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Une file de voitures en attente pour traverser un pont.

Les travaux en cours ont créé un embouteillage à la sortie de l'île de Lamèque, l'hiver dernier.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Michelle LeBlanc

[ANALYSE] Le 12 septembre 2020, deux jours avant l’élection, le premier ministre sortant Blaine Higgs se rend à Shippagan, dans une dernière tournée de la campagne électorale. Avec son candidat local à ses côtés, il affirme aux journalistes présents qu’il n’a jamais promis de nouveau pont pour relier Shippagan et l’île Lamèque.

Le message est clair : il ne va pas promettre des dépenses coûteuses pour remporter des élections. Son candidat Jean-Gérard Chiasson n’avait pas prévu cette balle courbe. C’est très difficile à comprendre, parce que je vais vous le dire honnêtement, moi, le pont, je le veux, a-t-il lâché.

Jean-Gérard Chiasson, en compagnie de Blaine Higgs

Jean-Gérard Chiasson, en compagnie de Blaine Higgs

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

M. Chiasson sait bien que le pont de Shippagan, ce n’est pas un joujou cher, une extravagance inutile. C’est un lien qui, trop souvent, paralyse sa circonscription. Et les gens de Shippagan-Lamèque-Miscou le savent, eux qui ont été coincés dans le trafic à maintes reprises, incapables de se rendre travailler, de récupérer leur enfant à la garderie ou encore d’aller à un rendez-vous médical. Le pont de Shippagan, c’est le seul lien avec la terre ferme.

Au lendemain de l’élection – alors que la province est plus divisée que jamais – l’image est forte. Au delà du pont de Shippagan, qui construira les ponts entre le Nord francophone et le Sud anglophone? Blaine Higgs – à l’image du pont qu’il ne veut pas remplacer – ne semble pas intéressé par un électorat qui n’a pas voulu de lui.

Ce n’est pas moi qui n’ai pas voulu du Nord, c’est le Nord qui n’a pas voulu de moi, a-t-il dit aux médias anglophones. Il a même rajouté une couche en disant qu’un abat-jour libéral se présenterait comme député dans certaines régions du Nord qu’il serait élu.

La pancarte indique que le pont est fermé  entre 12h30 AM et 5h30 AM, pour le mois d'octobre.

Le pont entre Lamèque et Shippagan a plus de 60 ans.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Bernier

Bref, des déclarations incendiaires qui démontrent non seulement sa méconnaissance des Acadiens – qui ont maintes fois appuyé les progressistes-conservateurs – mais aussi son désintérêt et son incompréhension du Nouveau-Brunswick francophone. Les francophones ne demandent pas un traitement de faveur : ils demandent d’être traités équitablement, en tenant compte de leur différence.

Qui fera le premier pas?

Blaine Higgs et ses progressistes-conservateurs ont maintenant le chemin libre pour mener à bien les réformes qu’ils veulent entamer. Si le premier ministre est authentique dans sa volonté de traiter toutes les régions de la province équitablement, comme il l’a dit dans son discours de la victoire, il ne fera pas souffrir une région qui n’a pas voté pour lui.

Il évaluera les projets à leur juste valeur – en acceptant que les priorités des francophones ne sont pas nécessairement les mêmes que celles des anglophones et que les priorités des régions rurales ne sont pas nécessairement les mêmes que celles des régions urbaines.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, dans son bureau qui regarde une caméra.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, le 15 septembre 2020.

Photo : Radio-Canada

Au lieu d’accuser les libéraux d’avoir entaché son image en ressortant son passé au sein du parti CoR dans les années 90, qui ne voulait pas d’une province bilingue, Blaine Higgs devrait se poser la question : pourquoi cette image lui colle-t-elle encore à la peau? Ses connivences avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick pendant les deux ans de sa minorité ont heurté bien des francophones. Sa promesse brisée d’apprendre le français y est aussi pour quelque chose.

Des progressistes-conservateurs économiques et sociaux, dans les régions acadiennes, ça existe. Demandez-le à Bernard Valcourt, à Jeannot Volpé ou à Rose-May Poirier. Mais encore faut-il un message plus attirant que d’être présent à la table.

L’élection est passée. Personne ne sortira gagnant de jeter de l’huile sur le feu.

Un pont, ça se bâtit plus rapidement si le travail s’amorce sur les deux rives en même temps.

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