•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un nouveau camp de migrants accueilli avec hostilité à Lesbos

Des femmes voilées prient en plein air, à la tombée du jour.

Des femmes qui habitaient le camp de Moria, détruit par un incendie, prient à proximité du nouveau camp installé à leur intention.

Photo : Reuters / ALKIS KONSTANTINIDIS

Agence France-Presse

« On n'a pas peur de la COVID, on a peur d'eux. » Sur l'île de Lesbos, les riverains du nouveau camp de migrants, construit à la hâte après l'incendie de la mégastructure de Moria, craignent un « drame », une « catastrophe », et blâment tour à tour l'Europe, le gouvernement grec et les ONG.

Depuis le port de Panagiouda, on voit à l'oeil nu les tentes blanches du nouveau camp censé héberger d'ici la fin de la semaine les milliers de personnes chassées du centre de Moria ravagé par les flammes la semaine dernière.

Un désastre, commente Vassilis Kiosia, 35 ans, lui-même arrivé d'Albanie il y a 16 ans.

En tant que migrant, je comprends la situation, explique-t-il, moi-même j'ai été attaqué quand je suis arrivé. Mais la situation, ici, c'est un désastre pour les riverains. Il n'y a pas d'emplois. Et je crois qu'il n'y a pas de solution.

Vassilis Kiosia résident de Lesbos

Un peu plus haut sur la route, Savvas Afentoulis, 70 ans, attablé à un café de ce petit village, se souvient de l'arrivée des premiers demandeurs d'asile, en 2015, principalement des Syriens chassés par la guerre.

Avec les Syriens, on était positifs. On leur donnait de l'eau, de la nourriture... on les aidait. Mais c'étaient des familles, paisibles, avec des enfants.

Des enfants se baignent dans une baie, près de dizaines de tentes blanches.

Des enfants se baignent près du nouveau camp érigé pour eux dans le nord-est de l'île grecque de Lesbos.

Photo : Reuters / ALKIS KONSTANTINIDIS

À l'époque, au pic de la crise migratoire, l'île a vu arriver des centaines de milliers de personnes, et la solidarité de Lesbos s'était organisée sous les yeux du monde entier.

Mais après, affirme M. Afentoulis, quand Moria s'est rempli, ils ont commencé à voler nos moutons, à générer des problèmes.

On a peur. 90 % des personnes ici sont contre le nouveau camp. Tous, ici, on veut qu'ils partent. La Grèce ne peut pas gérer seule la situation. L'Union européenne doit trouver une solution. Les autres pays doivent accueillir [des migrants].

Savvas Afentoulis, résident de Lesbos

Je les hais

Evangelia, 80 ans, se souvient elle aussi de 2015. Les premiers, je les ai aidés. Maintenant, je les hais, raconte-t-elle, devant l'église d'où sortent d'autres femmes.

On n'a pas peur de la COVID, on a peur d'eux, confie-t-elle à l'AFP. Et de blâmer les organisations non gouvernementales (ONG), qui ont, selon elle aidé, à pérenniser la situation.

À ses côtés, Maria montre une photo, dont elle ignore l'origine, sur laquelle on voit une lame attachée à un bout de bois. Preuve, selon elle, que les migrants leur veulent du mal.

Les incidents entre migrants et habitants, dont des sympathisants d'extrême droite, sont fréquents sur l'île depuis l'année dernière, les insulaires s'opposant au maintien des migrants à Lesbos.

Des enfants jouent à la corde à danser en plein air.

Des enfants jouent à la corde à danser près du nouveau camp de migrants, installé à Mytilene, dans le nord-est de l'île de Lesbos.

Photo : La Presse canadienne / AP/Petros Giannakouris

Le nouveau camp? C'est une catastrophe. Le gouvernement doit trouver une solution, et les emmener sur le continent, souhaite Maria.

Un drame, résume un vieux monsieur assis à l'ombre sur un banc, à côté de deux pêcheurs qui reprisent tranquillement leur filet. J'ai le sentiment que ce sera comme Moria, mais en pire.

À quelques kilomètres, des milliers de personnes, dont de très jeunes enfants, venus pour beaucoup d'Afghanistan et d'Afrique de l'Ouest, passent leur sixième journée sous des abris de fortune.

Parmi eux, beaucoup sont hésitants à se rendre vers ce nouveau camp, craignant, une fois à l'intérieur, de ne plus pouvoir quitter l'île.

Selon les autorités grecques, au moins 500 personnes s'y sont installées au cours du week-end, dont 35 déclarées positives à la COVID-19 seront mises en quarantaine.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !