•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Japon : les défis de l’après-Shinzo Abe

Un homme salue de la main.

Shinzo Abe, 65 ans, qui a battu des records de longévité comme premier ministre, arrive à son bureau en ce 14 septembre, à quelques heures du choix de son successeur à la tête du parti au pouvoir.

Photo : Reuters / KIM KYUNG-HOON

Il est l’une des personnalités japonaises les plus connues sur la scène internationale, une constante des photos de famille des grands rendez-vous politiques et économiques depuis 2012. Cette semaine, Shinzo Abe, démissionnaire pour des raisons de santé, tire officiellement sa révérence avec le choix aujourd’hui de son successeur à la direction du Parti libéral-démocrate (PLD), et mercredi, à la tête du pays.

Les Japonais devront s’habituer à un nouveau premier ministre, Yoshihide Suga, actuel secrétaire général du gouvernement, mais pas nécessairement à un changement majeur de cap sous la direction de ce fidèle lieutenant de Shinzo Abe.

Yoshihide Suga lève les bras dans les airs.

Yoshihide Suga succède à Shinzo Abe comme chef du parti au pouvoir au Japon.

Photo : Reuters / POOL

Le Japon après Abe, il restera ce qu’il était sous Abe, plus ou moins. Parce que c’est le même parti politique au pouvoir, tous ces hommes ont finalement les mêmes idées.

Robert Dujarric, directeur de l’Institut des études asiatiques contemporaines à l’Université Temple de Tokyo

Il n’y a pas vraiment de rupture. Il y a les défis à long terme, avant tout la crise démographique avec ce que cela implique pour la productivité, pour les retraites, pour les systèmes de santé. Et il y a évidemment les défis de la crise de la COVID-19, dit-il.

Économie en berne, mise à mal par la COVID-19

La pandémie a mis à mal l’économie japonaise. Le PIB s’est effondré au deuxième trimestre. La troisième puissance économique mondiale connaît une récession qualifiée d’historique.

Tout un défi pour Yoshihide Suga qui a promis, durant la courte campagne à la succession, de poursuivre les Abenomics, le surnom donné à la politique de plans budgétaires de soutien, d’assouplissement monétaire et de réformes structurelles lancées par son prédécesseur pour stimuler la croissance du pays.

Il devra non seulement agir pour limiter l’impact économique de la COVID-19, mais aussi, pour convaincre la population qu’il a un plan fiable pour contenir l’épidémie.

Kiochi Nakano, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Toyko

Shinzo Abe a fortement été critiqué pour sa gestion de la crise, une partie de la population lui a notamment reproché d’avoir tardé à prendre des mesures pour contenir l’épidémie dans l’archipel qui déplore 75 206 cas de contamination et 1439 décès pour 125 millions d’habitants, en date du 14 septembre 2020.

Tenir ou non les JO de Tokyo l’an prochain

Deux personnes photographient les anneaux olympiques.

Les Jeux olympiques ont été reportés à l'été prochain.

Photo : Reuters / Kim Kyung Hoon

La COVID-19 a également provoqué le report des Jeux olympiques.

À en croire les récents sondages, la majorité des Japonais souhaitent leur annulation ou un nouveau report à cause de la pandémie. Cette dernière option est rejetée par les autorités du pays.

La ministre japonaise responsable du dossier a insisté, plus tôt ce mois-ci, sur l’importance d’aller de l’avant avec l’événement du 23 juillet au 8 août 2021, en rappelant tous les efforts mis dans leur organisation.

Sans oublier les milliards de dollars investis depuis l’obtention des JO et les dépenses supplémentaires encourues en raison du report, souligne de son côté Kiochi Nakano. L’analyste estime toutefois que le choix de les maintenir ou pas sera difficile à prendre.

D’un côté, être incapable de tenir les Jeux serait impopulaire, un coup dur qui minerait la confiance en l’avenir de l’économie japonaise et nous priverait d’un grand événement durant lequel les gens consomment et dépensent énormément, dit-il. De l’autre, l’idée de tenir des Jeux en temps de pandémie semble contraire à l’esprit olympique.

Peu importe la décision, je crois que ça risque d’être très difficile à vendre à la population.

Kiochi Nakano, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Toyko

Délicate diplomatie avec Washington et Pékin

Quand Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche en 2017, Shinzo Abe s’était précipité à Washington pour le rencontrer.

Soucieux de maintenir une relation forte avec l’allié américain indispensable en matière de défense, inquiet de la cour faite à la Corée du Nord par l’administration Trump, le leader japonais s’était évertué à cultiver une proximité avec le président américain, le rejoignant même sur les terrains verts pour une diplomatie du golf au fil des ans.

Un délicat jeu de diplomatie attend Yoshihide Suga au poste de premier ministre.

Il y a les relations avec les États-Unis sous la présidence Trump, avec tout le danger que ça comporte pour le Japon. Il y a l’inquiétude face à la Chine qui est quand même très agressive dans la région, rappelle Robert Dujarric, de l’Université Temple à Toyko.

Yoshihide Suga arrivera à la tête d’un Japon coincé entre deux superpuissances qu’il ne peut se mettre à dos et qui sont en plein bras de fer commercial, diplomatique et stratégique.

Et c’est un novice sur la scène internationale, s’inquiète Kiochi Nakano, de l’Université Sophia de Tokyo. Même quand M. Abe parcourait la planète, M. Suga, lui, restait au Japon pour assurer la permanence et s’occuper des dossiers intérieurs, précise-t-il.

Je ne sais pas comment il pourra se rapprocher des leaders mondiaux, et surtout, des États-Unis à l’approche d’une élection présidentielle américaine très importante non seulement pour le monde, mais pour le Japon aussi, ajoute-t-il.

Est-ce que Yoshihide Suga pourra bâtir une relation avec le président américain actuel, et le prochain (le cas échéant)? Cela reste à voir, mais bien des gens ne se font pas trop optimistes à ce sujet.

Kiochi Nakano, professeur de sciences politiques à l’Université Sophia de Toyko

Le nouveau leader japonais doit en principe rester en poste jusqu’en septembre 2021, date à laquelle le troisième mandat de Shinzo Abe devait prendre fin. À moins d’un déclenchement d’élections anticipées.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !