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Trump contredit le directeur des CDC sur les vaccins et les masques

Le Dr Robert Redfield s'adresse aux sénateurs en tenant un masque à la hauteur de son visage.

Le Dr Robert Redfield a comparu devant les membres d'un sous-comité sénatorial sur le travail, la santé et les services sociaux.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Le président Donald Trump a publiquement rappelé à l'ordre, mercredi, le directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), Robert Redfield, affirmant qu'il s'était trompé non pas une fois, mais à deux reprises sur des enjeux liés à la lutte contre le coronavirus lors de sa comparution devant des élus.

L'ensemble de la population américaine aura accès à un vaccin contre la COVID-19 très bientôt, a assuré le président américain, contredisant les prévisions beaucoup plus prudentes avancées quelques heures plus tôt par le Dr Redfield.

Devant un comité sénatorial, ce dernier, qui est l'un des scientifiques membres du groupe de travail de la Maison-Blanche sur le coronavirus, a notamment dit s'attendre à ce qu'un vaccin soit disponible en novembre ou en décembre de cette année, précisant que la distribution de doses serait initialement très limitée. Les personnes les plus à risque seront les premières à le recevoir, a-t-il spécifié.

Pour que le vaccin soit ensuite disponible pour l'ensemble de la population américaine, si l'objectif initial est atteint, il faudra – au plus tôt – attendre à l'été, voire au début de l'automne 2021, a-t-il ensuite précisé.

Quelques heures plus tard, le président, qui martèle depuis plusieurs jours qu'il pourrait y avoir un vaccin avant l'élection du 3 novembre, a ouvertement contredit le scientifique.

Je pense qu'il s'est trompé [...] C'est de l'information incorrecte. Je crois qu'il était confus.

Donald Trump

Même si les propos du Dr Redfield étaient sans équivoque, Donald Trump a affirmé qu'il avait peut-être mal compris la question et ajouté qu'il ne connaissait peut-être pas le processus de distribution des vaccins aussi bien que lui. La distribution sera très rapide, a-t-il promis.

Nous sommes prêts. Nos militaires et les autres responsables sont prêts à agir. Nous pensons que cela pourrait même commencer dès octobre. Sans doute novembre ou décembre, au plus tard, a-t-il soutenu.

Plusieurs experts contredisent pour leur part les prédictions optimistes du président Trump, et ses adversaires craignent qu'il tente de précipiter le processus d'autorisation et de distribution d'un vaccin afin de favoriser sa réélection.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a elle aussi déjà signalé que les vaccinations à grande échelle contre la COVID-19 ne devraient pas commencer avant le milieu de l'an prochain, insistant sur l'importance d'un contrôle rigoureux de l'efficacité et de l'innocuité des nombreux vaccins actuellement en développement.

Quand un vaccin efficace contre le coronavirus sera disponible, il faudra probablement six à neuf mois avant qu'il soit administré à un nombre suffisant d'Américains pour que cela ait un effet significatif sur la pandémie, a indiqué le Dr Redfield.

Le retour à une vie normale sera probablement envisageable vers la fin du deuxième trimestre, le troisième trimestre 2021, a-t-il déclaré.

Le mois dernier, le directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses, le Dr Anthony Fauci, a dit que les scientifiques espéraient un vaccin qui aurait un taux d'efficacité de 75 %.

La Food and Drug Administration (FDA), qui autorise notamment la commercialisation des médicaments, a indiqué qu'elle autoriserait un vaccin contre le SRAS-CoV-2 s'il était sûr et efficace à au moins 50 %.

Plusieurs compagnies, dont les américaines Johnson & Johnson et Pfizer, la française Sanofi Pasteur, la chinoise Sinopharm et la québécoise Medicago, sont lancées dans la course au vaccin. AstraZeneca et l'université britannique Oxford ont repris cette semaine leurs essais, qu'elles avaient dû suspendre après l'apparition d'une maladie potentiellement inexpliquée chez un participant.

La Russie a pour sa part approuvé un vaccin, qui est déjà offert à des volontaires, sans terminer tous les tests cliniques.

Les masques de la discorde

Donald Trump, au podium, regarde un de ses conseillers pendant sa conférence de presse à la Maison-Blanche.

Donald Trump a tenu une nouvelle conférence de presse au cours de laquelle il a parlé du coronavirus.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Après avoir contesté la date de disponibilité des vaccins avancée par le Dr Redfield, le président Trump l'a également contredit sur la protection offerte par le port du masque.

Tenant un masque, le Dr Redfield soulignait pour les élus les limites des vaccins, expliquant qu'ils ne seraient pas efficaces pour tous.

