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Aux États-Unis, un recensement « très politisé »

L’administration Trump a réduit le prolongement de la période de récolte de données du grand recensement, qui se tient tous les dix ans. Une décision qui pourrait avoir des conséquences politiques dans la prochaine décennie.

Des macarons demandant aux Américains de remplir le recensement.

Plusieurs campagnes de promotion sont organisées pour encourager les Américains à remplir le recensement.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pour l’équipe qui mène le recensement, la tâche s’annonçait déjà complexe cette année. En temps de pandémie, entrer en contact avec 330 millions d’Américains, notamment ceux qui ne remplissent pas le formulaire en ligne, représente un défi.

Difficulté supplémentaire : le temps.

Normalement, la récolte de données de porte en porte aurait dû prendre fin cet été. Pour s’adapter à la pandémie, les autorités ont donc prévu d'étendre cette période jusqu’à la fin d'octobre.

L’administration Trump a finalement décidé de mettre fin au travail de terrain un mois plus tôt, le 30 septembre, afin que les données puissent être traitées d’ici la fin de l’année.

Nous craignons que les habitants de la communauté ne soient pas comptés dans ce recensement, explique Ayana Bias, de l’organisme communautaire UPO, dont les activités se concentrent dans un quartier à majorité afro-américaine de Washington.

Une représentante de l'organisme UPO, à Washington.

Une représentante de l'organisme UPO veille à ce que les gens qui viennent chercher des denrées alimentaires remplissent le recensement.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Chaque jeudi, des bénévoles s’installent donc, documents à la main, à côté d’un centre de distribution de nourriture pour s’assurer que les gens qui viennent chercher des denrées remplissent le formulaire.

La raison est simple, explique Ayana Bias. C’est en fonction des données qui seront soumises au gouvernement qu’un financement fédéral de l’ordre de 1500 milliards de dollars sera distribué aux États, aux villes et aux comtés à travers le pays.

Quand vous regardez les routes, les écoles, les logements, l’accès à des services de garde, tout ça est lié à la réponse que nous recevons au recensement.

Ayana Bias de l’organisme UPO

Le secrétaire au Commerce, responsable du dossier, affirmait au début du mois que 85 % des ménages ont déjà été contactés et que le recensement pourra être effectué en respectant le délai que l'administration a imposé. L’agence responsable a indiqué avoir engagé plus de personnel pour y parvenir.

Or, au Capitole, les dirigeants démocrates ont des craintes quant à la qualité des informations recueillies. Un récent rapport du Government Accountability Office, un chien de garde du gouvernement, avançait qu’un échéancier compressé pourrait influer sur la précision, l’exhaustivité et la qualité du décompte.

Des groupes de défense des droits civils ont même traîné le gouvernement américain devant les tribunaux dans l’espoir de prolonger la période de récolte de données.

Des changements sur la carte politique

Pourquoi l’administration Trump a-t-elle donc devancé le calendrier imposé aux équipes qui mènent le recensement?

Selon Paul Schor, maître de conférences à l’Université Paris-VII et auteur du livre Compter et classer : histoire des recensements américains, la raison est simple : les données du recensement sont aussi utilisées à des fins politiques. C’est en fonction du décompte de la population que les sièges à la Chambre des représentants sont distribués à chaque État.

Un sac contenant les documents du recensement des États-Unis.

Entrer en contact avec certains Américains pour qu'ils remplissent le recensement est plus difficile en temps de pandémie.

Photo : Reuters / BRIAN SNYDER

L’expert estime que les gens laissés de côté en raison d’une cueillette expéditive seront les membres des minorités culturelles, ou les Américains les moins nantis, ce qui pourrait favoriser le Parti républicain.

À tort ou à raison, un certain nombre de républicains pensent que ces gens votent soit démocrate, soit vivent dans des endroits démocrates et qu’il y a donc un intérêt à ce qu’ils ne soient pas comptés, parce que ça fera qu’il y aura moins de sièges pour ces régions des États-Unis, explique Paul Schor.

L’administration Trump a par ailleurs veillé à ce que les données du recensement soient remises au gouvernement américain le 31 décembre et non en avril, comme le prévoyait le scénario initial visant à s’adapter à la pandémie.

Ils veulent finir rapidement pour avoir les chiffres qui serviront à la distribution des sièges à chaque État. Ils voudraient avoir ça avant la fin de l'administration Trump, si jamais il n'était pas réélu.

Paul Schor, auteur du livre Compter et classer : histoire des recensements américains

Le recensement dans la ligne de mire de l’administration Trump

Les modifications du calendrier ne sont pas les seuls changements que le président Trump a tenté d’apporter au recensement.

Au cours de l'année, son administration a voulu imposer une question sur la citoyenneté et exclure les immigrants illégaux des données officielles. Ces deux demandes ont été rejetées par des tribunaux, dont la Cour suprême dans le cas de la question sur la citoyenneté.

Je pense que le recensement a toujours été très politisé aux États-Unis, plus que dans d’autres pays. Mais là, c’est fait de façon grossière et sans retenue, affirme l’expert Paul Schor.

Outre les efforts de dernière minute devant les tribunaux pour prolonger les délais de la cueillette sur le terrain, des groupes communautaires, comme UPO à Washington, multiplient les efforts pour faire en sorte que le recensement soit le plus représentatif possible de la réalité.

Et ce, parce que les données contenues dans ce recensement auront des répercussions bien après la présidence de Donald Trump, qu’il gagne ou non un deuxième mandat à la Maison-Blanche.

Ce que nous faisons aujourd’hui aura un impact sur les 10 prochaines années, lance Ayana Bias.

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