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Un demandeur d’asile fatigué d'attendre lance un cri du cœur

Glody Solo attend depuis trois ans d'être entendu par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.

La sécurité de Glody Solo serait menacée dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo.

La sécurité de Glody Solo serait menacée dans son pays d'origine, la République démocratique du Congo.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Olivier Lefebvre

Un résident d’Halifax venu de la République démocratique du Congo en 2013 déplore les longs délais d’attente auxquels font face les demandeurs d’asile au pays.

Glody Solo a le moral à plat, sa vie étant essentiellement sur pause depuis plusieurs années.

L’homme de 31 ans est venu au Canada parce qu’il craignait pour sa sécurité.

Il est célibataire et sans famille au pays. Il n’a pas eu de nouvelles de ses proches depuis huit ans. Il ignore s’ils sont encore vivants.

Il n’y a pas de lumière, je ne vois rien devant moi, confie M. Solo.

Une attente beaucoup plus longue

Trois ans se sont écoulés depuis le dépôt, en 2017, de sa demande d’asile à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR).

Le délai prescrit pour le traitement d’une demande est pourtant de deux mois.

Il en a assez de voir sa vie stagner. Je suis vraiment limité, je ne peux rien faire pour mon développement personnel, dit-il.

Glody Solo craint maintenant devoir patienter encore plus longtemps en raison des effets de la pandémie sur certaines procédures.

Il n'y a pas d'issue. Tu es dos au mur, tu ne vois pas ton avenir, tout est incertain. Tu avances, en même temps tu recules, tout stagne.

Glody Solo, demandeur d’asile

Il est loin d’être seul dans sa situation. À la Clinique pour réfugiés d’Halifax, par exemple, 120 clients sont en attente d’une audience, pour certains depuis quatre ans.

C'est extrêmement stressant pour les gens d'être dans cette situation et cette pandémie bien sûr a fait en sorte que les délais qui étaient déjà longs sont encore plus longs, constate la directrice générale de l’organisme, Julie Chamagne.

Julie Chamagne est la directrice générale de la Clinique pour réfugiés d'Halifax

Julie Chamagne est la directrice générale de la Clinique pour réfugiés d'Halifax

Photo : CBC/Robert Short

Craignant de nuire à leur cas, les demandeurs d’asile choisissent souvent de rester dans l’ombre et évitent de prendre la parole publiquement.

De se battre contre ce système énorme, complexe et oppressif, qu'ils ne connaissent pas, et sur lequel ils dépendent, est une tâche énorme, souligne Julie Chamagne.

Elle espère que le témoignage de Glody Solo aura pour effet de sensibiliser le plus de citoyens possible. Je crois vraiment que c'est à toute la population de réagir et de voir que c'est un énorme problème, dit-elle.

L’effet COVID

Les mesures sanitaires mises en place pour lutter contre la pandémie de COVID-19 au mois de mars ont forcé la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada à suspendre certaines procédures d’audience.

La CISR reprend depuis graduellement ses audiences en personne, mais impossible d’en savoir plus au niveau des effets de la pandémie sur le traitement des dossiers.

Personne à la commission n’était disponible pour une entrevue avec Radio-Canada.

L’an dernier, le Bureau du vérificateur général (VG) du Canada avait, dans un rapport, dressé de durs constats sur les pratiques inefficaces du traitement des demandes d'asile.

Le délai d’attente pour les demandeurs avait été évalué par le VG à deux ans en moyenne. Cela en date de décembre 2018.

Après la publication du rapport, le gouvernement fédéral avait annoncé des investissements pour s’attarder à ces délais croissants.

La CISR a depuis entrepris des changements opérationnels. Dans un communiqué publié à la fin du mois d’août, son président Richard Wex, a écrit :

Comme vous le savez, le modèle opérationnel de la Commission est en pleine transformation. Il s’agit de la transformation la plus ambitieuse à la Commission en 30 années d’existence. Cette transformation vise à augmenter considérablement le nombre de demandes d’asile réglées sans la tenue d’une audience, à adopter des plateformes à distance et de nouvelles façons de procéder à l’appui des audiences virtuelles, ainsi qu’à adapter nos pratiques relatives aux audiences en personne afin de tenir compte de l’évolution des directives en matière de santé publique.

Le rêve d'une famille

Entre-temps, Glody Solo essaie tant bien que mal de s’intégrer au pays. Son plus récent visa de travail arrivant à expiration au mois d’octobre rend toutefois les choses plus difficiles.

Il a voulu participer aux efforts de lutte contre la COVID-19 en Nouvelle-Écosse.

J'ai postulé à une agence, raconte-t-il. J'étais sur place, j'ai dit : écoutez, je suis là, je peux aussi aider, parce que c'est ma famille ici. En vain, ses efforts n’ont pas porté fruit.

Le demandeur d’asile espère bientôt pouvoir mettre ces années d’incertitude derrière lui.

Je rêve de fonder une famille, mais là je ne sais pas comment, de désole M. Solo.

De son côté, la directrice générale de la Clinique de réfugiés d’Halifax souhaite que le fédéral fasse de la réduction des délais de traitement une priorité.

Je crois que cette pandémie nous a vraiment enseigné que quand le gouvernement veut mettre des ressources quelque part, il peut, a déclaré Mme Chamagne.

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