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L’opposition accuse le fédéral d’ignorer la question de la pêche autochtone « illégale »

L'accès au bureau de de Pêches et Océans Canada à Meteghan est obstrué par des dizaines de casiers à homard.

Les pêcheurs commerciaux ont déchargé des casiers à homard devant les bureaux de Pêches et Océans Canada, à Meteghan en Nouvelle-Écosse, le 15 septembre 2020.

Photo : @SamathaLeblanc/Facebook

Radio-Canada

Deux députés conservateurs des provinces maritimes accusent le gouvernement fédéral d’ignorer ce qu’ils décrivent comme une « pêche au homard illégale » qui serait, selon des pêcheurs commerciaux, exercée par les Premières Nations à la baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse.

À l’aube mardi, des pêcheurs commerciaux ont manifesté à Saulnierville, Weymouth et Meteghan, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. À ce dernier endroit, ils ont déchargé des casiers à homard devant les bureaux de Pêches et Océans Canada pour exprimer leur insatisfaction.

Deux députés du Parti conservateur accusent Bernadette Jordan, la ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne (MPO), d’inaction.

Hier, alors que vous étiez à Ottawa avec vos collègues du Cabinet, plus de 1000 pêcheurs en Nouvelle-Écosse manifestaient contre votre refus de vous occuper du problème de la pêche au homard illégale, écrivent mercredi, dans une lettre à la ministre, Chris d’Entremont, député de Nova-Ouest en Nouvelle-Écosse, et Richard Bragdon, député de Tobique–Mactaquac au Nouveau-Brunswick.

M. d’Entremont est le porte-parole de l’opposition en matière d’affaires intergouvernementales et au sujet de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA).

Chris d'Entremont, candidat du Parti conservateur du Canada dans Nova-Ouest.

Chris d'Entremont, député conservateur de Nova-Ouest (archives).

Photo : Radio-Canada

Pêche de subsistance et tensions de longue date

Les deux députés fédéraux évoquent dans leur lettre la réconciliation avec les peuples autochtones et vilipendent la ministre pour la façon dont elle s’y consacre. [L]a manière lamentable dont vous gérez cette question détruit des décennies de relations construites depuis la décision Marshall et mine l’important dialogue qui devrait avoir lieu, affirment-ils.

Ils font référence à l’arrêt Marshall, une décision de la Cour suprême du Canada qui, en 1999, reconnaissait aux Premières Nations le droit de pêche, de chasse et de cueillette pour s’assurer une subsistance convenable et gagner leur vie modérément grâce à la pêche, et non dans le but d’accumuler de la richesse.

La définition de subsistance convenable, laissée imprécise par la Cour, est parfois source de tensions depuis plus de 20 ans dans les Maritimes.

Des pêcheurs non autochtones affirment que la pêche de subsistance serait parfois utilisée comme excuse pour cacher des captures commerciales effectuées hors des saisons de pêche.

Votre refus de vous occuper de ce grave problème indique clairement que vous n’allez pas prendre les mesures nécessaires pour soutenir nos communautés côtières, lancent les deux députés conservateurs néo-écossais à Bernadette Jordan, qui est députée libérale de South Shore–St. Margarets en Nouvelle-Écosse.

Inquiets pour la sécurité des pêcheurs impliqués

Chris d’Entremont et Richard Bragdon somment la ministre Jordan de se rendre immédiatement dans la circonscription de Nova-Ouest, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, pour rencontrer les pêcheurs et entreprendre en priorité des négociations avec les Mi'kmaq de la région.

Les députés craignent que la situation ne s’envenime et estiment que la ministre fédérale a la responsabilité d’intervenir pour désamorcer la situation actuelle.

Nous nous préoccupons grandement de la sécurité de nos citoyens et, si quelqu’un subit des préjudices, nous vous en tiendrons personnellement responsable, soutiennent MM. d’Entremont et Bragdon.

