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Sixième pont Ottawa-Gatineau : une facture de près de 2 G$, selon un rapport tenu secret

Le « rapport sommaire » rendu public par la CCN en juin a évité d’aborder plusieurs faits saillants contenus dans une étude plus complète, qui a été obtenue par Radio-Canada

Le centre-ville de Gatineau, vu du parc Rockcliffe, à Ottawa.

L'idée de construire un sixième pont entre Ottawa et Gatineau fait surface périodiquement depuis de nombreuses années (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poudrier

Le gouvernement fédéral a tenu secrètes les principales conclusions de nouvelles études sur un sixième pont entre Ottawa et Gatineau, y compris le fait que le tracé privilégié par les experts — passant sur l’île Kettle — coûterait 300 millions de dollars de moins que les deux autres corridors envisagés.

Selon ce qu’a appris Radio-Canada, le nouveau pont au-dessus de la rivière des Outaouais coûterait 1,8 milliard de dollars si le tracé de l’île Kettle était choisi, et au moins 2,1 milliards pour les deux autres tracés à l’étude, situés plus à l’est.

Ces informations n’ont pas été rendues publiques le 25 juin dernier quand la Commission de la capitale nationale (CCN) a publié un rapport sommaire d'une étude sur un nouveau pont interprovincial qui avait été faite par la firme WSP.

Affiche sur laquelle est écrit « Ontario » au centre d'un pont de la capitale nationale.

Le gouvernement fédéral avait manifesté ses intentions d'étudier la construction d'un nouveau pont interprovincial dans son budget 2019 (archives).

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Décrit comme une mise à jour d’un rapport fait en 2013, le rapport sommaire de 39 pages — produit au coût de 440 000 $ — n’offrait pas les conclusions précises sur le tracé à privilégier ni sur le coût des différents corridors.

Ce qui n’était pas connu du public à l’époque, c’est que WSP avait simultanément produit un rapport connexe pour le compte de Services publics et approvisionnement Canada au coût de 1,4 million de dollars. Les deux rapports ont des titres identiques et partagent la même facture visuelle, mais celui de Services publics et approvisionnement Canada est plus complet, comptant environ 150 pages. Questionné sur le fait que ce rapport n’a pas été rendu public en même temps que celui de la CCN, le ministère affirme que son document était destiné à un usage interne.

Selon cette étude détaillée, les cinq ponts en place peinent à répondre à la demande et ne seront pas en mesure de répondre à l’achalandage des prochaines années, qui sera à la hausse malgré les changements prévus dans les modes de déplacement et de transport.

Un embouteillage sur le pont du Portage

Les cinq ponts reliant Ottawa et Gatineau ne seraient pas suffisants pour satisfaire la demande dans l'avenir, selon l'étude de WSP (archives).

Photo : Caméra de surveillance de la Ville d'Ottawa

L’étude complète n’offre aucun bémol quant aux bien-fondés de la construction d’un nouveau pont. Dans sa conclusion, le rapport affirme que ce sixième lien interprovincial améliorerait le transport et le mouvement des biens dans la [région de la capitale nationale] en plus d’amener une série de bénéfices en termes d’économie, de qualité de vie, de sécurité, de l’environnement et de la communauté.

Le corridor privilégié

Le rapport complet présente le tracé de l’île Kettle — qui relierait l’autoroute 50 à la hauteur de la montée Paiement, à Gatineau, à la promenade Sir-George-Étienne-Cartier et à la promenade de l’Aviation, à Ottawa — comme étant le corridor privilégié au niveau technique. La CCN ne reprend pas cette expression dans le sommaire public de la mise à jour de l’étude.

Carte satellite d'Ottawa et de Gatineau avec en surbrillance trois tracés potentiels pour un pont reliant le Québec et l'Ontario.

La CCN étudie trois tracés potentiels pour un nouveau pont entre Ottawa et Gatineau.

Photo : Radio-Canada

Au coût estimé de 1,81 milliard de dollars, le corridor de l’île Kettle est vu comme étant celui qui coûterait le moins cher, qui attirerait le plus de camions lourds et de transport en commun, qui présenterait le moins de contraintes environnementales et qui contribuerait le plus au développement économique, selon le rapport.

À l’inverse, le rapport a déterminé que le corridor de l’île Kettle pourrait poser problème en matière d’impact sur la communauté à cause de facteurs comme le bruit, étant donné que le tracé passe dans des zones plus densément habitées.

Pour arriver à ces conclusions, la firme WSP a étudié, entre autres, l’impact des trois corridors sur la qualité de l’air, les terres et habitats aquatiques environnants, le transport et le potentiel de développement économique.

L'île Kettle, sur laquelle on trouve plusieurs arbres.

L'île Kettle se trouve dans la rivière des Outaouais, à la hauteur de Gatineau, et est une zone protégée (archives).

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Marier

Le rapport estime que les deux corridors plus à l’est — soit celui de l’île Lower Duck et celui de la baie McLaurin — coûteraient respectivement 2,11 milliards de dollars et 2,15 milliards de dollars.

