•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La bataille de la Floride

Encore une fois cette année, la Floride s’annonce comme l’État clé de la campagne présidentielle. Les candidats tenteront de séduire les indécis, car ce sont eux qui vont décider du prochain locataire de la Maison-Blanche.

Des rangées de bateaux naviguant dans la même direction.

Des centaines d'embarcations venues de partout en Floride et des États voisins ont participé à un défilé en appui à Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La fierté est évidente sur le visage d’Anne Ziegenhorn. Elle est proportionnelle à la largeur de son sourire. Juchée sur la proue du After Five, un yacht de luxe de 70 pieds, elle salue de la main les passagers des autres bateaux, les remerciant d’avoir répondu à l’appel.

Les embarcations se comptent par centaines. Elles créent un embouteillage monstre sur le bras de mer qui relie Destin à Fort Walton Beach, sur la côte d’émeraude, en Floride. Toutes sont richement décorées de drapeaux géants aux couleurs du président : Trump – Pence 2020.

Anne Ziegenhorn sur un bateau.

Anne Ziegenhorn est la fondatrice des Femmes de Floride pour Trump.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Ce défilé de bateaux, Anne l’a organisé en appui à Donald Trump, pour le remercier de tout ce qu’il a fait. Elle explique en avoir eu l’idée en apprenant que les rassemblements politiques traditionnels étaient interdits en raison de la pandémie.

Personne ne peut nous empêcher de nous rassembler dehors chacun sur son bateau, explique-t-elle.

« Nous aimons ce que fait le président Trump. Ce n'est pas un politicien. C'est un homme d'affaires qui sait comment diriger le pays. Et il a vraiment ramené l'Amérique là où elle était dans le passé. »

— Une citation de  Anne Ziegenhorn, fondatrice des Femmes de Floride pour Trump

Anne est une admiratrice de la première heure de Donald Trump. Fondatrice des Florida Trump Girls, elle le soutient inconditionnellement depuis 2011. Elle affirme sans la moindre hésitation que c’est le meilleur président de toute l’histoire des États-Unis.

Et lorsqu’on lui parle de ses faillites en affaires ou de son infidélité conjugale, elle répond tout de go : Au moins, il n’a pas trompé sa femme avec une mineure. Et son épouse actuelle est la plus belle, et de loin, de toutes les premières dames depuis Jackie Kennedy.

Elle parle avec passion et presque avec rage lorsqu’elle évoque les concurrents de Trump. Sans ce président, nous n’aurions pas nos libertés actuelles. Car les démocrates veulent nous contrôler. Leur but est de nous endoctriner avec les médias traditionnels. Son discours dérive parfois pour inclure des éléments qui paraissent tout droit sortis d’une théorie complotiste.

Une chose est certaine, l’élection de Joe Biden serait, aux yeux d’Anne, pire qu’une invasion de sauterelles. Selon elle, ce serait la fin du rêve américain.

« Les démocrates veulent créer un nouvel ordre mondial. Ils veulent instaurer le socialisme. Notre pays deviendrait comme Cuba ou le Venezuela. Regardez ces pays maintenant, ils sont en ruine. Je ne veux pas que ça nous arrive à nous. »

— Une citation de  Anne Ziegenhorn

Anne représente la base fidèle des électeurs de Donald Trump. Ceux qui portent une casquette rouge rappelant la promesse de rendre à l’Amérique sa grandeur passée. Ceux qui boivent sans filtre les paroles du président et qui rejettent comme étant des fake news tout ce qui contredit la vérité édictée par le chef vénéré. Un groupe qui représente, selon les sondages et selon les États, environ 40 % de la population.

Vue sur la ville de Sarasota, en Floride.

Les républicains tentent de préserver leurs appuis à Sarasota, en Floride.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

En campagne perpétuelle depuis son élection, Donald Trump n’a pas ménagé ses efforts pour flatter sa base. Et la Floride est sans doute l’un des États qu’il a visités le plus souvent avec ses multiples séjours à sa propriété de Mar-a-Lago. Il a même fait de Palm Beach sa résidence principale en septembre 2019.

Une façon de remercier les électeurs de Floride, qui lui ont donné une avance de 1,2 % face à Hillary Clinton ici, lui permettant de remporter l’élection. Cette année encore, il aura besoin de leur appui s’il veut renouveler son bail à la Maison-Blanche. Impossible pour lui d’être réélu sans gagner en Floride. Aucun président républicain n’y est arrivé depuis Calvin Coolidge en 1924… il y a près d’un siècle.

Mais la victoire de Donald Trump en 2016 est surtout la défaite d’Hillary Clinton, qui n'a pas su mobiliser autant d’électeurs que Barack Obama. Joe Biden est beaucoup moins impopulaire que la candidate de 2016. S’il veut espérer reproduire l’exploit d’il y a 4 ans, Donald Trump doit donc séduire de nouveaux électeurs.

Un homme sur une voiturette de golf arborant une affiche de républicains qui appuient Joe Biden.

En Floride, des républicains déçus de Trump affichent ouvertement leur soutien au candidat démocrate Joe Biden.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Le bassin d’indécis est faible. Laura Neubarth, de Fort Walton Beach, en Floride, fait partie du groupe d’électeurs les plus convoités : ceux qui sont enregistrés comme indépendants, non affiliés à un parti. Si elle a souvent voté républicain dans le passé, elle ne le fera pas cette fois-ci. Je ne peux pas, en toute conscience, voter pour Donald Trump, dit-elle d’un ton décidé. Je ne peux pas lui faire confiance; il ment tout le temps, explique-t-elle.

