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Analyse

Menace de reconfinement : mais où sont les bottines?

François Legault marche dans un couloir de l'Assemblée nationale.

François Legault fait le point sur la pandémie au Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La situation est grave. Le ton est solennel, le lieu et l’heure sont choisis pour rappeler les heures les plus sombres de la crise de ce printemps. Le gouvernement sent qu’il doit faire un geste fort : après tout, il n’est pas impossible qu’on doive imposer un nouveau confinement.

Le premier ministre annonce qu’on doit ajouter quatre régions à la zone jaune et que deux d’entre elles sont proches de la zone orange, le troisième échelon sur une échelle de quatre. Le directeur de la santé publique affirme que, dans une telle épidémie, la deuxième vague est souvent pire que la première.

Puis, le ministre de la Santé annonce que les bars ne pourront plus servir de nourriture après minuit. Fini les McCroquettes aux petites heures... Et le masque deviendra obligatoire dans les espaces communs des résidences de personnes âgées. Merci, ce sera tout.

Le message est fort, comme il devrait l’être, mais les actions sont extrêmement timides. Il y a un problème de cohérence et cela mine nécessairement l’efficacité du message.

En politique, il est essentiel qu’un message important soit suivi d’actions concrètes. Il faut, comme on dit familièrement, que les bottines suivent les babines. Le problème du gouvernement Legault, actuellement, c’est qu’il manque désespérément de bottines.

Les rassemblements privés

On comprend facilement toute la difficulté dans laquelle se trouve le gouvernement. Il a clairement identifié quel est son principal ennemi dans cette épidémie qui prépare son deuxième assaut : les rassemblements privés. Les partys, quoi. 

On l’a vu dans le Bas-du-Fleuve au cours des derniers jours avec les étudiants qui ont fini par faire fermer temporairement leur cégep. On le voit aussi dans des restaurants ou des bars un peu partout sur le territoire. On le sait. Des régions entières qui ont passé le printemps à regarder le virus de loin le voient maintenant débarquer chez eux.

Sauf que le gouvernement a bien peu d’outils pour intervenir sur ces réceptions privées : les policiers ne peuvent pas intervenir dans une maison privée à moins d’avoir obtenu un mandat signé par un juge. On ne peut pas surveiller tous les bars et tous les restaurants du Québec.

Sauf que ce n’est pas en interdisant aux bars de servir de la nourriture après minuit qu’on fait un geste fort, qui va non seulement marquer les esprits, mais aussi contribuer quand même un peu à freiner la propagation du virus.

Pour les bars et les restaurants, on aurait pu, par exemple, s’inspirer des mesures imposées par la Colombie-Britannique il y a une dizaine de jours : la vente d’alcool se termine à 22 h et tout le monde ferme à 23 h, sauf là où on sert des repas toute la nuit. On doit aussi baisser le volume de la musique ou de la télé pour que les gens n'aient pas à parler plus fort ou à se rapprocher pour entendre.

Ce n’est évidemment pas la panacée, mais ce sont des mesures qui ont une incidence directe sur la propagation du virus. Des mesures qui combattent directement un des problèmes au lieu d’intervenir sur un autre tableau.

Le dépistage

De même, ça fait six mois que l’on nous répète que le nerf de la guerre, c’est le dépistage, et force est de constater que notre système de santé n’est toujours pas capable de répondre à la demande dans des délais raisonnables.

Encore une fois, on comprend que le gouvernement a hérité d’un système de santé qui était déjà à bout de souffle, en raison d’une pénurie de personnel dans pratiquement tous les domaines. Mais on perd de la crédibilité chaque fois qu’on implore les gens d’aller se faire tester et qu’ils doivent attendre cinq heures avant de se faire dire de revenir le lendemain.

Le principal danger pour le gouvernement Legault dans cette matière, c’est qu’il ne soit perçu que comme capable de hausser le ton, mais sans jamais serrer la vis. Les babines et les bottines…

La semaine dernière, le 10 septembre, M. Legault annonçait que la police allait sévir contre ceux qui refusent de porter le masque à l’intérieur dans les lieux publics. Fort bien, sauf qu’il disait dans la même conférence de presse que le problème principal ce sont les rassemblements privés, pas quelqu’un qui refuse de porter un masque à l’épicerie.

Résultat, six jours après cette annonce, le premier ministre doit convoquer une nouvelle conférence de presse pour dire encore une fois que la situation est grave et qu’il demande à tous les Québécois de faire preuve de solidarité. Et de se passer de McCroquettes après minuit...

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