Le tracé de l’île Lower Duck relierait la route 174, du côté ontarien, à l’autoroute 50 à la hauteur du boulevard Lorrain, tandis que le tracé de la baie McLaurin relierait la route 174 à l’autoroute 50 à partir de l’aéroport de Gatineau.

Faut-il un autre pont?

L’idée d’un sixième pont entre Ottawa et Gatineau — qui serait payé par le gouvernement fédéral — circule depuis des décennies dans la région de la capitale nationale.

Certains affirment que le projet est essentiel dans le contexte où le pont Alexandra arrive à la fin de sa vie utile et où les camions lourds continuent à circuler en plein centre-ville à Ottawa.

La structure du pont Alexandra.

Le pont Alexandra arrivera bientôt à la fin de sa vie utile (archives).

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Toutefois, le projet demeure controversé, surtout que le maire d’Ottawa, Jim Watson, et le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, s’y opposent.

Lors d’une émission spéciale du Téléjournal le mardi 8 septembre, M. Watson et M. Pedneaud-Jobin ont tous les deux affirmé qu’ils préféraient diriger l’équivalent du coût pour le nouveau pont, qu’ils estimaient tous les deux à 1 milliard de dollars, vers le transport en commun.

Ça, c’est l’avenir pour nous autres, pas fournir un autre pont pour les autos qui va faire plus de circulation sur l’autoroute 417 et 416, disait M. Watson.

M. Pedneaud-Jobin avait ajouté : Si on construit un pont, au lieu d’être stationnés sur la 50, on va être stationnés sur le pont. Pour moi, il n’y a pas de gain. La solution, ça reste le transport en commun.

Maxime Pedneaud-Jobin et Jim Watson sont en conversation devant le pont Prince-de-Galles.

Les maires de Gatineau et d'Ottawa, Maxime Pedneaud-Jobin (à gauche) et Jim Watson (à droite), ne croient pas qu'un nouveau pont entre leurs deux villes soit nécessaire (archives).

Photo : Radio-Canada / Nathalie Tremblay

La mise à jour des études techniques avait été annoncée dans le budget fédéral de 2019. On notait alors une croissance constante du nombre de passages sur les cinq ponts, s’élevant à 150 000 voitures et 9 000 piétons et cyclistes par jour.

Le député fédéral de Gatineau, le libéral Steven MacKinnon, est vu comme le principal promoteur du projet au sein du gouvernement fédéral.

Le besoin d’un sixième lien est urgent… Le transport va demeurer, voire même accroître, dans son importance comme enjeu prioritaire pour les élus de la région, affirmait M. MacKinnon sur les ondes de Radio-Canada, disant qu’il ne fallait pas changer les plans à long terme en raison d’une pandémie qui, on l’espère, sera temporaire.

Pour étayer ses arguments en faveur d’un sixième pont, le rapport produit par WSP fait valoir, entre autres, qu’il améliorerait la qualité de vie des citoyens d’Ottawa et de Gatineau, réduirait les émissions de gaz des voitures en améliorant la fluidité des transports, accélérerait le transport des biens et des personnes et éliminerait la majorité du transport par camions au centre-ville d’Ottawa.

Des voitures circulant sur le pont du Portage.

Le nombre de déplacements entre les deux rives est appelé à augmenter dans les prochaines années (archives).

Photo : Radio-Canada

En particulier, un nouveau pont remplacerait le circuit qui est présentement utilisé par de nombreux camions sur les rues King-Edward et Rideau.

La mise en place d’un pont bien situé améliorerait ou résoudrait les problèmes ci-mentionnés et contribuerait à améliorer l’environnement naturel, l’environnement social et le développement économique de la [région de la capitale nationale], affirme le rapport.

Loin d'une décision finale

La ministre des Services publics et de l’approvisionnement, Anita Anand, a reçu le mandat de répondre au besoin confirmé d’un point de passage supplémentaire dans la région de la capitale nationale.

 Anita Anand parle dans un micro.

La ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Anita Anand (archives)

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

Selon son ministère, toutefois, il reste encore beaucoup de travail à faire avant d’arriver à une décision finale dans le dossier. Entre autres, il faudra mettre à jour les données sur les déplacements dans la région en tenant compte des impacts de la pandémie de COVID-19 et de la mise en service du train léger à Ottawa et du Rapibus en Outaouais.

De son côté, la CCN dit qu’elle est en attente des directives gouvernementales sur la construction d’un sixième pont, qui nécessiterait avant tout une étude d’impact et des consultations publiques.

Entre-temps, la CCN est en train d’élaborer un plan intégré à long terme des liens interprovinciaux basé sur les besoins des 30 prochaines années.

Le plan tiendra compte des grandes tendances en matière de mobilité, des besoins et des plans en matière de transport à long terme des partenaires municipaux, de même que de grandes tendances sociales comme les changements climatiques et les modes de mobilité futurs. Les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les comportements de transport dans la région seront également prises en compte, disait l’agence fédérale en rendant public le sommaire du rapport sur un sixième pont en juin dernier.

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