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Relance de l’économie : « Il ne faut jamais manquer une bonne crise! »

Dans une semaine, le discours du Trône donnera l’occasion au gouvernement Trudeau de présenter sa vision d’avenir pour l’économie canadienne. Ailleurs dans le monde, d’ambitieux plans de relance misant sur une transition verte et sur l’économie numérique sont déjà en marche.

Angela Merkel et Emmanuel Macron portent le masque.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron.

Photo : Reuters / POOL

Quelles recettes pourraient inspirer le Canada? Tour d’horizon dans trois pays.

Le Big Bazooka allemand

En Europe, l’Allemagne a ouvert la voie en juin avec un plan de relance de 130 milliards d’euros (202,2 milliards de dollars canadiens) pour 2020-2021.

Notre ministre des Finances, qui est un homme très sobre et qui choisit bien ses mots, l’a appelé le grand canon (Big Bazooka), explique Sabine Sparwasser, ambassadrice de l'Allemagne au Canada.

Des dépenses considérables pour un pays qui a l’habitude de la rigueur budgétaire.

Pour stimuler le pouvoir d’achat des ménages, l’Allemagne a réduit de 3 % sa taxe sur la consommation. Cette mesure restera en vigueur jusqu’à la fin de l’année et coûtera 20 milliards d’euros au trésor public.

À plus long terme, l’Allemagne a choisi sa voie. Un futur vert, un plan qui se concentre sur des technologies modernes, explique Mme Sparwasser.

Plan allemand

  • Le tiers des dépenses pour le climat

  • Généreuses subventions à l’achat de véhicules électriques (2,2 milliards d’euros – 3,4 G$ CA)

  • Développement d’une filière de l’hydrogène (7 milliards d’euros – 10,8 G$ CA)

L’Allemagne mise sur les plus généreux incitatifs à l’achat d’un véhicule électrique de tout le continent européen, le développement des infrastructures de recharge automobile et des investissements pour développer l’hydrogène afin d’alimenter les industries et faire rouler ses voitures.

Comme le Canada, les pays européens se sont fixé l'objectif d’être carboneutres en 2050. L’inaction climatique coûterait plus cher, selon eux. Je crois qu'on risque de manquer une occasion de transformer nos économies pour un futur plus soutenable. Je crois que c'est ce que nos enfants peuvent attendre de nous, explique Sabine Sparwasser.

France Relance

Des trains sont à l'arrêt dans une gare.

Le plan « France Relance » prévoit des investissements dans le secteur ferroviaire.

Photo : Reuters / Benoit Tessier

L’Hexagone veut aussi mettre la main à la pâte en ce qui concerne le climat. Son plan France Relance de 100 milliards d’euros (155 G$ CA) sur trois ans, présenté début septembre, prévoit 30 milliards d'euros (46,6 milliards de dollars) pour le verdissement de son économie.

Dans une stratégie qui combine environnement, industrie et incitatifs à l’embauche, le gouvernement français espère créer 160 000 emplois en 2021.

Nous devons dépenser vite et nous devons dépenser bien.

Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie, des Finances et de la Relance

Pour encourager les entreprises à produire en France, le gouvernement a prévu des allègements fiscaux et de l’argent dans les secteurs de pointe comme la biotechnologie, le calcul quantique et l’intelligence artificielle. 

Plan français

  • Investissement dans le transport, notamment ferroviaire (11 milliards d’euros –17,1 G$ CA)

  • Rénovation énergétique des bâtiments (7 milliards d’euros –10,9 G$ CA)

  • Baisse de l’impôt de production des entreprises (20 milliards d’euros –31,1 G$ CA)

  • Incitatifs à l’emploi des jeunes (6,7 milliards d’euros –10,4 G$ CA)

Le New Deal de la Corée du Sud

L’ambition n’est pas qu’une affaire européenne. La Corée du Sud souhaite profiter de la crise pour réinventer son économie.

Le New Deal sud-coréen va jeter les bases de notre pays pour les 100 prochaines années.

Moon Jae-in, président de la Corée du Sud

Inspiré du New Deal du président Roosevelt pendant la Grande Dépression, le plan comporte trois volets : numérique, écologique et social.

L'équivalent de 128 milliards de dollars canadiens doivent être investis jusqu’en 2025 dans le but de créer près de deux millions d’emplois.

Hong Nam-ki devant un écran géant.

Le ministre des Finances et de l'Économie de la Corée du Sud, Hong Nam-ki, présente le « New Deal » de son pays.

Photo : Gouvernement sud-coréen

Le gouvernement sud-coréen met l’accent sur un grand chantier numérique.

Des investissements massifs seront réalisés pour accélérer l’utilisation des données, de l’intelligence artificielle et de la technologie 5G dans les industries.

Ils profitent d’une crise pour faire avancer l’économie vers des secteurs d’avenir. C’est très ambitieux.

Jean Charest, ancien premier ministre du Québec et associé au cabinet McCarthy Tétrault.

Le pays asiatique a pour objectif de former 100 000 personnes en intelligence artificielle. Le plan prévoit aussi de développer l’éducation et la médecine en ligne ainsi que d’améliorer l’accès à Internet haute vitesse dans les zones rurales.

Plan sud-coréen

  • Intégration de l’IA et du réseau 5G dans les industries (16,6 milliards de dollars)

  • Transition vers les véhicules électriques et à l’hydrogène (14,7 milliards de dollars)

  • Formation dans les domaines numérique et vert (1,2 milliard de dollars)

Énergies renouvelables, infrastructures et innovations vertes font aussi partie des priorités.

Le Canada peaufine son plan

Le gouvernement du Canada est en retard sur les autres pays développés dans la mise en place de programmes pour stimuler l’économie, tranche Jean Charest, ancien premier ministre du Québec et associé au cabinet McCarthy Tétrault.

Intelligence artificielle? Technologies propres? Aéronautique? Le Canada devra placer sa mise au plus vite, dit M. Charest, sans quoi il risque de perdre son avance dans des secteurs clés. Le secteur de l’aéronautique, c’est un secteur très fort depuis très longtemps au Canada, depuis presque une centaine d’années, où il y a un risque très important de perdre des investissements. Le premier danger c’est d’être pris de vitesse, poursuit-il.

Le Canada n’est pas parmi les premiers à détailler son plan. Le ministre Steven Guilbeault ne semble pas s’en inquiéter. Que notre plan soit annoncé trois ou quatre mois après celui de la France ou l’Allemagne, je ne perdrai pas de sommeil là-dessus. Ce qui est important, c’est que nous travaillions ensemble, a-t-il déclaré mercredi en marge de la retraite du cabinet libéral.

Justin Trudeau porte le masque.

Le premier ministre Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le gouvernement Trudeau est à la planche à dessin. Son discours du Trône servira de boussole pour orienter l’économie canadienne. Il a déjà annoncé ses couleurs en évoquant des emplois verts, le climat et un filet social renforcé, mais affirme vouloir d’abord se concentrer sur la gestion de la crise sanitaire et l’aide aux Canadiens.

Reste qu’Ottawa doit faire des choix déterminants pour son avenir économique et s’assurer de ne pas manquer l’occasion. Ses alliés sont bien déterminés à saisir tout le potentiel de la crise.

En anglais, on dit : "Never miss a good crisis". Il faut utiliser ce moment de crise pour faire les choses qu’on aurait dû faire auparavant.

Sabine Sparwasser, ambassadrice allemande

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