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Analyse

Faut-il revenir au déficit zéro?

François Legault retire un masque de son visage.

François Legault, premier ministre du Québec

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le débat est engagé : six mois après le début de la pandémie, qui a conduit à la pire crise économique en un siècle, les dirigeants politiques, partout au pays, doivent-ils déjà commencer à dessiner les plans du retour à l’équilibre budgétaire? Cet objectif, que visent Eric Girard et François Legault, est-il le présage d'une politique d’austérité ou de hausse d’impôt?

Le temps est-il venu de rétablir les objectifs de déficit zéro dans les stratégies gouvernementales, alors que nous sommes encore à l’étape du soutien public à la population et aux entreprises et à la relance économique? À Québec, en tout cas, on semble déterminé à respecter la loi qui prévoit un retour à l’équilibre d’ici cinq ans.

Il se peut très bien que cette loi soit modifiée ou qu’une discussion s’engage sur l’utilisation des sommes du Fonds des générations. Comme le laissait entendre le ministre des Finances Eric Girard récemment, le vrai solde budgétaire, c’est celui qui est annoncé dans les chiffres comptables avant le versement au Fonds des générations. Et si on considérait ces versements comme des surplus, l’équilibre serait peut-être atteint plus rapidement.

Maintenant, selon les économistes Luc Godbout, Yves Saint-Maurice et Suzie Saint-Cerny, il est primordial de détailler toutes les avenues disponibles avant de s’engager fermement dans une cible d’équilibre budgétaire. Dans une étude publiée le 11 septembre (Nouvelle fenêtre), ils écrivent que pour l’instant, le plus urgent est de présenter un plan présentant les différentes options possibles et ensuite de voir l’évolution de la pandémie et de l’économie, et au besoin, l’adapter.

Les experts de l’Université de Sherbrooke invitent à la souplesse. Il serait légitime, disent-ils, de donner plus de temps au gouvernement pour répondre aux exigences de la Loi sur l’équilibre budgétaire et de la Loi sur la réduction de la dette.

Équilibre dans sept ans?

Ainsi, au lieu de revenir à l’équilibre en cinq ans, comme la Loi l’exige, on pourrait se donner sept ans, avancent Luc Godbout, Yves Saint-Maurice et Suzie Saint-Cerny. On pourrait aussi utiliser entièrement ou partiellement les sommes dédiées au Fonds des générations.

Les trois chercheurs sont d’avis qu’il est moins dommageable, avec un plan de retour à l’équilibre budgétaire précis, d’étendre la durée du retour à l’équilibre budgétaire prévu dans la Loi compte tenu de l’ampleur de la détérioration économique. [...] Le gouvernement doit identifier un plan hybride permettant judicieusement à la fois un retour à l’équilibre sur sept ans avec un apport principalement du côté des revenus.

Pour les dépenses, ajoutent-ils, avant même de vouloir en restreindre leur croissance, le gouvernement devra tenir compte des besoins accrus post-pandémie. Pour l’heure, évitons des resserrements affectant négativement les services à la population et visons plutôt un financement stable des principales missions de l’État. S’il y a des économies à faire du côté des dépenses, l’État doit poursuivre ses évaluations de programmes et chercher à améliorer l’efficacité gouvernementale dans la manière de fournir certains services à la population.

Et à Ottawa?

Par ailleurs, dans l’ensemble du pays, si l’endettement des ménages est en chute en raison d’une baisse de consommation et d’emprunts ainsi que d’une hausse des transferts gouvernementaux, la dette publique, elle, explose. La dette du gouvernement du Canada frôle maintenant les 1000 milliards de dollars, en hausse de 302 milliards sur le marché du crédit au deuxième trimestre.

Le déficit pourrait avoisiner les 400 ou 450 milliards de dollars en 2020-2021 à Ottawa en raison des transferts très élevés de l’État vers la population et les entreprises.

Selon Robert Asselin, premier vice-président du Conseil canadien des affaires et qui a conseillé le ministre des Finances Bill Morneau, il est important de maintenir une cible budgétaire pour s’assurer de la confiance des marchés, maintenir un climat de confiance pour les investissements des entreprises et conserver une discipline budgétaire.

Dans un texte publié le 9 septembre (Nouvelle fenêtre), Robert Asselin écrit qu’étant donné l’incertitude qui persiste, il serait probablement plus réaliste et utile d’établir une cible budgétaire qui correspond à un pourcentage des dépenses du PIB. [...] La meilleure façon de favoriser la relance économique et la croissance à long terme, c’est de prioriser les politiques qui permettront à notre économie d’être plus productive, résiliente et inclusive.

Une reprise inégale

Si le fait d’avoir une cible budgétaire est vu comme étant rigoureux de la part des gouvernements, il ne faut tout de même pas perdre de vue que la reprise sera une réussite si les citoyens ont un emploi. Au Canada, le taux de chômage dépasse encore les 10 % et 1 million d’emplois ne sont pas encore revenus.

Le gouverneur de la Banque du Canada Tiff MacKlem disait jeudi que les femmes et les jeunes sont les plus susceptibles d’avoir été licenciés. Et, généralement, il faut deux fois plus de temps en moyenne pour retrouver un emploi quand on a été licencié que lors d’une mise à pied. La reprise inégale selon les secteurs pourrait ralentir et faire dérailler tout le processus.

Ainsi, l’activité en restauration est de 40 % inférieure au niveau d’avant-pandémie. Dans le cas du secteur aérien, on est à 94 % sous le niveau qu’on avait avant le début de la crise, et donc de la fermeture des frontières et d’une grande partie des activités économiques en mars dernier.

Les femmes représentent 47 % de la population active, mais 56 % des personnes travaillant dans l’hébergement et la restauration. Les jeunes de 15 à 24 ans constituent 40 % de la main-d’oeuvre de ces secteurs, trois fois leur poids dans la population active.

Il y aura des cicatrices, prévient le gouverneur de la Banque du Canada, dans l’économie et le marché du travail. Bien des gens auront du mal à retrouver leur emploi et des revenus si la crise dure encore longtemps et que d’autres entreprises annoncent une restructuration de leurs activités ou une faillite, comme on l’a vu pour de grands détaillants canadiens au cours des dernières semaines.

À la lumière des défis qui s’annoncent pour bien des ménages, on est en droit de se demander si le temps est vraiment venu pour les gouvernements de réfléchir à l'équilibre des comptes.

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