vie et le travail devaient continuer, même si la famille était isolée à la maison.

Mais certains de ses collègues n’ont pas été si chanceux. Pour ceux qui avaient des plus jeunes, ça a été très difficile, surtout les enfants qui n’allaient pas à l'école, indique-t-elle.

Un traitement inégal pour les travailleurs essentiels

Un cycliste passe devant une murale où il est écrit "merci aux travailleurs de première ligne".

Un cycliste passe devant une murale où il est écrit « merci aux travailleurs de première ligne ». (archives)

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

L’infirmière Françoise Jacob raconte que ses clients et les membres du public étaient nombreux à la remercier pour ses efforts en tant que travailleuse de première ligne. Mais tous les travailleurs essentiels n’ont pas nécessairement eu le même traitement.

Selon Félix Bourget, un commis dans une épicerie du centre-ville de Toronto, les clients perdaient un peu patience et ils se plaignaient de n’importe quoi.

Progressivement, ça devenait progressivement pire. Le monde paniquait.

Félix Bourget, commis d’épicerie et travailleur essentiel

Tout en terminant ses études secondaires en ligne, il multipliait les heures de travail pour répondre aux demandes croissantes de l’épicerie, où, soucieux de leur santé, plusieurs commis plus âgés avaient démissionné aux premières semaines de la pandémie.

Félix Bourget parle au journaliste.

Au sommet de la pandémie, Félix Bourget travaillait plus de 40 heures par semaine comme commis d'épicerie tout en terminant ses études de secondaire en ligne.

Photo : Radio-Canada / Mateo Garcia-Tremblay

Mais très peu de clients auraient songé à remercier ce jeune homme dans les six derniers mois. Une ou deux personnes m’ont dit merci, that's it. Moi, ça ne me dérange pas trop, je fais ma job, dit-il en haussant les épaules.

J'aide le monde en gardant les épiceries stockées, en continuant mon travail, estime-t-il, alors que même ses parents lui faisaient souvent part de leur inquiétude parce qu’il était en contact avec des centaines de personnes chaque jour.

Des étagères vides dans une épicerie de Colombie-Britannique.

Dans les premières semaines de la pandémie, des Canadiens ont pris d'assaut de nombreuses épiceries. (archives)

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Même s’il est sans regret, le jeune homme croit qu’il a été mal payé considérant les risques qu'il a pris dans le cadre d’une pandémie, notamment quand il livrait l'épicerie au domicile de clients.

Une prime COVID de deux dollars supplémentaires par heure avait été offerte aux employés de Metro et de Loblaw dans les premiers mois de la pandémie, mais elle a été retirée au mois de juin.

La flexibilité comme outil de survie pour une entreprise

Le 23 mars, le gouvernement ontarien avait désigné les restaurants et autres installations alimentaires qui préparent et servent de la nourriture [...] pour la livraison ou à emporter comme un service essentiel.

C’est ce qui a permis à Martine Bauer, la chef et copropriétaire du restaurant Pompette à Toronto, de réviser son modèle d’affaires afin de pouvoir ouvrir le restaurant qu’elle tentait de monter avec ses partenaires depuis deux ans.

Martine Bauer en entrevue avec le journaliste.

La chef et copropriétaire du restaurant Pompette, Martine Bauer, est fière d'avoir été capable d'ouvrir son restaurant pendant la pandémie de COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Dans les premiers mois de la pandémie, ce qui devait être un restaurant français a fait ses débuts comme un comptoir à emporter, et ça avait bien marché.

Vente de vin, de pain, de terrines et de tartinades : Martine et ses collègues ont répondu aux demandes du marché torontois avec flexibilité – une philosophie que l'équipe a conservée.

Aujourd’hui, on ne planifie plus, on s’adapte.

Martine Bauer, chef et copropriétaire, Pompette

Cette approche plus improvisée a permis aux propriétaires du restaurant d’aller de l’avant avec leur ouverture alors que 60 % des restaurants canadiens envisagent de mettre la clé sous la porte.

Dès qu'il faut changer quelque chose, on le fait, indique Mme Bauer.

Ouvrir en pleine pandémie a même permis à l’équipe de gestion du restaurant de mieux composer avec les exigences du gouvernement provincial.

Des gens attablés dans un café sont séparés par un plexiglas.

Des restaurants ont dû recourir au plexiglas pour respecter les règles de la santé publique. (archives)

Photo : AFP / Getty Images / Miguel Medina

On a pu mettre en place les choses que le gouvernement demandait : la distanciation sociale, le hand sanitizing, les deux portes, une pour l’entrée et une pour la sortie, cite en exemple la chef de Pompette, qui estime que c'est plus difficile pour les gens qui sont déjà installés de changer ces choses.

Malgré le spectre d’une deuxième vague de COVID-19 à l’horizon, la copropriétaire du restaurant estime que les mauvaises habitudes des clients ont réapparu dans les dernières semaines. Ils seraient de plus en plus nombreux à faire des réservations à son restaurant et à ne pas se présenter ni appeler pour signaler une annulation, ce qui coûte très cher au restaurant qui a ouvert ses portes aux clients à la fin juin, selon la chef.

Au début, on avait l'impression que les gens qui venaient au restaurant venaient pour donner leur soutien, et petit à petit on s'est rendu compte que les gens ont perdu cette optique de se dire qu'on est toujours en pandémie.

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