Je pourrais même dire que les garanties que ce masque facial me protège contre la COVID sont plus grandes que celles d'un vaccin que je recevrais, car l'immunogénicité [la capacité d'un vaccin à provoquer une réponse immunitaire] pourrait être de 70 %, a-t-il expliqué.

Si je ne développe pas de réponse immunitaire, le vaccin ne me protégera pas. Ce masque facial, lui, oui.

Robert Redfield, directeur des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies

Il a fait une erreur, a tranché le président. Lorsque j'ai appelé Robert aujourd'hui, je lui ai dit : "C'est quoi, [cette réponse sur] les masques?" Il m'a répondu : "Je crois que j'ai répondu à cette question incorrectement".

Le masque n'est pas aussi important que le vaccin. Le masque, peut-être, aide, a argué Donald Trump. J'espère que le vaccin sera beaucoup plus bénéfique que les masques.

Pendant sa comparution devant le comité sénatorial, le Dr Redfield a pourtant martelé l'importance des couvre-visage et de la distanciation sociale pour freiner efficacement la propagation du coronavirus. Si le port du masque était généralisé, la pandémie pourrait être contrôlée en quelques semaines, a-t-il estimé, plaidant notamment auprès des jeunes de 18 à 25 ans.

Donald Trump s'est en outre dit surpris de voir son rival démocrate, Joe Biden, porter un masque quand il est en compagnie de personnes qui sont loin de lui. Joe se sent en sécurité avec un masque. Je ne sais pas, c’est peut-être parce qu’il ne veut pas exposer son visage, je ne sais pas ce qui se passe.

Le président s'est montré publiquement avec un masque une seule fois et a même ridiculisé certains de ses adversaires ou des journalistes qui en portent un.

Le message du président, qui n'est pas nouveau, a été lancé au lendemain d'une assemblée citoyenne à laquelle il participait et au cours de laquelle il a semblé mettre en doute l'efficacité du masque.

Il a cependant voulu se montrer rassurant. Tout va bien se passer, c'est en train de disparaître. Et cela disparaîtra encore beaucoup plus vite avec le vaccin. Ça disparaîtrait sans le vaccin, a-t-il assuré, évoquant une immunité mentale, mais faisant vraisemblablement référence à une immunité de groupe.

Donald Trump a admis dès l'hiver, au cours d'entrevues avec Bob Woodward, qu'il savait que le virus était mortel et pire que la grippe, et qu’il minimisait la situation, a révélé le légendaire journaliste d'enquête dans son nouveau livre, Rage, officiellement sorti il y a quelques jours. Au lendemain de la publication dans des médias d'extraits du livre, le président a cependant nié avoir induit les Américains en erreur lorsqu'il parlait de la pandémie.

Biden : « Je ne fais pas confiance à Donald Trump »

Joe Biden, la main levée et pliée s'adresse aux journalistes devant un écran où on voit les mots « Biden pour président », « point de presse sur la COVID » et « Biden-Harris ».

Joe Biden a consacré son allocution à la pandémie.

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

Les Américains ne devraient se fier à un vaccin contre le coronavirus développé sous l'administration Trump que si le président donne des réponses honnêtes aux questions concernant sa sécurité, son efficacité et sa distribution, a averti Joe Biden à l'issue d'une réunion avec des experts en santé publique.

Les percées scientifiques ne se soucient pas plus des calendriers que le virus. Elles n'adhèrent certainement pas aux cycles électoraux. Et leur calendrier, leur approbation et leur distribution ne devraient jamais, jamais être faussés par des considérations politiques; ils devraient être déterminés par la science et la sécurité uniquement, a lancé le candidat à la présidence démocrate au cours de son discours à Wilmington, au Delaware.

Il a tout de même dit faire plus confiance que jamais au pouvoir de la science pour développer un vaccin.

Je fais confiance aux vaccins. Je fais confiance aux scientifiques. Mais je ne fais pas confiance à Donald Trump, et, à ce stade, le peuple américain ne peut pas non plus [lui faire confiance].

Joe Biden

L'ancien vice-président a en outre tourné en dérision une critique de son rival, qui lui a reproché au cours de l'émission d'ABC News d'avoir échoué à implanter le port obligatoire du masque à l'échelle nationale. Je ne suis pas le président. C'est lui le président, a-t-il souligné en riant.

Il a par ailleurs accusé le président de sous-estimer l'importance du port du masque pour ralentir la propagation du virus, évoquant des modèles qui montrent une augmentation du nombre de cas de coronavirus en novembre.

Les États-Unis recensent plus de 6,6 millions de cas et tout près de 196 000 morts, selon le site Wordometers.

Avec les informations de Washington Post, et CNBC

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