Un empilement de casiers à homard sur le quai de Saulnierville avec des panneaux décrivant les griefs des pêcheurs commerciaux.

Une affiche expliquant les récriminations des pêcheurs commerciaux est affichée au quai de Saulnierville, en Nouvelle-Écosse, le 15 septembre 2020.

Photo : CBC / Paul Withers

En entrevue mercredi matin à la radio de CBC à Halifax, le chef de la Première Nation de Sipekne'katik, Mike Sack, affirme que les récentes manifestations des pêcheurs commerciaux ont été perçues par sa communauté comme une tactique pour faire peur aux Mi'kmaq.

Nous n'avons aucun problème avec la pêche commerciale. Nous essayons simplement de définir ce qu'est une subsistance modérée, afin que notre peuple puisse se sortir de la pauvreté. Les pêcheurs commerciaux semblent le "prendre personnel" et interfèrent avec notre droit de pêcher.

Mike Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik

Il a indiqué que la communauté distribuait à ses membres ses propres permis de pêche au homard pour pratiquer la pêche de subsistance.

Nous n'avons pas beaucoup de permis dans notre communauté, a dit M. Sack. Seulement 50 casiers par permis. Nous n'aurons pas beaucoup de casiers à l'eau et nous espérons que le MPO protégera nos gens et nous laissera pêcher.

Michael Sack.

Michael Sack, chef de la Première Nation de Sipekne'katik (Archives).

Photo : Courtoisie de Michael Sack

Mike Sack ne pouvait dire exactement combien de permis seraient distribués. Il a aussi indiqué que la Première Nation avait formé des gardiens pour gérer les activités de pêche.

Nous avons nos propres bateaux qui seront utilisés pour effectuer des sorties, contrôler les captures et s'assurer que tout le monde suit les règles, dit-il.

Le chef Mike Sack a reconnu que la notion de pêche de subsistance demeure floue depuis le jugement Marshall de la Cour suprême en 1999. Nous avons, dans le passé, souhaité que le gouvernement travaille avec nous pour définir cette subsistance, mais cela ne s'est pas produit. Alors nous prenons les mesures pour la définir nous-mêmes.

Ottawa privilégie les négociations

La ministre Bernadette Jordan dit être préoccupée par les tensions dans les pêches en Nouvelle-Écosse. Son gouvernement, assure-t-elle, cherche à poursuivre le travail avec les Premières Nations pour mettre en oeuvre leur droit de chasser, de pêcher et de cueillir pour assurer un moyen de subsistance convenable en vertu de la décision Marshall.

Le Canada est prêt à travailler avec les Premières Nations dans le cadre du processus des ententes de réconciliation et de reconnaissance des droits de pêche pour mettre en œuvre ce droit. Ces négociations se déroulent de nation à nation, de gouvernement à gouvernement et se poursuivront de cette façon, affirme Bernadette Jordan, dans une déclaration écrite envoyée à Radio-Canada.

Je suis en communication avec les dirigeants des Premières Nations pour trouver une voie de collaboration pour revenir à la table des négociations. La mise en œuvre de la décision Marshall est essentielle au travail de réconciliation et c'est une priorité de notre gouvernement, dit-elle.

Bernadette Jordan à l'extérieur devant un micro, vêtue d'un manteau d'hiver.

Bernadette Jordan, ministre fédérale des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne, le 14 janvier 2019.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La ministre ajoute que la pêche commerciale effectuée hors de la saison commerciale demeure illégale et que le ministère des Pêches et des Océans continue de s’y attaquer.

Même si nous devons continuer à faire respecter la loi, nous croyons fermement que la négociation est préférable aux litiges. Ces questions sont de longue date, complexes et profondément personnelles pour toutes les parties concernées. La meilleure façon de les résoudre est d'avoir un dialogue respectueux et collaboratif, souligne Bernadette Jordan.

Avec les informations de CBC

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