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Le défi d’Erin O’Toole : reconquérir la région du Grand Toronto

Le nouveau chef conservateur connaît bien Toronto et sa banlieue. Il représente une circonscription de la région depuis 8 ans. Mais Erin O’Toole a beaucoup de pain sur la planche pour reconquérir la région du Grand Toronto (RGT), comme l’avait fait Stephen Harper en 2011.

Un parc sur les rives du lac Ontario avec vue sur le centre-ville de Toronto.

Le Grand Toronto est un territoire incontournable pour les conservateurs fédéraux.

Photo : Radio-Canada / Martin Trainor/CBC News

Le militant conservateur Paul Demers se tient debout sur les rives du lac Ontario. À l’horizon, de l’autre côté de la baie, on voit la Tour CN et le centre-ville de Toronto. Derrière lui se trouve le terrain à conquérir. La banlieue, la RGT, le 905, la forteresse de laquelle s'emparer pour être couronné premier ministre.

Erin O’Toole a du chemin à faire ici, reconnaît d’emblée Paul Demers. La région est en pleine expansion et riche en votes. Elle a échappé aux conservateurs l’an dernier.

Paul Demers milite pour le parti depuis plus de 25 ans. Il n’a jamais vu un chef conservateur devenir premier ministre sans remporter la bataille du 905. Pour avoir du succès dans les grands centres urbains, il faut être progressiste, et c’est un atout pour Erin O’Toole dans la région, dit-il, puisqu’il ne tire pas le même boulet qu’Andrew Scheer.

Paul Demers sur les rives du lac Ontario.

Paul Demers est un militant conservateur.

Photo : Radio-Canada

M. O'Toole n'a pas le même bagage du côté social, il se dit pro-choix et promet de participer aux défilés de la Fierté. Ça démontre qu’il est ouvert, qu’il ne va pas rouvrir ces questions politiques qui divisent. Selon M. Demers, ça contribuera à ouvrir des portes de la RGT qui sont restées fermées pour Andrew Scheer.

O’Toole n’est pas Scheer

Un changement de cap qui réjouit plusieurs conservateurs de la grande région torontoise.

À nos oreilles, ici dans le 905, ça fait partie de notre façon de comprendre la vie. C’est une vision sociale plus progressiste qui a beaucoup de bon sens pour nous, dit l’avocat Joël Étienne.

Si on n'a pas le vote féminin, des milléniaux ou des banlieusards, on a quoi comme vote? Il aimerait bien devenir candidat pour le Parti conservateur, qu’il trouve maintenant plus rassembleur. La victoire d'Erin O’Toole est absolument possible dans [la RGT].

Riche en votes

La région est en pleine expansion et riche en votes. De nouvelles circonscriptions s’ajouteront ici lors du prochain redécoupage électoral.

Pour Stephen Harper, le sentier de la majorité passait en 2011 par la RGT. Il a remporté plus d’une trentaine de sièges dans la région. Les banlieues est, ouest et nord de Toronto étaient presque toutes bleues.

En 2015, ces circonscriptions sont toutes passées au rouge, pour faire élire Justin Trudeau. En 2019, Andrew Scheer a échoué dans sa tentative de reprendre ces sièges.

Carte électorale animée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Avant et après l'élection de 2019 dans le Grand Toronto

Photo : Radio-Canada

Stephen Harper avait fait ses grands gains dans le 905 du côté des immigrants. Erin O'Toole doit prendre une page de cette stratégie-là pour l’emporter. Mais Paul Demers reconnaît que cela ne se fera pas en un tournemain.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Dave Tatla.

Les conservateurs à la conquête de la région de Toronto

Photo : Radio-Canada

Population immigrante

La musique de style Bollywood retentit dans le petit studio de Dave Tatla, au sous-sol de la station de radio 530 AM, la station multiculturelle de Toronto. La tribune téléphonique se déroule un peu en anglais, mais surtout en pendjabi. La question du jour Qui est Erin O’Toole?.

C’est du sang neuf pour le parti, c’est une bonne chose pour les conservateurs, lance un auditeur. Un des rares durant l’émission à connaître l’identité du nouveau chef.

Erin O’Toole est encore un inconnu par ici, dit l’animateur Dave Tatla. Notre communauté aime les vedettes qui peuvent épater. Mais ce n’est pas son cas.

D’ailleurs, ajoute-t-il, c’est l’adversaire d’Erin O’Toole, Peter MacKay, qui a remporté le plus de voix dans la région du Grand Toronto lors de la course à la direction. En fait, dans le 905, Peter MacKay a remporté deux fois plus de circonscriptions qu’Erin O’Toole.

MacKay avait la cote dans notre communauté, souligne Dave Tatla. Je pense que les conservateurs ont fait une erreur en choisissant O’Toole.

Un gars d’ici

Pour surmonter ce défi, le Parti conservateur mise sur le fait qu’Erin O’Toole et sa famille vivent à proximité de la banlieue de Toronto et qu'il est député de Durham. En fait, c’est la première fois en 64 ans qu’un chef conservateur représente l’Ontario.

George Drew a été chef conservateur de 1948 à 1956, après avoir été premier ministre ontarien. Au fédéral, il n’a jamais réussi à battre les libéraux de Louis St-Laurent.

À l’époque, la région du 905 telle qu’on la connaît aujourd’hui n’existait pas. La pandémie de COVID-19 non plus.

Le train arrive en gare. En arrière-plan, des gratte-ciel.

Le train entre en gare à Etobicoke.

Photo : Radio-Canada

Pandémie et politique

La sirène de la locomotive retentit avec force et perce le matin gris et brumeux à Etobicoke, à l’ouest de Toronto. Des usagers masqués secouent leur torpeur et s'approchent nonchalamment des portes du train de banlieue. D’autres arrivent au pas de course.

Courtland MacIntosh porte une casquette.

Courtland MacIntosh est à la recherche d'un emploi.

Photo : Radio-Canada

Je suis sans emploi depuis le début de la pandémie, dit Courtland MacIntosh, la voix assourdie par son couvre-visage décoré de feuilles de cannabis. La politique m’importe peu en ce moment, une élection, encore moins.

C’est le sentiment général de gens rencontrés dans une région parmi les plus touchées par la COVID et menacée par une deuxième vague.

Dane Simpson.

Dane Simpson appuie les plans des libéraux pour combattre la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Les libéraux ont bien géré la crise, affirme Dane Simpson qui travaille pour une grande banque. Les gens sont en général satisfaits de leur performance. Selon lui, la promesse d’Erin O’Toole d’équilibrer le budget en 10 ans est irresponsable.

L’effet Doug Ford

Les conservateurs espèrent que la fin de la guerre ouverte entre Justin Trudeau et Doug Ford sera un avantage pour Erin O’Toole. Mais, sur le quai de la gare de train GO, Alisson jette une douche froide sur cette hypothèse.

Elle a voté pour Doug Ford au provincial, mais au fédéral, c’est une autre paire de manches, dit-elle. On ne veut pas avoir le même parti au pouvoir à Ottawa et à Queen’s Park, dit-elle. On garde un pied à gauche et l’autre à droite, c’est la seule façon de ne pas tourner en rond.

Comme plusieurs habitants du 905, elle préfère conserver un équilibre stratégique. Une réalité politique à laquelle Erin O’Toole devra rapidement s’adapter.

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