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Députés paratonnerres de la COVID-19 : « J’ai craqué! »

Plusieurs élus témoignent de leur vécu pendant la pandémie qui a chamboulé leur vie politique.

Le Salon bleu de l'Assemblée nationale, vide.

Le Salon bleu à l'Assemblée nationale

Photo : Assemblée nationale du Québec / Claude Mathieu

« Je ne savais pas quoi répondre aux citoyens, vers qui me revirer. J’ai craqué au début! À 3 h dans la nuit, j’allais marcher au centre-ville. Mon fils a essayé de m’aider. Il voyait bien que je paniquais. Je n’arrivais plus à respirer. »

Un député de l’Assemblée nationale nous fait cette confidence, se disant que d’autres collègues vont se reconnaître. Son médecin lui a prescrit une médication durant un mois pour l’aider à se calmer et à dormir. Le poids du confinement et du déconfinement pesait sur ses épaules. La pression pour aider chaque citoyen de sa région était intense.

J’ai senti que ça n’allait pas bien. Il n’y a pas de honte à consulter, ajoute-t-il. Avec le recul, il pense avoir réussi à répondre à tout le monde dans sa circonscription, mais il s’attend à un automne tout aussi difficile.

La première vague de la pandémie s’est transformée en véritable tsunami pour la majorité des bureaux de circonscription. Les élus se préparent maintenant psychologiquement à affronter la suite. En attendant, des dizaines d’entre eux, de tous les partis politiques, ont accepté de nous raconter comment ils ont vécu les derniers mois.

La détresse du député

On est des êtres humains, nous aussi. J’ai aussi des enfants à la maison, ma conjointe a perdu son emploi… mais chaque jour j’allais au bureau de comté, nous raconte un autre député.

Le rôle de plusieurs a changé dans les derniers mois.

Certains sont devenus des travailleurs sociaux, d’autres ont enfilé l’équipement pour travailler dans les CHSLD, côtoyant la mort tous les jours. Des décès qui les ont marqués. Un moment donné, j’étais dans mon char, bouleversé. La colère est venue en moi. Je me disais : ça a pas de bon sens qu’on ait laissé passer ça! [Comme élu] je me suis senti coupable. Pourquoi on l’a pas vu venir?, nous dit l’un d’eux. Chaque jour, il devait se faire à l’idée qu’il gardait du monde en vie pour 24 heures, ne sachant pas s’ils allaient survivre à la nuit.

On a été porteurs de petites doses d’humanité, ajoute sa collègue, la voix nouée tout au long de notre entretien. Elle souligne le travail du personnel politique, qui filtrait les tonnes d’appels et de messages de citoyens, parfois suicidaires. Ne sachant pas comment répondre adéquatement à certains d’entre eux, l’Assemblée nationale a dû leur fournir des outils pour les aider à se protéger de la charge émotive que des gens pouvaient leur transmettre. Une formation en ligne a été offerte pour les députés et le personnel politique.

Horacio Arruda, François Legault et Danielle McCann lors d'une conférence de presse.

Pendant des mois, François Legault, l'ancienne ministre de la Santé Danielle McCann et le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, ont fait le point quotidiennement sur l'évolution de la pandémie au Québec.

Photo : Radio-Canada

Le député punching bag

Dès que la conférence de presse de 13 h du premier ministre se terminait, on voyait venir le tsunami d'appels, un véritable déluge!, se rappelle un de nos interlocuteurs. La permanence [de la CAQ] a dû prendre le contrôle des messageries et des pages Facebook de certains députés, parce qu’ils étaient dépassés par le nombre de messages ou ne savaient pas comment se débrouiller avec la technologie. C'était l'asile, renchérit une autre députée, qui a dû fermer sa page personnelle devenue incontrôlable tellement elle recevait de notifications.

Le député est devenu un punching bag [...] les gens se vidaient le cœur, mais c'était très pertinent et constructif, nous confie un élu caquiste. Pour éviter que le cabinet du premier ministre ne croule sous les questions des députés, le bureau du whip de la CAQ a dû créer une messagerie interne. Tous les députés qui avaient des questions devaient les acheminer au même endroit. À 75 députés, ils ont envoyé presque 6000 demandes.

On sentait une colère sourde, qui s'est transposée dans les masques, dans le sport-études. Les gens n'étaient pas d'accord. Ce député caquiste comprenait ceux qui en avaient contre les mesures, parfois sans logique d'applicabilité, mais il parvenait à se convaincre que son gouvernement n'avait pas le choix de le faire, puisqu'il construisait un avion en plein vol. Comme d'autres, il a été la cible de citoyens mécontents, mais j'ai fait mon deuil, ça ne me rejoint plus, dit-il.

Des députés qui se sentent loin du Parlement

Des gens masqués font la file.

Des Montréalais font la file devant une clinique pour subir un test de dépistage.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Pandémie oblige, la prochaine session parlementaire va encore se dérouler à effectifs réduits, au grand dam des députés qui se sentent loin de l'Assemblée nationale. François Legault a d’ailleurs décidé de repartir en tournée ces jours-ci pour aller écouter les états d'âme de chacun de ses poulains individuellement.

Le whip Éric Lefebvre lui fait souvent rapport sur le moral des troupes. Ses adjoints Geneviève Hébert et Sylvain Lévesque appellent régulièrement chacun des députés pour voir comment ça va, pour s'assurer qu'ils ne se sentent pas isolés, ou qu'ils ne ressentent pas de pression indue qu'on ne connaît pas.

On est des bibittes sociales, déclarent plusieurs élus, qui trouvent difficile d’être privés des contacts humains qu'ils entretenaient semaine après semaine, enchaînant les soupers spaghetti, les mises au jeu de hockey, ou les brunchs. Sans pouvoir se montrer la binette au Salon bleu ni multiplier les poignées de main dans leur circonscription, plusieurs élus sont en manque de visibilité et commencent à se demander sérieusement si les citoyens se souviendront encore de leur nom.

À deux ans des prochaines élections, dans une pandémie qui n'en finit plus, le bon vieux dicton loin des yeux, loin du cœur les inquiète de plus en plus. Certains ont peur que les citoyens pensent qu’ils ne font rien parce qu’ils ne sont pas visibles sur le terrain ni dans les médias nationaux, et pourtant, ils n’ont jamais été si débordés.

Au moins, tous ceux à qui nous avons parlé se disent fiers de constater que le député a repris ses lettres de noblesse depuis mars dernier. C'est le fun de voir que je sers à ça comme député(e), pas pour faire des critiques au Salon bleu.

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