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Fermer son commerce le dimanche pour profiter de la vie

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Une porte avec des affiches rappelant le port obligatoire du masque et des horaires d'ouverture réduite en raison de la COVID.

Le reportage de Sébastien Tanguay

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Avec la pause forcée du printemps, beaucoup de commerçants ont goûté au repos pour la première fois depuis longtemps. Certains ont décidé de ne plus s’en passer : leur commerce ouvre désormais six jours par semaine et les affaires roulent rondement, autant sinon plus qu’avant.

Derrière sa scie à viande, Paul Hamel manie d’un geste sûr la longe de porc.

Il a l’habitude : depuis des années, il travaille entre 60 et 70 heures dans sa boucherie Les Saules, située sur le boulevard Masson.

Avant, on se levait le matin, on partait travailler, on rentrait et on se couchait, résume le boucher.

Sauf cette année. Depuis le confinement, lui et son associé Stéphane ont décidé de s’accorder leur dimanche.

Paul, dont la conjointe travaille du lundi au vendredi, en profite pour passer du temps en amoureux.

Un homme portant un masque chirurgical et un uniforme de boucher tend un sac à un client.

La pandémie a convaincu Paul Hamel et son associé de profiter de leur dimanche.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Maintenant, en ouvrant ses portes seulement six jours par semaine, sa conjointe et lui ont du temps pour être ensemble.

On reçoit des amis à souper et on profite de la piscine! répond Paul lorsqu’on lui demande ce qu’il fait de ses dimanches.

On se fait des bons repas, on fait du vélo, on fait une petite virée à Baie-Saint-Paul, on joue aux touristes dans le Vieux-Québec… ce sont toutes des activités que je ne faisais pas avant.

Paul Hamel, copropriétaire de la boucherie Les Saules

Stéphane, le copropriétaire de la boucherie Les Saules, peut désormais passer une journée avec sa conjointe et leurs six enfants.

Avant, il partait parfois pendant deux heures de la boucherie pour aller regarder son gars jouer au football et revenir après, se rappelle Paul. Maintenant, il a une journée à lui qu'il consacre à sa famille.

La clientèle s’est adaptée aux heures d’ouverture réduites de leur boucherie de quartier.

Nous avons maintenant des samedis plus achalandés et nos lundis sont beaucoup plus forts qu’avant, explique Paul Hamel.

Son commerce, comme beaucoup d’autres dans le secteur de l’alimentation, a même battu des records de recettes cet été.

Victime de sa popularité

Une rue pluvieuse avec deux hommes marchant sur le trottoir. En avant-plan, un duo de cyclistes en plein sprint, sur une pancarte accrochée à une façade de briques.

C'est pour offrir une pause à son personnel surmené que les gérants de Mathieu Performance disent avoir choisi de fermer le dimanche.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

La boutique de vélos Mathieu Performance a elle aussi décidé de fermer le dimanche.

Elle compte agir ainsi au moins jusqu’au printemps prochain, explique son copropriétaire et directeur, Philippe Desgagnés.

Ça faisait peur, littéralement, explique Philippe à propos de l’achalandage en boutique. À un moment donné, nous avons voulu faire baisser la pression et donner du temps à nos employés. Eux autres aussi, il faut qu'ils fassent l'épicerie; eux autres aussi, ils ont une vie.

Ici, les affaires ont battu leur plein pendant le confinement. Au point d’en épuiser le personnel.

Un homme portant des lunettes noires et un manteau sport devant une rangée de vélos

La boutique spécialisée en vélo Mathieu Performance compte demeurer fermée les dimanches, jusqu'au printemps prochain, explique le directeur général Philippe Desgagnés.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Pour garantir du repos à ses employés, Mathieu Performance a décidé d'ouvrir seulement six jours par semaine. Une décision que le directeur ne regrette pas.

Pour nous, c’est beaucoup plus facile de bâtir les horaires et d’offrir des conditions plus intéressantes pour tout le monde. Je pense que ç'a été un win-win.

Philippe Desgagnés, copropriétaire de Mathieu Performance

Ici aussi, les clients ont adapté leurs habitudes d’achat. S’ils ne peuvent plus essayer le vélo qu’ils convoitent en magasin le dimanche, ils peuvent toujours profiter des conseils des spécialistes prodigués en ligne sept jours sur sept.

Faire cavalier seul

Située sur l’avenue Cartier, l’épicerie Provisions est ouverte tous les jours de 6 h à 21 h.

Son copropriétaire, Bruno Drouin, travaille une soixantaine d’heures par semaine dans son commerce. Il n’a pas détesté la pause forcée du printemps.

Un homme souriant devant une épicerie

Bruno Drouin s'accorde une fin de semaine sur deux.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Au début, je n'étais pas d'accord, mais avec le temps… Ça a fait du bien d'avoir une journée par semaine pendant six semaines.

Bruno Drouin, copropriétaire de l'épicerie Provisions

Néanmoins, Bruno et son cousin ont décidé de rouvrir tous les jours pour maintenir leur compétitivité face aux grandes enseignes.

Si on ferme le dimanche, les gens vont aller dans les grandes chaînes, explique-t-il. On serait désavantagé parce que le dimanche, c'est vraiment une bonne journée.

Bruno peut profiter d’une fin de semaine sur deux, en alternance avec son associé.

C'est certain qu'avoir plus de congés, ça serait mieux, mais des fois comme propriétaire, il faut penser business. Je suis partagé.

Bruno Drouin, copropriétaire de l'épicerie Provisions

L'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA) et ses 8000 membres ouvrent, pour la très grande majorité, le dimanche. Pour répondre aux demandes de la clientèle, explique Stéphane Lacasse, le directeur aux affaires publiques de l'ADA.

Un homme avec des lunettes et un manteau noir sourit à la caméra devant des arbres aux fleurs jaunes

Une infime minorité de commerçants dans le domaine de l'alimentation a décidé de maintenir la fermeture du dimanche, selon Stéphane Lacasse, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l'Association des détaillants en alimentation du Québec.

Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

Beaucoup de ces travailleurs de fin de semaine sont des étudiants. Pour eux, fermer le dimanche, ça représente des heures en moins.

Stéphane Lacasse, directeur aux affaires publiques de l'Association des détaillants en alimentation du Québec

Quoi qu'il en soit, Paul Hamel estime que le Québec devrait débattre de la possibilité de fermer le dimanche, comme ce fut longtemps le cas dans la province.

On a six autres jours dans la semaine, dit-il. Nos enfants sont en congé samedi et dimanche, si tu travailles la fin de semaine, tu les vois quand? Ça irait peut-être aussi mieux dans pas mal de couples, termine Paul en rigolant.

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