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Brexit : Johnson s’attire les foudres de son propre parti et de l’UE

Des manifestants pro-Brexit à Londre.

D'anciens premiers ministres britanniques s'en prennent à la politique de Boris Johnson en raison de son revirement sur le Brexit.

Photo : Reuters / HENRY NICHOLLS

Radio-Canada

Le premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé samedi que l'Union européenne menaçait d'instaurer un « blocus alimentaire » en Irlande du Nord, justifiant ainsi son revirement sur l'accord de Brexit face aux critiques qui pleuvent au sein de son propre parti.

Alors qu'à Bruxelles les tractations pour éviter un no deal au 1er janvier restent dans l'impasse, Londres a imputé à Bruxelles l'origine de la dispute qui a envenimé cette semaine une nouvelle session de négociation et jette une ombre sur celles prévues la semaine prochaine.

La discorde a éclaté lorsque le gouvernement britannique a présenté mercredi au Parlement un projet de loi qui contredit en partie l'accord déjà signé encadrant sa sortie de l'UE - une manœuvre qui viole le droit international, a reconnu Boris Johnson, mais à laquelle il dit avoir été contraint.

Boris Johnson pointe quelqu'un avec un crayon.

Le premier ministre britannique Boris Johnson.

Photo : Associated Press / Matt Dunham

Si nous n'acceptons pas les conditions de l'UE, l'UE utilisera une interprétation extrême du protocole de l'Irlande du Nord pour y imposer une frontière commerciale totale entre la province et le reste du royaume, a justifié le premier ministre dans un texte publié par le Daily Telegraph vertement critiqué au sein de son propre camp.

Selon lui, Bruxelles pourrait non seulement imposer des droits de douane sur les produits arrivant dans la province britannique depuis le reste du pays, mais aussi instaurer un blocus et empêcher le transport de denrées alimentaires vers l'Irlande du Nord.

Je dois dire que nous n'avions jamais sérieusement envisagé que l'UE pourrait utiliser un traité, négocié en toute bonne foi, pour instaurer un blocus sur une partie du Royaume-Uni ou qu'ils menaceraient réellement de détruire notre intégrité économique et territoriale.

Boris Johnson

Des ex-premiers ministres critiques

Nous ne sommes pas d'accord, écrivent dans le Sunday Times les anciens premiers ministres Tony Blair et John Major, qui conduisaient la Grande-Bretagne lors des discussions de paix des années 90.

L'action du gouvernement ne protège pas l'accord du Vendredi saint, il le met en péril, déclarent-ils dans un texte à quatre mains, qualifiant d’absurdes les explications de Boris Johnson.

Le monde regarde le Royaume-Uni avec stupéfaction [...] pendant que les actions de ce gouvernement lui font honte et embarrassent notre nation.

Tony Blair et John Major

Selon un rapport publié samedi par le Financial Times, plusieurs fonctionnaires britanniques avaient en effet prévenu Boris Johnson en janvier que l'accord du Brexit qu'il s'apprêtait à signer comportait ce type de risque.

La question de l'Irlande du Nord a longtemps constitué l'un des points d'achoppement des négociations du Brexit, Londres craignant le retour à une frontière physique en Irlande, ensanglantée par trois décennies de troubles jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Deux hommes munis de casques aux couleurs du drapeau anglais discutent.

Deux partisans du Brexit munis de casques de fortune aux couleurs du drapeau anglais discutent à Londres.

Photo : Getty Images / TOLGA AKMEN

Le texte finalement signé prévoyait que l'Irlande du Nord reste pendant quatre ans soumise à certaines dispositions européennes, notamment concernant le commerce. Mais avec le projet de loi examiné lundi par les députés britanniques, Londres pourra y prendre unilatéralement des décisions commerciales, contrairement à ce qui avait été initialement convenu.

L'UE appelle Londres à « prendre ses responsabilités »

La situation s'est alors envenimée, l'UE affirmant qu'elle allait poursuivre le Royaume-Uni si ce dernier ne retirait pas ses modifications d'ici fin septembre. Vendredi soir, les dirigeants du Parlement européen ont menacé d'opposer leur veto à tout pacte commercial si Londres ne tenait pas ses promesses.

Il est temps pour le gouvernement britannique de prendre ses responsabilités, a dit le président du Conseil européen, Charles Michel, qui représente les 27 pays de l'UE, après un entretien téléphonique avec le premier ministre irlandais Micheal Martin.

Sur Twitter, le négociateur européen Michel Barnier a de son côté assuré que le protocole de l'Irlande du Nord n'était pas une menace pour l'intégrité du Royaume-Uni.

Le négociateur européen Michel Barnier.

Le négociateur européen Michel Barnier.

Photo : Reuters / TOBY MELVILLE

À Paris, le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, a pour sa part jugé inconcevable que Londres viole le traité sur le Brexit.

Du côté européen, nous avons toujours été calmes, déterminés et surtout très fermes et très unis. Si les Britanniques multiplient les coups de canif dans le contrat avec l'idée de diviser l'Europe, ça ne marchera pas, insiste M. Beaune.

Un no deal avec le Royaume-Uni serait une mauvaise nouvelle, mais on se prépare, poursuit-il.

Un Brexit sans accord aura des conséquences très significatives pour l'économie britannique, pas pour l'UE, a pour sa part averti samedi le ministre des Finances allemand Olaf Scholz à l'issue d'une réunion avec ses homologues européens à Berlin. Selon le commissaire européen Paolo Gentiloni, c'est à Londres de rétablir la confiance avec l'UE.

Des élus conservateurs inquiets

C'est au nom de cette confiance brisée que plusieurs députés conservateurs rebelles ont menacé vendredi de ne pas voter le projet de loi, craignant que le revirement de Boris Johnson n'entame la crédibilité internationale du Royaume-Uni.

Sur Twitter, le député conservateur Tobias Ellwood a estimé que ce projet nuit déjà à la marque UK en tant que pays défenseur des règles internationales.

Nous ne pouvons pas laisser le pouvoir théorique de diviser notre pays entre les mains d'une organisation internationale, leur a répondu samedi Boris Johnson, pour qui il est vital d'adopter le projet de loi pour mettre fin à cette possibilité.

Le gouvernement veut entamer dès lundi l'examen de son projet à la Chambre des communes, où il dispose d'une majorité de 80 sièges.

Avec les informations de Agence France-Presse

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