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Facebook a ignoré des tentatives de manipulation politique, selon une ex-employée

Plusieurs logos de Facebook sur un écran, vus par une loupe.

Il aurait fallu neuf mois pour que Facebook sévisse contre une campagne coordonnée impliquant des milliers de faux comptes favorables au président hondurien, selon Sophie Zhang.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Radio-Canada

Une ancienne ingénieure de données de Facebook dénonce l’inaction du réseau social face à des campagnes de manipulation politique hors de l’Amérique du Nord et de l’Europe de l’Est. « Je sais que j’ai du sang sur les mains », peut-on lire dans un message interne écrit par Sophie Zang et obtenu par BuzzFeed News.

Dans la missive de 6600 mots, l’ingénieure de données explique que Facebook consacre très peu de ressources au combat des campagnes de comportements inauthentiques coordonnés – le terme utilisé par le réseau social pour décrire des réseaux de faux comptes – à moins que cela lui soit avantageux sur le plan politique ou qu'il subisse de la pression médiatique.

C’est un secret de polichinelle [...] que les décisions à court terme de Facebook sont largement motivées par les relations publiques et la potentielle attention négative. C’est pour cette raison que j’ai vu la priorité [de certains cas] monter en flèche quand des membres du personnel menaçaient de s'adresser à la presse, dit l’ancienne employée dans son message.

Elle explique que Facebook priorise les problèmes à grande échelle, comme les messages indésirables. L’aspect civique était écarté en raison du petit volume [de cas et] son impact disproportionné a été ignoré, allègue-t-elle.

Ce manque de ressources pour combattre les campagnes de comportements inauthentiques coordonnés conçues pour influencer des élections a eu des conséquences concrètes dans des pays comme l’Ukraine, l’Espagne, le Brésil, la Bolivie et l’Équateur. Dans les cas de l’Azerbaïdjan et du Honduras, Sophie Zhang a découvert que ces campagnes étaient menées par des partis politiques et des gouvernements.

Il a par exemple fallu neuf mois pour que Facebook sévisse contre une campagne coordonnée impliquant des milliers de faux comptes favorables au président hondurien Juan Orlando Hernandez en juillet. Deux semaines après que le réseau social est intervenu, le réseau de faux comptes s’est remis en branle et ceux-ci sont toujours actifs.

Le rapport mentionne également des tentatives de manipulation électorale aux États-Unis et au Brésil, où plus de 10 millions de faux comptes et réactions ont été retirés.

Le message a été publié à la fin août, au moment du licenciement de Sophie Zhang en raison de désaccords persistants avec l'équipe de gestion de Facebook au sujet de ses priorités et de ses actions face à la manipulation à grande échelle.

Facebook réagit

En réponse au message, Facebook assure avoir intensifié ses efforts pour lutter contre la désinformation et la manipulation.

Nous avons mis en place des équipes spécialisées, qui travaillent avec les experts les plus réputés pour empêcher les acteurs malveillants d'exploiter nos systèmes, ce qui a abouti au retrait de plus de 100 réseaux pour comportement inauthentique concerté, a indiqué le réseau social dans un communiqué envoyé à l'Agence France-Presse.

Le groupe a assuré que ce travail très complet était mené sans relâche.

Agir contre les comportements inauthentiques concertés est notre priorité, mais nous traitons aussi les problèmes des pourriels et des fausses interactions. Nous étudions avec attention chaque problème, y compris ceux que Mme Zhang soulève, avant de passer à l'action ou de faire des déclarations publiques, ajoute l'entreprise.

BuzzFeed News a indiqué ne pas avoir publié le message de Mme Zhang dans son intégralité, car il contient des informations personnelles.

Selon le site, Mme Zhang, qui a refusé d'être interviewée, a décliné des indemnités de licenciement offertes par Facebook, qui prévoyaient une clause de non-dénigrement.

L'ancienne employée a précisé qu'elle ne voulait pas que les détails de son message soient rendus publics par peur de perturber les efforts de Facebook pour protéger l'élection présidentielle américaine de novembre.

La dernière chose que je veux est de nous distraire des efforts pour les élections américaines à venir, même si je sais que c'est ce que va faire cette publication à l'interne, écrit Mme Zhang.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Buzzfeed News

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