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« Fier d'être un pionnier » : le vaccin Sputnik offert aux volontaires en Russie

« Je suis peut-être courageux, peut-être que c’est dangereux, mais je n’ai pas peur », dit l'un d'eux.

Un garrot sur le bras de Dimitri Bikbayev.

Dimitri Bikbayev subit une prise de sang avant d’être vacciné contre la COVID-19 à Moscou.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Dimitri Bikbayev est arrivé à la polyclinique No 2 de Moscou vers midi, lundi matin, d’un pas décidé et le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Une dizaine de caméras et de journalistes l’attendaient impatiemment, y compris l’équipe de Radio-Canada, dans l’espoir de capter ne serait-ce que quelques images du premier volontaire civil à se faire vacciner en Russie.

Pour moi, c’est mon devoir social de citoyen. Je n’ai pas eu la COVID et je suis en santé, alors c'est un grand honneur et une très grande joie! Je suis l’un des premiers, mais nous serons 40 000 volontaires.

Dimitri Bikbayev

La Russie a surpris toute la communauté scientifique l’été dernier en annonçant avoir officiellement approuvé le tout premier vaccin au monde contre la COVID-19. Bien que les Russes n’aient pas encore mené toutes les étapes nécessaires pour en confirmer l'efficacité, des milliers de Moscovites sont appelés à se faire inoculer.

C’est un petit pas pour l’homme et un grand pas pour l’humanité, nous a répondu Dimitri quand on lui a demandé ce que ce moment représentait pour lui et pour son pays.

Les références à la conquête de l’espace ne s'arrêtent pas là. Le vaccin russe a été baptisé Sputnik V, comme le premier satellite lancé dans l’espace par l’URSS en 1957. C’est pour dire la fierté des autorités russes d'avoir mis au point ce qu’elles considèrent comme le premier antidote au virus qui a bouleversé la planète tout entière.

C’est un honneur d'être aux premières loges d’une telle percée scientifique, dit la directrice de la clinique, Natalia Chindriayeva, qui a reçu les premières doses du vaccin il y a quelques jours seulement.

Dimitri Bikbayev souriant.

Dimitri Bikbayev se dit honoré de tester le vaccin Sputnik.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Le Sputnik est dans des fioles juste là, nous explique une infirmière masquée en montrant du doigt un réfrigérateur cadenassé. Et pas question de l’ouvrir, même pas pour la caméra, en attendant que Dimitri soit prêt à le recevoir. L’homme dans la vingtaine doit se soumettre à des prises de sang et remplir un long formulaire.

Les docteurs vont les examiner pour être sûrs qu’il est un candidat idéal, nous explique la docteure Chindriayeva, et ajoute du même souffle que cet appel aux milliers de volontaires s'inscrit dans le cadre de la troisième et dernière phase de la recherche.

Une phase qui est normalement cruciale avant qu'un nouveau vaccin soit approuvé et homologué par les autorités de la santé. Mais le Sputnik a déjà eu droit au sceau d’approbation du Kremlin, et ce, en vertu d’un décret d’urgence, compte tenu de l'ampleur de la pandémie.

La recherche accélérée

Deux fioles.

Des fioles du Sputnik de l'Institut Gamaleya.

Photo : Gamaleya

C’est dans les laboratoires de l'Institut Gamaleya de Moscou que le Sputnik V a été développé à la vitesse grand V.

Un vaccin dit à vecteur viral qui a d'abord été testé sur des singes et des souris avant d'être administré en deux étapes à des scientifiques et des soldats.

Un militaire est ausculté par un médecin.

Un militaire russe se fait vacciner contre la COVID-19

Photo : Ministère russe de la Défense

Des premiers essais cliniques prometteurs, selon les résultats publiés par la revue médicale britannique The Lancet (Nouvelle fenêtre). Sputnik avait bel et bien déclenché une réponse immunitaire, sans complication. Mais cette même étude souligne qu’il est encore beaucoup trop tôt pour conclure que le vaccin russe est efficace et sécuritaire sur toute la ligne.

Mercredi dernier, 76 scientifiques européens sont revenus à la charge avec une lettre ouverte qui émet de sérieux doutes sur la vraisemblance et la cohérence des données russes.

Priorité au personnel des écoles et des hôpitaux

Je fais confiance à nos scientifiques, je fais confiance au gouvernement, alors pourquoi pas.

Elena Arkhipova

L’enseignant Elena Arkhipova dit qu’elle se portera volontaire sans hésiter. Notre équipe l’a rencontrée dans une école primaire en banlieue de Moscou le jour de la rentrée, où les élèves et le personnel étaient soumis à une prise de température obligatoire avant de franchir les portes de l'établissement.

Ce vaccin est essentiel pour nous permettre de surmonter cette crise, dit Elena.

Les risques d'éclosions dans les écoles, de même que dans les hôpitaux, expliquent pourquoi les enseignants et les médecins ont été identifiés comme les premiers qui devraient se faire vacciner en masse.

Yuri Varlamov consulte son téléphone cellulaire.

Yuri Varlamov est avocat au syndicat des enseignants Uchitel.

Photo : Radio-Canada / Tamara Alteresco

Pour l’instant, c’est sur une base volontaire, explique Yuri Varlamov, un jeune avocat représentant syndical.

Mais nous craignons toutefois que ce vaccin devienne obligatoire et que certains directeurs d'hôpital ou d'école subissent des pressions sous peine de représailles.

Yuri Varlamov du syndicat des enseignants Uchitel

Son syndicat, Uchitel, a lancé une pétition auprès des autorités afin d'obtenir la garantie que les enseignants pourront le refuser tant et aussi longtemps que la recherche ne sera pas achevée. Il craint d'abord et avant tout les effets secondaires du Sputnik, qui à son avis a été développé beaucoup trop rapidement pour des raisons patriotiques.

À mon avis, c’est politique. Poutine et son équipe veulent prouver que la Russie est bonne première, qu’ils peuvent protéger le peuple. Je me méfie et je ne me ferai pas vacciner de sitôt.

Yuri Varlamov

Des carnets de commandes qui se remplissent

Non pas 20! Non pas 30! Mais plutôt 40 pays ont manifesté leur intérêt pour le Sputnik V, a annoncé Kirill Dmitriev en conférence de presse. Il est le PDG du fonds d'investissement russe Direct qui a financé la recherche et le développement du vaccin.

Le Mexique en a déjà commandé 32 millions de doses.

La priorité pour le moment, c’est le marché russe dès la fin de l’année, mais nous planifions la production pour le marché international, a expliqué Kirill Dmitriev.

Poutine et Dmitriev sont côte à côte.

Le président russe Poutine en discussion en 2018 avec le PDG du fonds Direct, Kirill A. Dmitriev, lors d'une rencontre avec des investisseurs étrangers à Saint-Pétersbourg.

Photo : Reuters / Via Sputnik Photo Agency

Et ce, au grand bonheur du président Vladimir Poutine, à qui la communauté scientifique reproche toujours d’avoir approuvé le vaccin prématurément.

Sa propre fille a été vaccinée à titre de cobaye cet été et il affirmait encore la semaine dernière qu'elle n’avait eu aucun effet secondaire, à l’exception d’une faible fièvre.

Dimitri Bikbayev, lui, est sorti confiant de la polyclinique lundi. Je suis peut-être courageux, peut-être que c’est dangereux, mais je n’ai pas peur, je suis fier d'être un pionnier!

Il devra attendre au moins deux mois pour savoir s'il est immunisé contre la COVID-19. Mais en réalité, il faudra des milliers de volontaires comme lui pour que la Russie puisse véritablement crier victoire.

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