« Je m’inquiète pour l’âme de notre pays. Avec sa rhétorique incendiaire, Donald Trump a divisé la nation. Et actuellement, on a besoin de panser les plaies. »

— Une citation de  Laura Neubarth, électrice indépendante de Fort Walton Beach, en Floride

Pour gagner, Donald Trump devra d’abord conserver ses appuis au sein du Parti républicain. Et difficile de faire plus républicain que Ron Filipkowski de Sarasota, en Floride. Il a même nommé son fils en l’honneur de Ronald Reagan. Or, il y a quelques mois, cet ancien procureur de Floride a joint sa voix à un nombre grandissant de républicains qui ont annoncé publiquement leur intention de voter contre Donald Trump. Une prise de position publique qui lui a valu beaucoup d’insultes et d’invectives. On l'accuse d’être un traître.

Ron Filipkowski sur le quai d'une marina.

Ron Filipkowski, électeur républicain de Sarasota en Floride.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

C’est pourtant une question d’honneur et de fibre morale qui poussera cet ancien marine à voter démocrate pour la première fois de sa vie : En tant que républicain, il est très difficile pour moi de voter pour Joe Biden. Mais je crois que c’est mon devoir patriotique de virer Donald Trump.

Ron ne sait pas par où commencer quand on lui demande de justifier son choix. Il évoque d’abord les valeurs chrétiennes que bafoue, selon lui, le président avec ses trois mariages et ses multiples infidélités conjugales. Il fustige ensuite sa politique étrangère, sa rudesse vis-à-vis des alliés comme le Canada et l’Allemagne; sa trop grande proximité avec Vladimir Poutine et Kim Jong-un.

Aux yeux de Ron, Donald Trump n’est pas, non plus, un républicain sur le plan économique, faisant remarquer qu’il a fait augmenter le déficit et qu’il ne cesse d’ériger des obstacles au commerce mondial.

« Donald Trump est un escroc, un fraudeur. Il a fabriqué une caricature de ce qu’est un conservateur. Il n’est ni sincère ni authentique. Et il a malheureusement trompé beaucoup de monde. »

— Une citation de  Ron Filipkowski, électeur républicain de Sarasota en Floride

Ron s’inquiète pour l’avenir de son parti, qu’il ne reconnaît plus. Le Parti républicain a changé, dit-il. Les partisans de Trump ont une mentalité particulière et une autre attitude vis-à-vis de cet homme. C’est aujourd’hui davantage un culte de la personnalité qu’un parti.

La Floride est aussi un des États qui comptent le plus d’électeurs âgés. Un électorat généralement conservateur. Mais la pandémie de coronavirus et la gestion de la crise sanitaire par Donald Trump sont venues semer le doute dans la tête de beaucoup d’électeurs. La Floride compte déjà plus de 650 000 cas recensés de COVID-19 et 12 000 morts.

Larry et Doris Davis, par exemple, sont terrifiés à l’idée d’attraper le virus. Ils ne sortent plus de chez eux sans porter un masque. Une évidence, selon eux : Nous avons un cerveau qui fonctionne, dit Larry. Donc nous avons choisi de porter un masque.

Larry et Doris Davis portent un masque.

Larry et Doris Davis ne donneront pas leur appui à Donald Trump.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Ils ont 81 ans et se sentent vulnérables. Tous deux se disent républicains, mais ils ne peuvent envisager de voter pour Donald Trump. Il a fait un très mauvais boulot. Il a raté des occasions d’agir; il a perdu beaucoup de temps.

« Nous croyons en la science. Comment peut-on voter pour quelqu’un qui ne croit pas les scientifiques et qui ne les écoute pas? »

— Une citation de  Larry Davis, électeur républicain, The Villages, Floride

Larry et Doris représentent une minorité dans la communauté des Villages où ils habitent depuis 15 ans. La plupart des habitants de ce paradis des retraités appuient activement Donald Trump et affichent fièrement ses couleurs sur leur voiturette de golf, le moyen de transport privilégié ici. Ils organisent d’ailleurs parfois des défilés en soutien à leur candidat.

Chris Stanley se déplace en voiturette.

Selon Chris Stanley, Trump gagnera dans The Villages, mais avec une plus petite avance en 2020.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Mais Chris Stanley, la présidente du club démocrate local, pense que la Floride pourrait bien échapper à Donald Trump cette année. Il va gagner ici aux Villages, mais pas avec autant d’écart qu’en 2016. Il a perdu beaucoup de partisans chez les retraités, affirme-t-elle. Une baisse qu’elle évalue à 6 %. Elle en veut pour preuve tous les républicains qui passent la voir au club démocrate pour lui demander une pancarte ou un autocollant des Républicains pour Biden. Et, en Floride, dit-elle, chaque voix compte, car ici, tout se joue à un pour cent… quoi qu’en disent les sondages.

Tout le monde ici a encore en tête le résultat de l’élection contestée de 2000. George W Bush avait gagné contre Al Gore en Floride avec 537 voix d’avance.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !