•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Québec compte de plus en plus d’infirmières, mais la pénurie résiste

Des centaines de nouveaux diplômés sont attendus en renfort dès cet automne dans le réseau de la santé.

Une infirmière dans une salle d'opération.

Il y a 77 000 infirmières et infirmiers au Québec, dont près de 62 000 travaillent actuellement dans les établissements du réseau.

Photo : Getty Images / gpointstudio

La pénurie de personnel soignant au Québec ne date pas d’hier, mais elle suscite de plus en plus de craintes alors que le réseau de la santé s’apprête à affronter une éventuelle deuxième vague de COVID-19.

Et pourtant, ce ne sont pas les infirmières et les infirmiers qui manquent au Québec. Au contraire, à en croire les données de leur ordre, le nombre de membres n’a jamais été aussi élevé, et des centaines d’autres sont attendus d’ici la fin de l’année.

On est rendu à 77 000 infirmières et infirmiers au Québec, il y a eu des augmentations significatives ces dernières années, affirme Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Parmi eux, 61 946 travaillent actuellement dans les établissements du réseau, précise-t-il.

Les établissements du réseau disent qu’il y a une pénurie et une difficulté à recruter des gens, mais il n’y en a jamais eu autant. Alors, on se pose des questions : pourquoi a-t-on tant de misère à attirer et à garder des infirmières?

Luc Mathieu, président de l’OIIQ
Une jeune femme ramène chez lui un homme âgé en fauteuil roulant.

Les femmes constituent 90 % du corps infirmier et 88 % des préposés aux bénéficiaires au Québec sont des préposées.

Photo : Getty Images

Cette semaine, 3523 candidats à l’exercice de la profession infirmière, dont 155 infirmières praticiennes spécialisées (IPS), doivent passer leur examen professionnel, qui a été reporté à deux reprises depuis le début de la pandémie.

Il s’agit de la plus grande cohorte qu’ait connue l’OIIQ, et la majorité des candidats vient de Montréal et de Laval (1414 infirmiers et 50 IPS).

Ces nouveaux diplômés, qui travaillent déjà dans des établissements de santé dans le cadre de leur stage, pourront pleinement exercer leur métier une fois leur permis en poche.

Ça va permettre de donner un sérieux coup de main au réseau [alors que] la pandémie prend du galon, selon les données qu’on voit ces derniers jours.

Luc Mathieu
Une quinzaine de personnes rassemblées brandissant une pancarte géante devant l'Assemblée nationale.

Plusieurs employés du réseau de la santé et des services sociaux ont tenu mardi une action symbolique devant l'Assemblée nationale.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Selon M. Mathieu, plusieurs facteurs expliqueraient la pénurie actuelle. Il évoque principalement les heures supplémentaires obligatoires qui empêchent les professionnels des soins de santé de concilier vie de famille et travail.

Depuis le 21 mars, un arrêté ministériel permet aux gestionnaires d’annuler des vacances et d’imposer des heures supplémentaires au besoin.

C’est un phénomène préoccupant, et j’en ai fait part lundi au ministre de la Santé, dit M. Mathieu. De plus en plus d’infirmières préfèrent [occuper] des postes à temps partiel [avec] trois jours de travail par semaine. [Comme ça], avec le temps supplémentaire, elles seront rémunérées comme étant à temps complet, précise-t-il.

Il faut briser ce cercle vicieux

Mais pour Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), cette tendance est loin d’être surprenante.

Un poste à temps plein actuellement, c’est comme si on te mettait dans une cage et qu’on t’enfermait à double tour, et qu’on te disait qu’on pouvait faire ce qu’on voulait avec ta vie et que tu n’as pas le droit de dire un mot. […] Il faut briser ce cercle vicieux.

Nancy Bédard, présidente de la FIQ
La présidente de la FIQ, portant un masque.

Nancy Bédard, présidente de la FIQ

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Selon elle, si le gouvernement veut continuer à attirer la relève, il faut stabiliser les postes, établir de nouveaux ratios entre professionnels en soins et patients, et mettre la conciliation famille-travail au cœur des solutions.

Il faut changer de mode de gestion, […] car celui des 20 dernières années est complètement intenable, ajoute-t-elle.

C’est une pénurie artificielle qui a été par coups de mauvaise gestion et de mauvaises décisions administratives. […] Le tiers des professionnels en soins ne sont pas actuellement au travail, parce qu’ils ont démissionné [ou sont en invalidité] et ça, c’est impardonnable.

Nancy Bédard, présidente de la FIQ

Témoignages de futures infirmières

Le manque de personnel soignant est d’ailleurs l’un des principaux problèmes soulevés par des candidates à l'exercice de la profession infirmière interrogées par Radio-Canada.

Jasmine Guay, 21 ans, est l'une d'elles. C’est le deuxième été qu'elle travaille à l’Hôpital Charles-Le Moyne, à Longueuil, et elle espère trouver un emploi à temps plein dans une unité pédiatrique une fois son examen réussi.

Elle affirme toutefois qu’elle se retrouve souvent seule à s’occuper de 15 patients adultes durant ses quarts de soir, étant donné qu'elle est la moins ancienne de son équipe.

15 patients à moi toute seule, je trouve ça quand même beaucoup. […] Les ratios actuels sont injustes, il manque des ressources pour répartir les patients de manière équitable.

Jasmine Guay, candidate à l'exercice de la profession infirmière
Quatre infirmières dans un corridor d'hôpital.

Alors qu'une deuxième vague se dessine, les infirmières se disent à bout de souffle.

Photo : iStock / Photographerlondon

La jeune femme dit craindre l’épuisement professionnel, comme toutes les nouvelles infirmières, mais elle dit surtout redouter l’instabilité que son futur emploi risque de causer dans sa vie.

C’est difficile comme job, mais j’ai [choisi] cette profession-là parce que j’aime ça. C’est un métier qui me passionne, s’empresse-t-elle d’ajouter.

Je ne dois pas m’oublier

Une passion que partage Juliette, qui préfère taire son vrai nom par peur de nuire à sa carrière d’infirmière.

Tout comme Jasmine, Juliette s’apprête à passer l’examen professionnel de l’OIIQ samedi. Mais contrairement à sa collègue, elle ne cherchera pas un emploi à temps plein dans le réseau. Je ne dois pas m’oublier en tant que personne, je ne suis pas juste une travailleuse de la santé dans la vie, dit-elle.

L’un des problèmes les plus graves qu’elle affirme avoir constatés à l’Hôpital de Saint-Jérôme, où elle effectue son stage, est le nombre d'infirmières par rapport au nombre de patients qui est inéquitable, voire dangereux, selon elle.

Les soins sont négligés, les surveillances se font moins, parce qu’on a plus de patients à surveiller et qu’on ne peut pas être à deux endroits en même temps. Le ratio [actuel] est juste dangereux. […] Pour l’erreur médicale, ça se fait rapidement.

Juliette, candidate à l'exercice de la profession infirmière

Elle dénonce par ailleurs l’arrêté ministériel de mars qui entraîne des abus. Nous avons perdu nos vacances, les jours fériés, et nous sommes obligés de travailler à temps plein, explique-t-elle.

Faire 10 nuits en ligne, c’est dur sur le physique et sur le moral. Là présentement, on n’a plus de vie, soupire encore Juliette.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !